Cathy Tétreault, directrice générale de Cyber-aide et auteure de Jeunes connectés, parents informés.

Une question de temps... disponible

SHERBROOKE — Cathy Tétreault est directrice générale du Centre Cyber-aide et auteure du livre Jeunes connectés, parents informés. Elle va aussi à la rencontre d’élèves dans les écoles du Québec. Selon un sondage mené par Cyber-aide, 83 % des parents se disent moyennement ou beaucoup préoccupés par l’intérêt que leur enfant porte aux TIC (technologies de l’information et des communications). La Tribune s’est entretenue avec elle.

Quelles limites les parents devraient-ils fixer en termes d’utilisation du temps d’écran?

« Il n’y a pas de réponse qu’on peut généraliser. Ça dépend de l’âge de l’enfant, de sa maturité, de son profil : est-ce un enfant anxieux? C’est difficile de dire, par exemple, 15 heures par semaine ni plus ni moins : des parents aimeraient que je leur dise. Il y a des parents qui doivent malheureusement retirer les appareils la semaine, en raison de la gestion du temps, de la maturité... Il y a des parents qui vont permettre à leurs enfants de « gamer » trois fois par semaine, et ça réussit bien; il gère son temps... C’est vraiment du cas par cas (...) Quand une famille m’appelle, je lui demande comment ça va : est-ce que le sommeil va bien, est-ce que les notes ont baissé depuis que l’enfant a un cellulaire ou qu’on lui permet de gamer? Est-ce que l’attitude a changé, y a-t-il des conflits à cause de ça? »

Plutôt que de commencer en établissant un nombre d’heures disponibles pour les écrans, il faut plutôt voir ce qu’il reste de disponible. 

« Après le sommeil, le temps de devoir, est-ce qu’il fait des sports? Quand tout ça est fait, combien de temps il reste? C’est ce temps-là qu’on peut prendre. » « Si on prend l’exemple de routine d’une semaine, on regarde tout ce qui est fait et à faire, on se dit que finalement il ne reste pas beaucoup de temps... On va peut-être y aller une heure par soir, et deux heures par jour le week-end. »  

Quels conseils peuvent s’étendre à tout le monde, outre d’encadrer le temps d’utilisation?

1. « Ce qui fonctionne pour tout le monde (NDLR : incluant les adultes!) c’est d’éteindre une heure avant le dodo. « Ce que les scientifiques ont démontré, l’écran bleu, que ce soit le cellulaire ou le portable, passe comme message que c’est encore le jour. Le cerveau va produire la sérotonine plutôt que de la mélatonine. C’est une mauvaise impression que le cerveau a. Quoi qu’il en est, que ce soit de la lecture ou du travail, c’est vraiment recommandé (d’éteindre) une heure avant le dodo. »

2. Pour les enfants, ne pas permettre les jeux le matin, soit de jouer aux jeux vidéo ou d’aller sur les réseaux sociaux. Le cerveau a besoin de toute son énergie pour apprendre à l’école. Ça tire de l’énergie ou ils sont moins motivés à aller apprendre s’ils démarrent la journée de cette façon-là, surtout pour ceux qui ont une baisse de la motivation ou que les notes sont à la baisse. »

3. Acheter un vrai cadran! Je ne pense pas qu’il y ait un enfant qui va se lever la nuit pour regarder les aiguilles tourner... même un adulte! Pour le cellulaire, la tablette ou le portable qui est dans la même pièce la nuit, si un stress s’en vient ou s’est produit, le cerveau a besoin de décompresser... Si l’enfant ou l’adulte apporte ça comme moyen pour décompresser quand quelque chose ne va pas, le cerveau va réveiller la personne la nuit pour lui donner envie d’aller sur ça... Je fais un parallèle avec les fumeurs. On est mieux de sortir ça de la chambre : le cerveau n’a pas accès à la technologie. Les gens qui se réveillent ne se réveilleront plus. Il y en a qui en ont ça dans leur chambre, ça ne changera rien et c’est parfait. Quand ils sont petits, on ne met pas ça dans la chambre », dit-elle en soulignant qu’on peut le permettre le week-end, par exemple.  

4. « Vérifier les applications téléchargées par nos petits, se renseigner sur chaque application, c’est un devoir! »

À quel moment ça devient problématique?

« Il faut y aller avec ‘‘à quoi ça nuit dans la vie’’? Tu ne dors presque plus parce que tu joues jusqu’à minuit, tu n’es pas capable de te lever le lendemain, tu arrives en retard à l’école, tu as des retenues et malgré cela, tu ne veux pas diminuer. Si l’enfant n’a jamais eu de balise, ça peut s’apprendre... Il n’y en a pas tant que ça des jeunes dépendants. Ils sont plus à risque par manque d’information. »

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  • Plus de 7 h par jour sont consacrées aux écrans au Canada chez les jeunes de la sixième année du primaire à la fin du secondaire
  • La Société canadienne de physiologie de l’exercice recommande aux jeunes de 5 à 17 ans de limiter leur temps d’écran à un maximum de deux heures par jour. 

— Données tirées de Jeunes connectés, parents informés