Le maire Steve Lussier a prèsenté le budget de la Ville de Sherbrooke lundi après-midi.

Une hausse de taxes moyenne de 5,92 %

La charge fiscale des Sherbrookois grimpera en moyenne de 5,92 % en 2020, en partie en raison des dépenses imprévues chez Valoris. Pour une maison unifamiliale moyenne de 233 750 $, les taxes, en incluant les tarifs, augmenteront de 5,74 %, soit 152,08 $. Ce budget, comme celui de l’an dernier, a été qualifié de « responsable » par le maire Steve Lussier. Il entraînera des dépenses supplémentaires de 21,7 M$, pour un budget total de 336 602 650 $.

Il s’agirait de la hausse la plus élevée des dix dernières années. En 2008 toutefois, les citoyens avaient essuyé une hausse de 7,5 % selon M. Lussier.

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Des revenus d’exception afin de boucler le budget

En matière de tarifs, inclus dans l’augmentation de taxes, pour une maison unifamiliale, la taxe sur l’eau potable grimpera de 7,2 % (10,75 $), celle pour l’assainissement des eaux connaîtra une hausse de 0,3 % (0,85 $) alors que la vidange des fosses septiques coûtera 26 % (18,15 $) de plus. 

Pour un immeuble de six logements moyen, il faut prévoir des augmentations de 80,60 $ par logement, alors que pour les immeubles de 24 logements et plus, les taxes entraîneront des dépenses supplémentaires de 64,55 $ par appartement.

« C’est sous le thème "Conserver nos niveaux de services et notre qualité de vie" que s’inspire le budget de fonctionnement 2020 proposé [lundi]. Nous aurions pu réduire la hausse de taxation si nous avions choisi de diminuer les services offerts à la population. Il est évident qu’une telle hausse des dépenses de fonctionnement ne nous fait pas plaisir. En tant qu’élu municipal, il n’est pas facile d’avoir à composer avec une hausse de taxes supérieure au taux d’inflation », commente le maire Lussier.

La hausse de taxes importante s’explique, selon le maire, par les salaires et les cotisations à titre d’employeur (+5,1 M$), par les demandes additionnelles et par les ajustements budgétaires acceptés en 2019.

Chantal L’Espérance

Valoris

Valoris, le centre de valorisation des matières résiduelles, représente à lui seul des dépenses additionnelles de 4,5 M$, soit 2,26 % de taxes. Sans Valoris, plaide le maire, la hausse des taxes aurait été limitée à 3,48 %. M. Lussier admet néanmoins des entrées d’argent imprévues en 2019, liées entre autres aux grands froids qui ont dopé les revenus à Hydro-Sherbrooke, et la vente du Carrefour de l’Estrie, qui a rapporté 5 M$ imprévus. 

« Bien que certains croient avoir trouvé une solution facile en suggérant la fermeture de Valoris, nous devrons encore enfouir nos déchets. Nous avons des gestes concrets à faire pour l’environnement et on doit les faire le plus rapidement possible. »

Tableau à l’appui, M. Lussier a tenté de démontrer qu’il est faux de croire que l’enfouissement des déchets ailleurs qu’à Valoris coûterait moins cher. Pour le centre de valorisation, les coûts totaux s’élèvent à 11,8 M$. Pour trois autres sites utilisés à titre comparatif, il faudrait prévoir des dépenses variant de 10,3 M$ à 12,9 M$. « Et on ne parle pas des gaz à effet de serre qui seraient générés. »

En tentant d’amoindrir l’impact de la hausse de taxation, Steve Lussier a rappelé que les Sherbrookois sont les citoyens les moins taxés parmi les dix plus grandes villes du Québec. Autre démonstration à l’appui, il détaille que les taxes pour une maison moyenne s’élèvent à 2800 $, pour lesquelles les citoyens obtiennent une panoplie de services. Il ajoute qu’une facture moyenne de télécommunication, pour un cellulaire, l’internet et la câblodistribution, s’élève à 2700 $ annuellement.

Parmi les autres ajustements au budget de fonctionnement, notons 200 000 $ de plus en soutien aux organismes sportifs et culturels, 300 000 $ de plus pour la sécurité, l’éclairage et la signalisation routière et 2,2 M$ pour les frais de financement. Une réduction de 600 000 $ des dépenses en développement économique est aussi prévue.

La Ville espère par ailleurs compter sur des revenus de 3,7 M$ supérieurs à ceux de 2020, notamment grâce aux transferts liés au pacte fiscal, à l’augmentation des subventions gouvernementales, à l’augmentation des amendes et à l’augmentation du taux de recouvrement.

Gel de taxes

Le gel de taxes d’il y a deux ans aura-t-il, en fin de compte, été une bonne idée? L’an dernier, Steve Lussier disait ne pas regretter cette décision. « Il serait facile de blâmer les décisions du passé. Je suis convaincu qu’elles furent prises pour le bien collectif en fonction des informations disponibles. Le gel a été voté par 14 conseillers sur 15 en 2017. Je fais un parallèle avec une course de moto. Une fois que tu as perdu, tu peux dire que tu aurais fait les choses différemment... »

Chantal L’Espérance avait voté pour le gel de taxes en 2017, mais avait formulé des réserves. « À ce moment-là, nous avions la possibilité de le faire, mais il est arrivé des demandes imprévues en cours d’année. J’ai connu des gels de taxes dans le passé et malheureusement, l’histoire se répète. Il ne faudrait plus en faire dans l’avenir avec les contraintes que nous avons. Nous ne pouvons pas nous permettre de gel dans les années futures. »

Pour équilibrer le budget, 1,7 M$ sont issus de contributions supplémentaires d’Hydro-Sherbrooke. Des sommes anticipées pour la cryptomonnaie en 2020, soit 3,4 M$, un million est injecté dans le budget pour des dépenses jugées non récurrentes. Le reste pourrait permettre de combler le manque à gagner de 2,7 M$ provoqué par les trop-perçus d’Hydro-Québec, qu’Hydro-Sherbrooke créditera à ses clients. 

« J’aimerais vous faire comprendre que nous sommes dans des années de semailles. C’est-à-dire que l’on sème pour mieux récolter dans l’avenir. Et un avenir pas nécessairement lointain », a conclu M. Lussier. 

La Ville puise 8,5 M$ dans ses surplus accumulés pour équilibrer le budget.