Les participants à la table ronde sur la diversité sur les écrans ont ajouté aux discussions et réflexions nombreuses au Festival cinéma du monde. Dans l'ordre, Arnaud Granata, Noémie Mercier, Anne Beaupré Moulounda, Alice Tran et Anh Minh Truong

Une diversité nécessaire à l’écran

Un festival de cinéma du monde, c’est assurément l’opportunité de voir le monde sur grand écran. C’est également l’occasion de se questionner sur la diversité de ce qui nous est présenté sur place, mais aussi au quotidien tout au long de l’année. Toutes les réponses n’ont pas été trouvées, samedi, autour de la table ronde abordant la diversité sur nos écrans proposée par Télé-Québec et le Festival cinéma du monde de Sherbrooke. Mais le lot de questions soulevées devrait habiter les participants pendant un moment.

À commencer par la définition même de la diversité, circonscrite samedi pour les besoins de la cause aux origines raciales et culturelles, tandis que l’écran, lui, avait une résolution très large, de la télévision au grand écran, en passant par le web, avec quelques immersions dans le monde du théâtre, histoire de comparer des univers où le rapport au réel diffère complètement.

« On se permet davantage au théâtre parce que les codes sont différents, note l’autrice et actrice Anna Beaupré Moulounda. Au théâtre, si je vous dis que ce verre d’eau est complètement autre chose, on l’accepte. Au cinéma, à la télé, c’est différent. On veut que votre identité colle aux normes du personnage. »

Comme la comédienne Alice Tran qui siégeait à ses côtés à la table ronde animée par la journaliste Noémie Mercier, et à laquelle participaient aussi le cinéaste Anh Minh Truong et le producteur Arnaud Granata, Anna Beaupré Moulounda souhaite que les rôles soient davantage distribués sur petit comme au grand écran sans tenir compte des origines des acteurs et actrices.

« La plupart des rôles pourraient être tenus par des acteurs et actrices sans que leurs origines noires ou asiatiques soient caractérisées. Ça pourrait être des rôles d’hommes ou de femmes, avec des histoires, point à la ligne, qui sont alors tenus par des gens de toutes origines », fait-elle valoir.

Les auditions à l’aveugle, auxquelles Alice Tran a participé en quelques occasions à Toronto, permettent ainsi d’ajouter une certaine diversité à l’écran sans nécessairement camper les personnes dites racisées à des rôles stéréotypés.

« Je me suis tellement souvent fait demander de jouer une asiatique bonne en maths, une infirmière, un docteur, raconte la comédienne montréalaise. On me demande de « jouer l’Asiatique ». Un réalisateur m’a même déjà demandé en audition si je pouvais « parler asiatique ». Je ne savais pas ce qu’il voulait dire, ça n’existe pas. »

Pour des créateurs comme Anh Minh Truong, il est possible d’imaginer des personnages sans leur attribuer dès le départ des traits particuliers. Mais il vient un temps où certains vont se définir de façon plus claire. Il faut trouver cet équilibre entre le désir de faire place à davantage de diversité et l’effervescence de la création.

« On ne peut pas dénaturer une œuvre, on ne peut pas diriger notre imaginaire », note celui qui a saisi l’ampleur du phénomène en 2017 lorsqu’il était en nomination aux Gémeaux pour la réalisation de la série Les braqueurs.

« J’ai été frappé à ce moment-là du fait que j’étais le seul non blanc en nomination, raconte le Sherbrookois. J’ai alors pris conscience de ma responsabilité. Si je ne parle pas des gens qui me ressemblent, personne ne va le faire. »

Les personnages issus de la diversité sont non seulement relégués vers des stéréotypes, mais ils sont toujours secondaires, au service du ou des personnages principaux, et ils n’ont pas d’histoire, remarquent tous les panelistes.

« Pourtant, on est tous des êtres humains avec des histoires, note encore Anna Beaupré Moulounda. Moi, je me suis mise à écrire parce que j’avais envie de dire autre chose que ce que m’offrait le casting noir très limité. »

Que ce soit par des incitatifs financiers ou législatifs, la présence accrue de personnages issus de la diversité élargie est nécessaire afin de mieux refléter la société québécoise de ce début de XXIe siècle.

« Mais là, c’est l’œuf ou la poule, fait valoir Anh Monh Truong. Il ne faut pas sous-estimer l’impact de la représentativité. On veut voir davantage de diversité, mais il faut en créer. »

Le Festival cinéma du monde de Sherbrooke se poursuit par ailleurs jusqu’à jeudi inclusivement. Fictions, documentaires, courts et longs métrages, mais aussi tables rondes, débats et autres rendez-vous sont au programme.

On peut voir la programmation complète au fcms.ca