Pierre Avard

Valoris: le conseil sonne l'alarme

Le conseil municipal sherbrookois sonne l’alarme devant la situation financière de Valoris. Le conseiller Pierre Tremblay a notamment mentionné qu’une lumière jaune clignotait depuis longtemps sur son tableau de bord à ce sujet. « La lumière est passée au rouge », a-t-il dit lundi. Certains élus n’ont pas caché qu’il faudra minimalement évaluer la possibilité d’acheminer les déchets ailleurs.

Pour le maire de Sherbrooke, Steve Lussier, la fermeture n’est pas envisageable pour le moment. « Nous aurions quand même une dette à payer. C’est un endroit qui a coûté 40 M$. »

Talonné à savoir d’où viendra le nouvel argent que devra injecter la Ville de Sherbrooke dans Valoris, le maire, également président de Valoris, rapporte qu’il « regardera dans les surplus ». Le sujet sera abordé par les membres du conseil municipal le 3 juin. M. Lussier a par ailleurs martelé que le centre de valorisation devrait bénéficier de redevances gouvernementales.

Vincent Boutin a joué la diplomatie. « Dans notre réflexion, j’aimerais qu’on se donne le droit de se poser toutes les questions, d’évaluer tous les scénarios et qu’on arrive avec un plan de match. Il faut garder en tête que c’est l’argent des citoyens au bout du compte. »

« Est-ce que vous pensez que le C.A. de Valoris ne l’a pas fait? On s’est penché sur plusieurs scénarios. On va à des réunions toutes les deux semaines. On visite d’autres sites. Je peux vous dire qu’on est assez performants pour nos équipements », répond Steve Lussier. 

M. Boutin parle-t-il même d’une fermeture? « Aujourd’hui, je ne vois pas de solution. Il faut être capable de dire non, ça suffit, si ça devient un gouffre. Nous avons une grande réflexion à faire. La situation est très préoccupante. Dans ce modèle comptable, aucune entreprise privée ne survivrait. »

Fiasco

Marc Denault a parlé de fiasco. « Il ne faut pas avoir peur d’aller au fond des choses et de trouver des responsables de ce fiasco. »

Steve Lussier s’est dit peiné d’entendre ce qualificatif.

Annie Godbout, qui a siégé à Valoris, déplore que ce modèle innovant n’entre dans aucune catégorie pour l’obtention d’une subvention. Elle suggère aussi qu’on présente aux élus plusieurs scénarios pour en arriver à une bonne décision. « Je pense que la vision était bonne à l’époque. C’est préoccupant parce qu’il y a toujours des imprévus. Le C.A. a pris des décisions en fonction des informations qui lui étaient fournies. C’est difficile d’avoir l’heure juste à Valoris. Il faut évaluer tous les scénarios, même celui de la fermeture pour laquelle nous ne ferions que rembourser la dette. »

Mme Godbout souhaiterait la présence d’experts pour conseiller les élus, mais il n’existerait pas d’experts dans ce domaine innovant. « Il y a eu une mauvaise gestion du risque dans la prise de décision au départ. »

Pierre Tremblay estime qu’il est temps de prendre le taureau par les cornes. « Ce sera à nous les élus de prendre les meilleures décisions. »

« Ce qu’on nous demande, c’est presque le double de ce qu’on payerait pour envoyer nos déchets ailleurs », a lancé Pierre Avard, qui est également président de Récup Estrie.

M. Lussier a rétorqué que Récup Estrie avait enfoui 1200 tonnes de matières recyclables, ce qui l’inquiète lui aussi de son côté. Il avait pourtant toujours été question de 850 tonnes jusqu’à maintenant.

« Les autres sites ne font aucune valorisation. Le but premier de Valoris est de faire de la valorisation », ajoute encore M. Lussier.

Rappelons que Valoris a demandé à la vérificatrice générale de se pencher sur ses activités. Le rapport portant sur la question devrait être déposé vers la mi-juin.