La conseillère Chantal L'Espérance est d'avis que la prison Winter devrait être reconnue pour son caractère patrimonial et qu'elle devrait être protégée.

Ville de Sherbrooke: un patrimoine à révéler

La Ville de Sherbrooke compte entreprendre un inventaire architectural et patrimonial des bâtiments se trouvant sur son territoire. Un appel d'offres a été lancé le 6 décembre pour des services professionnels permettant de réaliser cet inventaire. Le projet s'inscrit dans le cadre de l'entente de développement culturel 2015-2018 conclue avec le ministère de la Culture et des Communications.
Le mandat consistera à réaliser l'inventaire complet des immeubles présents sur le territoire, d'évaluer l'état et la valeur de ces bâtiments et d'établir un diagnostic des immeubles à valeur patrimoniale exceptionnelle.
« En 2015, la Ville de Sherbrooke a élaboré une politique sur le patrimoine à la demande du gouvernement. Le gouvernement nous a envoyé 299 000 $ sur trois ans pour nous aider à mettre en oeuvre cette politique et nous avons décidé d'ajouter 50 % de ce montant. Ça nous a un peu poussés à nous intéresser à des dossiers qui attendaient parce que nous n'avions pas de sous », explique le président du comité de la culture, Pierre Tardif.
« L'objectif est d'identifier et de caractériser l'immobilier et d'évaluer les besoins sur chacun. Nous nous attaquerons aussi au patrimoine immatériel, si bien qu'en décembre 2017, nous devrions avoir fini l'inventaire et la caractérisation. Nous les rendrons disponibles au public. Ça reviendra au conseil pour que nous décidions où nous mettons nos priorités. On sait que le gouvernement veut mettre l'accent sur le patrimoine. J'espère qu'il va continuer à croire que c'est important. »
Le comité consultatif d'urbanisme est aussi impliqué dans le dossier.
Aux communications de la Ville de Sherbrooke, on rapporte qu'il s'agira du premier inventaire architectural et patrimonial réalisé depuis la fusion municipale, même si la portion de la rue King Est a été réalisée en 2008. Dans les anciennes villes qui ont fusionné avec Sherbrooke, le dernier inventaire date d'entre 1970 et 1985.
La conseillère Chantal L'Espérance, qui représente le district du Domaine-Howard, a toujours plaidé pour une réflexion sur le patrimoine. « Le dossier n'a pas été présenté au conseil, mais j'ai toujours les mêmes préoccupations. Nous avons été obligés de diminuer nos ambitions pour respecter les enveloppes que nous nous étions données. Dans mon district, plus on approche du centre-ville, plus il y a des bâtiments avec une valeur importante qui méritent d'être sauvegardés. Mais nous ne pouvons pas le faire seuls. Ça ne peut pas être juste la Ville de Sherbrooke qui puise dans ses poches. »
Le fait d'identifier des bâtiments patrimoniaux donnera du poids lors de demandes de subventions, croit Chantal L'Espérance. Elle cite en exemples les serres victoriennes du domaine Howard, qu'on ne trouve presque nulle part ailleurs au Canada. « Nous ne sommes pas dans les villes qui posent le plus d'actions pour protéger notre patrimoine. Nous avons peur de nous mettre les doigts dans l'engrenage et d'être obligés de payer par la suite, mais ça nous donnerait accès à certains programmes. »
Mme L'Espérance est d'avis que plus on connaîtra l'état de notre patrimoine, plus il sera facile d'aller chercher des partenaires privés ou gouvernementaux. « Par exemple, le reste du conseil ne partage peut-être pas mon avis, mais la vieille prison, il faut la sauvegarder. Il faut faire quelque chose. C'est un lieu qui a marqué l'histoire de Sherbrooke. Il faut avoir les moyens de nos ambitions, et il faut avoir des projets prêts à être présentés quand des occasions de subventions surviennent. Il faut développer une vision, avoir des projets précis qui sont déjà montés pour ne pas manquer le train.
« Une chance que nous avons les programmes de plans d'implantation et d'intégration architecturale. Mais maintenant, c'est tellement ridicule lessommes qui sont données par les programmes provinciaux que les propriétaires font souvent le minimum pour entretenir leurs immeubles. Les actions sont moins éclatantes, moins marquantes qu'avant. Tranquillement, c'est insidieux, les demeures perdent leur lustre. Éventuellement, c'est nous, collectivement, qui payerons. Selon moi, le patrimoine, c'est l'enfant pauvre. Il faut faire des représentations auprès de nos gouvernements. »