Le professeur-chercheur Stephen Cunnane et son équipe ont prouvé que la prise quotidienne d’une boisson composée d’une dose adéquate de cétones durant six mois améliore significativement trois domaines de la cognition : les fonctions exécutives, la mémoire et le langage.
Le professeur-chercheur Stephen Cunnane et son équipe ont prouvé que la prise quotidienne d’une boisson composée d’une dose adéquate de cétones durant six mois améliore significativement trois domaines de la cognition : les fonctions exécutives, la mémoire et le langage.

Une équipe de l’UdeS développe une boisson cétogène pour améliorer la mémoire

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Près d’un Canadien sur cinq de plus de 65 ans éprouverait des problèmes de mémoire. La moitié des cas s’aggravent avec le temps pour conduire à l’Alzheimer. Et si une boisson composée d’une dose adéquate de cétones améliorait significativement les fonctions cognitives chez des personnes à haut risque de développer la maladie d’Alzheimer? C’est exactement ce que vient de prouver Stephen Cunnane, professeur-chercheur à l’Université de Sherbrooke et au Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Dans la plus récente publication du journal Alzheimer’s & Dementia, l’équipe du professeur-chercheur Cunnane démontre que la prise quotidienne de cette boisson durant six mois améliore significativement trois domaines de la cognition : les fonctions exécutives, la mémoire et le langage.  

« Cela pourrait changer considérablement la qualité de vie des personnes atteintes de troubles cognitifs légers (TCL), la phase qui précède la maladie d’Alzheimer. Jusqu’à maintenant, il n’existait aucun traitement pour les TCL. Il s’agit d’une première mondiale réalisée entièrement à Sherbrooke », explique Stephen Cunnane.

L’équipe de Stephen Cunnane a déjà démontré, avec l’essai clinique BENEFIC, que les cétones fonctionnent très bien en tant que carburant alternatif au glucose comme source d’énergie pour le cerveau. Cette importante avancée a d’ailleurs permis de développer un partenariat avec Nestlé Health Science qui, à partir des résultats de la recherche réalisée à Sherbrooke, a créé une nouvelle formulation pour commercialiser une boisson cétogène.  

« Nous avons réussi à ficeler un partenariat avec Nestlé Health Science qui aura permis non seulement de financer une partie des essais cliniques réalisés à Sherbrooke, mais également la commercialisation d’un produit bientôt disponible pour les patients », affirme le professeur Cunnane.

La boisson cétogène utilisée dans le cadre de la recherche sera formulée et commercialisée en Europe d’abord, pour les personnes vivant avec un déclin cognitif léger d’ici la fin de 2020 par Nestlé Health Science sous le nom de BrainXpert. Il s’agit d’un produit destiné à des fins médicales pour la gestion diététique des patients souffrant de troubles cognitifs légers. Il sera disponible au Canada plus tard après une homologation par Santé Canada.

Prochaine étape : les cétones sous forme de sel

La boisson commercialisée par Nestlé, tout comme celle utilisée dans le cadre de l’essai clinique BENEFIC, est notamment composée de lait. Un problème s’impose donc d’emblée : toutes les personnes qui n’aiment pas le lait sont rebutées par le produit qu’il faut pourtant consommer tous les jours.

« Avec une dose de 30 grammes par jour, beaucoup de personnes ont aussi des maux de ventre, des inconforts intestinaux ou à l’estomac, alors que l’on viserait une dose optimale de 40 à 50 grammes par jour. Peut-être que c’est notre formulation qui n’est pas adéquate; nous ne sommes pas des experts! Avec un partenaire comme Nestlé, nous sommes encouragés, ils pourront possiblement améliorer la composition de la boisson », explique Stephan Cunnane.

Même si la pandémie jette un froid sur les activités de recherche partout dans le monde, le professeur-chercheur poursuit ses efforts pour améliorer l’accès aux cétones dans un deuxième volet de sa recherche clinique.

Cette fois, les cétones seront présentées sous forme de sel, un produit plus flexible qui permettra de l’insérer dans plus de boissons différentes, en plus d’avoir l’avantage de créer une dose de cétones plus élevée dans le sang.

« Nous recherchons des participants qui ont un léger déficit cognitif pour participer à notre nouveau projet de recherche. Nous recherchons une cinquantaine de personnes qui sont capables de se déplacer quelques fois au Centre de recherche sur le vieillissement et à l’hôpital », explique le professeur. « Pendant six mois, ces personnes consommeront du sel de cétone ou un placebo, et à l’aide de la neuroimagerie, nous pourrons observer l’effet des cétones utilisées par le cerveau et démontrer l’amélioration des performances cognitives chez les participants. »
Mais bien sûr, comme dans tous les projets de recherche, il faut aussi des participants qui utilisent des placebos afin de pouvoir faire la comparaison entre les deux groupes.

« À la fin de l’étude, nous allons fournir des sels de cétone à tous les participants qui auront eu le placebo pour qu’ils puissent aussi profiter des effets bénéfiques. Ils ne perdent donc pas leur temps; ils font juste le repousser un peu dans le temps », image le chercheur.

Pour s’informer, il est possible de composer le 819 821-5206 ou d’écrire à recherche.cerveau@usherbrooke.ca.