Alain Poirier
Alain Poirier

«Une seule personne imprudente suffirait pour repartir le bal»

Après avoir craint le pire lors de l’arrivée du nouveau virus de la COVID-19 en février 2020, l’Estrie a réussi à aplatir sa courbe et est passée du premier rang des régions contaminées au neuvième rang.

« Plusieurs cas positifs se sont effectivement déclarés rapidement dans la région, nous plaçant au premier rang des régions les plus touchées au Québec », rappelle le Dr Alain Poirier, directeur de la Santé publique de l’Estrie.

C’est dans ce contexte que la direction de la Santé publique de l’Estrie tenait à brosser un portrait des trois premiers mois de la pandémie dans la région, un bilan qu’elle a rendu public lundi avant-midi. Le bilan s’étend jusqu’au 5 mai alors que 872 cas de COVID-19 étaient confirmés, soit en laboratoire ou par lien épidémiologique. Le pic de la courbe épidémiologique a été atteint vers la fin du mois de mars dans la région.

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« La première vague est derrière nous »

« On constate que les groupes qui ont le plus contracté l’infection sont les adultes d’âge moyen, âgés de 18 à 49 ans, alors que les groupes qui ont le plus développé une forme sévère de la maladie sont les adultes de 70 ans et plus. En contrepartie, les personnes de moins de 18 ans sont moins à risque de développer la maladie ou d’en être sévèrement affectées », a spécifié pour sa part la Dre Mélissa Généreux, médecin-conseil à la direction de la Santé publique de l’Estrie.

Une des données les plus marquantes de cette étude est sans contredit l’origine probable de l’endroit où les gens se sont infectés. En effet, les enquêtes épidémiologiques effectuées par la Santé publique de l’Estrie ont permis de démontrer qu’un peu plus d’une personne sur quatre s’est infectée dans son milieu familial, c’est-à-dire auprès d’une personne avec qui elle habite.

Chez les personnes de moins de 18 ans, le milieu familial prédomine largement (4 cas sur 5). Chez les adultes de 18 à 49 ans, le travail en milieu de soins ou dans d’autres milieux prédomine (environ la moitié des cas). Chez les adultes de 50 à 69 ans, les milieux d’exposition sont variés, alors que plus d’un aîné de 70 ans et plus sur deux a acquis la maladie en milieu d’hébergement.

« Ce portrait des premiers mois de la COVID-19 confirme que le virus se transmet facilement au sein d’une population qui n’est pas immunisée. Si la maladie n’est pas reconnue et prise en charge rapidement, la présence d’un seul cas dans un milieu peut mener à une éclosion, surtout lorsque les mesures de distanciation physique, d’hygiène et de protection ne sont pas rigoureusement appliquées », soutient la Dre Mélissa Généreux.

Mélissa Généreux

Celle-ci invite donc la population à faire preuve d’une très grande prudence alors que le déconfinement de la population se poursuit graduellement. Il faut notamment faire attention aux rassemblements familiaux ou entre amis, où il est plus facile d’oublier les consignes de la Santé publique et de faire « comme avant ».

« L’Estrie a commencé en lion parce que des personnes, qui ne voulaient pas mal faire et qui n’avaient probablement de symptômes au début, ont participé à des fêtes ou à des rassemblements et ç’a fait boule de neige dans la communauté. Une seule personne peut en contaminer plusieurs et nous l’avons bien démontré avec nos enquêtes épidémiologiques en Estrie », ajoute la Dre Généreux.

Rappelons que l’Estrie a connu très tôt quelques agrégats significatifs en Santé publique, c’est-à-dire qu’une seule personne infectée dans le Val-Saint-François a infecté d’autres personnes (transmission de deuxième génération) qui en ont infectées d’autres (transmission de troisième génération), ce qui a donné naissance à une transmission de quatrième génération qui a notamment causé une éclosion au Manoir Sherbrookois des Résidences Soleil.

« Le message-clé aujourd’hui, c’est la prudence. Une seule personne imprudente, qui ne respecte pas la distanciation de deux mètres et qui ne porte pas le masque, ça suffirait pour repartir le bal en Estrie », ajoute-t-elle.