Marie-Christine Mak et ses filles, Zoé et Adèle. Zoé retournait en classe après 8 semaines.
Marie-Christine Mak et ses filles, Zoé et Adèle. Zoé retournait en classe après 8 semaines.

Une deuxième rentrée scolaire inédite

SHERBROOKE – Des milliers d’élèves de la région ont repris le chemin des classes pour une deuxième rentrée scolaire, lundi matin. Sous un soleil radieux, les enfants ont pu retrouver leurs camarades qu’ils n’avaient pas vus depuis deux mois. Ici et là, des scènes rappelaient néanmoins le caractère inédit de ce deuxième retour en classe en pleine année scolaire : des brigadières équipées de masques ou de visières, un rang qui se crée en tentant de respecter les deux mètres de distanciation et des routes anormalement désertes ou peu achalandées.

Devant l’école de la Maisonnée, sur le boulevard Mi-Vallon, un policier s’étonnait du peu de circulation, alors que le secteur est habituellement très passant. À quelques pas de lui, un professeur du secondaire est venu apporter son aide pour gérer l’arrivée à l’école et une brigadière équipée d’un masque s’occupait de faire traverser enfants et parents. Le personnel de l’école, lui, était installé aux abords de l’établissement. Vers 8 h, les parents arrivaient au compte-gouttes, puis une file s’est formée vers 8 h 20.

Dans cette école primaire parmi les plus populeuses de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSRS), environ 385 enfants sont attendus cette semaine. L’accueil est prévu en deux temps : les tout-petits de la maternelle à la troisième année lundi, et les plus grands vont s’ajouter mardi à 9 h, un peu plus tard que leurs camarades plus jeunes. Dans cette école déjà à l’étroit, tous les locaux disponibles ont été mis à contribution. Les enfants étaient regroupés selon des points de couleur, pour qu’on puisse les répartir et les diriger selon les secteurs de l’école.

En attente afin de rentrer sur le terrain de l’école, un garçon a éclaté en larmes en regardant la scène. « Ça a changé! » a-t-il lancé. D’autres, comme Anthony, se réjouissait de revenir à la Maisonnée. « Ça me manquait! » s’est-il exclamé. Le garçon de huit ans a fait son entrée aux côtés de son frère de cinq ans et de sa mère, Christine Roy. « On a bien hâte. Longtemps à la maison, ils ne savaient plus quoi faire », lance la maman en soulignant le besoin de socialiser des enfants. Les deux parents se sont retrouvés en mode télétravail, un contexte pas toujours évident pour travailler. La mère de famille n’avait pas trop d’appréhension. « Je sais que tout le monde fait de son mieux. »

Marie-Christine Mak accompagnait pour sa part Zoé, sa fille de sept ans. « Elle avait un petit deuil de ne plus être avec sa maman. On s’était bien adaptée. Je m’étais habituée à faire les devoirs le matin », dit cette enseignante à l’école aux adultes en ajoutant qu’elles avaient développé leur routine. Les parents venaient reconduire leur enfant mais devaient demeurer à l’extérieur de la cour d’école. 

Haut taux de présence

Plus de 8000 élèves du primaire de la CSRS reprennent l’école cette semaine. Des membres du personnel d’écoles secondaires sont venus donner un coup de main pour l’accueil des enfants. 

Le directeur du secrétariat général et des communications de la CSRS, Donald Landry, note que le taux de présence était d’environ 96 % pour cette première journée. « On est très satisfait. Ça aurait pu être chaotique, ça ne l’a pas été. » Interrogé sur les aménagements attendus (installations d’évier, etc.), il se dit convaincu que des ajustements seront faits. « Mais je ne pense pas que des enfants ne se sont pas lavé les mains aujourd’hui (lundi). » L’organisation a reçu une partie des masques réutilisables qu’elle attendait et en attend encore. Les écoles avaient néanmoins ce qu’il fallait pour redémarrer l’année, selon M. Landry.  

Selon le directeur général de la CSRS, Christian Provencher, le taux d’absence du personnel est un peu moindre que ce qui était anticipé. La CSRS s’attendait initialement à ce qu’entre 20 et 25 % du personnel soit absent. Québec a annoncé, la semaine dernière, que les membres du personnel de 60 ans et plus pouvaient retourner au travail. Cette nouvelle façon de faire au sujet des 60 ans et plus concernait 200 personnes de l’organisation. Du nombre, plus d’une centaine sont revenues. Des motifs de santé influencent aussi le retour au travail, dont les gens ayant des maladies chroniques non contrôlées. Quelques enseignants du secondaire donnent un coup de main au primaire. 

M. Provencher souligne que parmi les membres du personnel qui ne peuvent se retrouver sur le terrain pour différents motifs, certains d’entre eux peuvent tout de même assurer un suivi auprès des jeunes qui sont à la maison. « Ils sont en télétravail, mais ils ont un rôle à jouer dans le suivi des apprentissages à la maison. »

Aux yeux du président du Syndicat de l’enseignement de l’Estrie (SEE), Richard Bergevin, au plan humain et au plan relationnel, l’événement s’est bien passé. « Ces humains-là avaient le goût de se revoir », lance-t-il. Le vrai test se déroulera cependant dans quelques jours, avec l’apparition ou non de cas lié à la COVID-19, estime-t-il.