Une salle comble au Centre sportif Mégantic attendait les organisateurs de la rencontre publique d’informations au sujet de la voie de contournement ferroviaire, dont le tracé retenu ne suscite pas l’unanimité des gens de Nantes et Frontenac.

Vives critiques autour du tracé

Salle comble au Centre sportif Mégantic pour la rencontre publique d’informations au sujet de la voie de contournement. Le tracé retenu par les gouvernements pour sa réalisation, soit le corridor 1, également appelé l’option 1, long de 12,8 km, évalué à 133 millions $, ne fait aucunement l’unanimité, étant contesté par les gens de Nantes et de Frontenac qui vont la recevoir sur leur territoire. Ils sont en colère de voir les gouvernements pelleter dans leur cour les problèmes d’une voie ferrée qu’on ne veut plus voir à Lac-Mégantic.

Ce tracé passerait au sud de la voie de contournement routière, en plein milieu d’un vaste périmètre conservé pour développement domiciliaire par l’homme d’affaires Raymond Lafontaine, ruinant d’après lui la construction de 300 maisons sur autant de terrains. Plus loin, le tracé coupe en deux les terres agricoles de propriétaires fonciers de Frontenac, au lieu de passer au trécarré, en périphérie des terres.

Une période de questions réservée à la population s’est très vite animée, monopolisée par les Nantais et les Frontenacois qui subiront davantage les inconvénients du déménagement de la voie ferrée. Plusieurs ne se sont pas gênés pour malmener verbalement au passage les intervenants devant eux, au nombre de 11, majoritairement de Transports Canada, mais aussi d’AÉCOM, mandataire des études de faisabilité, des Services publics et approvisionnements Canada (SPAC) et de deux ministères québécois.

Durant la période de questions, Jean Paradis, un citoyen de Marston, a soulevé le problème de la cour de triage à Nantes, qui risque d’y rester, et d’où est parti le train fou du 6 juillet 2013, en haut d’une pente, une aberration selon lui.

Isabelle Boulanger, une résidante de Frontenac qui a perdu son fils dans la tragédie de Lac-Mégantic, s’est questionnée sur l’utilité des premières audiences du BAPE, venu à Lac-Mégantic en mai 2017, qui avait recommandé le statu quo et le statu quo modifié, options que les autorités n’ont pas retenues. « Je n’avais aucun problème avec le train le 5 juillet 2013, mais le 6 il a changé ma vie, et là on veut me transférer près de chez moi une voie ferrée que je ne veux pas et qui va continuellement me rappeler la perte de mon fils! », a-t-elle martelé. Elle a été chaleureusement applaudie par tous les participants.

Isabelle Boulanger

Au milieu de son érablière

Une propriétaire d’érablière de Nantes, Josée Morin, s’est offusquée que la voie de contournement passera au milieu de son érablière. « On vient stopper le développement économique de toute une municipalité, alors qu’il faudrait que cette voie de contournement passe au nord de la voie routière, où il n’y a absolument rien. »

Sylvain Côté, également de Nantes, a posé plusieurs questions, demandant à un moment donné si on perd son temps à poser des questions, alors que pourtant les premiers ministres Trudeau et Couillard, le matin même lors de l’annonce, s’étaient montrés ouverts à étudier des ajustements au tracé retenu.

Jacques Gagnon, de Lac-Mégantic, s’est dit très étonné que la propriété de la voie de contournement ira à la Central Maine and Quebec Railway (CMQR), une compagnie américaine à qui on remet une infrastructure de 133 millions $.

Le modérateur, Alain Cacchione, de Transports Canada, avait pris soin, avant la période de questions, de prévenir les participants que les fonctionnaires présents n’avaient pas toutes les réponses, mais que les coordonnées seraient colligées et que chacun serait contacté par la suite pour recevoir les réponses à ses questions.

La grogne des citoyens n’a fait qu’augmenter à mesure que la rencontre se déroulait. À la fin, le modérateur a simplement prévenu que les messages seraient faits aux bureaux des ministres concernés, qui verraient à s’ajuster selon l’ouverture démontrée par les premiers ministres, si tel était le cas.