C’est le fils d’une résidente qui a été testé positif au coronavirus qui aurait transmis la maladie à sa mère au Manoir Sherbrooke. Il s’agit d’une transmission de « quatrième génération » selon la Santé publique.

Une transmission de «quatrième génération» au Manoir Sherbrooke [VIDÉO]

Trente personnes ont reçu des tests positifs à la COVID-19 en Estrie : tel est le dernier bilan dressé à 13 h dimanche par le gouvernement du Québec. Mais ce nombre est loin de refléter la réalité et le bilan s’alourdira probablement lundi, a indiqué le directeur de la Santé publique de l’Estrie Alain Poirier.

« Tout laisse à penser que l’on s’en va vers une triste éclosion d’au moins huit cas au Manoir Sherbrooke », a confirmé le Dr Poirier.

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La situation « sous contrôle » au Manoir Sherbrooke

Le Manoir Sherbrooke des Résidences Soleil est une résidence privée pour aînés (RPA) de 400 chambres.

De plus, des problèmes d’échange d’informations avec le ministère de la Santé et des Services sociaux empêchent également que le véritable nombre de cas confirmés de la COVID-19 dans la région soient confirmés.

Quatrième génération

Au Manoir Sherbrooke, c’est le fils d’une résidente qui a été testé positif au coronavirus qui aurait transmis la maladie à sa mère. Celui-ci l’a visitée au début du mois de mars, avant la mise en place des mesures du gouvernement visant à empêcher les visites dans les CHSLD et les RPA. 

« Notre résidente a tout de suite été mise en isolement et notre personnel a surveillé rigoureusement ses symptômes. Durant la nuit de samedi à dimanche, elle a débuté une fièvre et a été immédiatement transportée à l’hôpital par précaution. Selon nos informations, ce premier symptôme a donc débuté le 14e jour suivant la visite de son fils », a indiqué Katarina-Darkise Marcil, vice-présidente, expérience client, pour les Résidences Soleil — Groupe Savoie.

« Le visiteur n’était pas de retour d’un voyage… L’enquête nous indique que ça vient d’une personne qui a été confirmée. On parle ici d’une transmission de quatrième génération… »,a fait savoir le Dr Poirier.

De l’aide des policiers

Sitôt informé dans la nuit de samedi à dimanche, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a dépêché une infirmière en prévention et contrôle des infections pour soutenir la résidence dans le renforcement de ses mesures de prévention ainsi qu’une autre qui effectue présentement le dépistage des résidents qui présentent des symptômes. Des travailleurs sociaux sont aussi sur place.

« Au cours de la nuit dernière, j’ai interpellé le Service de police de Sherbrooke pour qu’il contribue à l’application rigoureuse des mesures de précaution qui commencent par le confinement des résidents dans leur appartement et l’interdiction de tout visiteur, et ce, en concordance avec la Loi sur la santé publique et l’état actuel d’urgence sanitaire décrété par le gouvernement du Québec », a mentionné le Dr Poirier.

« Nous avons été présents pour contrôler les entrées et sorties avec huit policiers aux Résidences Soleil. Nous pouvons supporter les gens dans les résidences privées. C’est important de le faire pour supporter la Santé publique afin d’éviter la propagation. Nous avons un plan de contingence par rapport à la pandémie, mais nous avons encore les effectifs pour le faire », a indiqué le directeur du Service de police de Sherbrooke Danny McConnell.

Des mesures sérieuses

La Tribune a pu s’entretenir avec un résident du Manoir Sherbrooke qui est présentement hospitalisé à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke, en attente des résultats de son test de dépistage de la COVID-19.

Henri Saint-James, 87 ans, confirme être hospitalisé dans une chambre isolée en attendant de connaître les résultats de ses tests.

« Ce n’est pas certain que c’est le coronavirus. Ils [les médecins] attendent les résultats. Je ne me sens pas si mal. J’avais un peu mal au cœur. C’est en train de passer. Ils me soignent comme il le faut. Il y a beaucoup de monde qui prie pour moi », explique l’octogénaire, qui est entré à l’hôpital samedi soir. Cette situation rappelle tout le sérieux qui doit être accordé aux mesures mises en place par le gouvernement du Québec dans tous les milieux de vie et de soins quant à la suspension des visites et à l’isolement pour les personnes de 70 ans et plus.

« On demande d’ailleurs, plus que jamais, la collaboration des résidents de l’endroit, de leurs proches et du personnel afin de respecter les mesures de précaution permettant de limiter la propagation du virus », a insisté le Dr Poirier. Avec Tommy Brochu

Le nombre de cas déclarés bondira lundi

« Il y a plus de cas que ce que le système rapporte en Estrie et c’est probablement le cas dans d’autres régions », a avoué dimanche après-midi le Dr Alain Poirier, directeur de la Santé publique de l’Estrie.

« Il y a plusieurs façons de rapporter les données, et on la questionne beaucoup depuis quelques jours. Vous allez me demander combien de cas nous avons en réalité. Je vais répondre qu’on va régulariser tout ça pour qu’on ait tous, au niveau national, des données comparables pour tout le monde », a-t-il indiqué en point de presse tenu dimanche en milieu d’après-midi à Sherbrooke.

« Le premier ministre a dit lors de sa conférence de presse aujourd’hui (dimanche) qu’il s’attendait à une augmentation des cas lundi compte tenu de tous les retards dans les laboratoires, et ce sera aussi une autre raison de l’augmentation qui est à venir », a ajouté le Dr Poirier.

Selon les informations obtenues par La Tribune, le nombre de cas en Estrie pourrait tripler lundi pour passer à 90, ce que le Dr Poirier n’a pas voulu confirmer.

« L’important, c’est que nous, à la Santé publique, nous avons les vrais chiffres, et nous faisons des enquêtes sur chaque cas confirmé ou présumé », a-t-il insisté.

Dr Alain Poirier, directeur de la Santé publique de l’Estrie

Le CIUSSS continue de se préparer

Par ailleurs, la direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS continue de délester des activités non urgentes afin d’être en mesure d’accueillir un grand nombre de malades dans des conditions adéquates pour éviter la propagation du coronavirus et protéger tant les patients que son personnel.

« Nous sommes rendus à 200 % de notre capacité usuelle aux soins intensifs », a indiqué la Dre Collette Bellavance, directrice des soins professionnels au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Selon des informations obtenues de plusieurs sources par La Tribune, les masques et les visières de protection se font déjà rares dans les deux hôpitaux sherbrookois.

« Nos équipes d’approvisionnement sont en liens étroits avec le ministère pour nous avoir le matériel approprié. Il n’y a pas de manque actuellement, mais c’est une situation qui est suivie très très étroitement », a-t-elle ajouté.