William Pratte et Brandon Vaillancourt

Une peine clémente axée sur la réhabilitation pour Pratte et Vaillancourt

Impliqués indirectement dans l’affaire qui a mené au meurtre de Félix Bergeron en juillet 2018, William Pratte et Brandon Vaillancourt écopent de peines de 90 jours de prison à purger les fins de semaine et de 240 heures de travaux communautaires.

« Les deux accusés ont fait une preuve convaincante de leur réhabilitation. Leur cheminement mérite d’être appuyé », a déterminé, mardi, le juge Conrad Chapdelaine de la Cour du Québec en imposant la peine aux deux jeunes adultes.

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Félix Bergeron a été tué par Robert Sargeant à son logement de la rue Sanborn le 18 juillet 2018 au centre-ville de Sherbrooke.

Lors des évènements, Vaillancourt et Pratte se sont rendus au logement de Félix Bergeron avec Robert Sargeant pour récupérer un cellulaire que ce dernier avait acheté de celui qui allait devenir la victime.

Sargeant a donné sept coups de couteau à Félix Bergeron, dont un au cœur qui a été fatal.

« Dans le présent dossier, Robert Sargeant porte la responsabilité pénale et morale du meurtre de Félix Bergeron (...) Ni Brandon Vaillancourt ni William Pratte n’avaient envisagé l’utilisation d’une arme. Ils portent tous deux la responsabilité pénale de deux crimes sérieux de vol qualifié et d’invasion de domicile qui vont mener à des conséquences tragiques », mentionne le juge.

Les deux jeunes individus avaient été acquittés de l’accusation d’homicide involontaire coupable de Félix Bergeron en plaidant coupables à de graves accusations dont un braquage de domicile.

Pratte et Vaillancourt sont sortis de la salle d’audience en pleurs, mais avec le sourire aux lèvres. Ils ont enlacé leurs proches avant de repartir avec leurs effets personnels qu’ils devront cependant amener lors des 45 fins de semaine qu’ils passeront en prison.

« Vous serez hantés jusqu’à la fin de vos jours par ce qui s’est passé le 18 juillet 2018. J’espère que vous serez à la hauteur de la confiance placée en vous et que vous deviendrez des actifs pour la société. Cette mesure vise la protection de la société à long terme et pour laquelle, je l’espère, vous contribuerez », a conclu le juge Chapdelaine qui a convenu que la peine était clémente, mais de nature à protéger la société à long terme.

William Pratte souhaite compléter le programme de réinsertion qu’il a entrepris depuis sa libération sous conditions par le tribunal.

Le juge a souligné que les deux accusés ont changé leur mode de vie depuis les évènements et qu’ils sont abstinents.

« Tous deux bénéficient d’un suivi médical et d’une médication adaptée à leur condition. Ils bénéficient d’un soutien familial. La médiatisation a eu un effet dissuasif », mentionne le juge Chapdelaine.

L’avocate de la défense Me Julie Beauchemin

C’est en larmes que Brandon Vaillancourt s’était excusé à la mère de Félix Bergeron à la fin de son témoignage lors des observations sur la peine. William Pratte avait quant à lui adressé une lettre d’excuses à la mère de la victime.

« Les remords et les regrets illustrent une prise de conscience de leurs torts », estime le juge Chapdelaine.

« Il y a eu beaucoup d’emphase qui a été mise sur la réhabilitation. Ils ne sont pas directement responsables du décès de Félix Bergeron, mais Félix Bergeron ne serait pas décédé n’eût été leur participation au crime. Je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour Félix Bergeron qui est le fils, l’ami, le frère de certaines personnes. Mes pensées vont vers lui et sa famille », mentionne le procureur aux poursuites criminelles Me Claude Robitaille.

L’avocate chargée de la défense de William Pratte, Me Julie Beauchemin, a noté cette démarche de justice réparatrice dans ce dossier.

« Il y a eu beaucoup de témoignages dans ce dossier. Tout le monde s’est adressé aux victimes. Il y a eu des excuses sincères et des remords réels. Ils se sont adressés à la maman de la victime dans cette affaire », signale Me Beauchemin.

Le juge Chapdelaine a imposé une longue probation de trois ans assortie de sévères conditions.

Pratte et Vaillancourt, défendu par Me Mireille Leblanc, ne pourront notamment consommer d’alcool ou de drogue.

Robert Sargeant, qui a reconnu avoir poignardé à mort Félix Bergeron, reviendra en janvier prochain pour les observations sur la peine dans son dossier d’homicide involontaire coupable. Une requête pour le faire déclarer délinquant dangereux doit être débattue dans ce dossier.

Le procureure aux poursuites criminelles Me Claude Robotaille

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La mère de la victime aurait aimé que l’on pense à son fils

« C’est comme si le juge n’avait pas tenu compte qu’il y a eu mort d’homme. »

La mère de la victime Félix Bergeron, Stéphanie Laperle, est satisfaite de la peine imposée à William Pratte et Brandon Vaillancourt dans la mesure des accusations qu’ils ont reconnues.

Elle aurait cependant aimé que l’on tienne compte du décès de son fils à la suite des évènements tragiques de juillet 2018.

« C’est comme si toute la responsabilité de la mort de mon fils avait été attribuée à Robert Sargeant. Et que les deux petits gars avaient été à la mauvaise place au mauvais moment. C’est ce qui semble avoir orienté la décision du juge (...) Il aurait pu se servir de son pouvoir pour frotter les oreilles aux deux jeunes. Ne serait-ce que de les inciter à porter assistance à quelqu’un qui se trouve à l’agonie. C’est une sentence bonbon dans le sens où l’on n’a pas tenu compte de la mort de Félix », analyse la mère de la victime.

La mère de Félix Bergeron se dit tout de même partagée à la suite de cette peine imposée à Pratte et Vaillancourt. Elle souhaite que la probation de trois ans puisse aligner les deux accusés « dans le droit chemin ».

« Je tenais à ce qu’ils aient une probation. À l’âge de ces deux jeunes hommes, il fallait qu’ils soient encadrés le plus longtemps possible pour qu’ils gardent le droit chemin afin qu’ils deviennent de meilleurs humains. C’est la seule chose qui me reste que s’il y en a un ou les deux qui réussissent à bien s’en sortir, ça me fera dire que mon fils n’est pas mort pour rien. Pour moi un cellulaire et 40 $, ce n’est pas valable de mourir pour ça » signale Stéphanie Laperle.

Cette dernière n’a pas pardonné à William Pratte et Brandon Vaillancourt, mais elle a cru à leurs excuses.

« Même si je ne leur ai pas pardonné, je ne pense pas que de les envoyer en prison aurait fait d’eux de meilleurs humains. Je crois en la réhabilitation », soutient Stéphanie Laperle. René-Charles Quirion

Stéphanie Laperle