La « rentrée » au primaire soulève plusieurs questions, qui vont du respect de la distanciation jusqu’à la désinfection.
La « rentrée » au primaire soulève plusieurs questions, qui vont du respect de la distanciation jusqu’à la désinfection.

Une décision respectée, mais l’absence de réponses soulève la déception

SHERBROOKE – Le Syndicat de l’enseignement de l’Estrie (SEE) « respecte » la décision du gouvernement Legault, même s’il aurait préféré un retour à l’automne pour bien préparer cette rentrée particulière. « On comprend bien le contexte de la situation sociale, on sent que les décisions ont été prises en fonction de la science, de la compréhension de la santé publique », note le président du SEE, Richard Bergevin. L’instance syndicale déplore toutefois le manque de réponses à une foule de questions, notamment sur des enjeux de sécurité. « C’est décevant. »

La rentrée au primaire soulève plusieurs questions, qui vont du respect de la distanciation jusqu’à la désinfection.

« C’est très difficile pour nous d’imaginer que les élèves vont accepter et s’assurer de rester à deux mètres des uns des autres, en tout temps en classe », lance M. Bergevin. Ce dernier s’attendait à des précisions lors du point de presse du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, mais elles ne sont pas venues.  

« On va collaborer, on va contribuer pour que le retour en classe se passe bien (…)  Ce qu’on souhaite, c’est que l’expertise des enseignants soit mise à profit. Ça fait déjà deux ou trois semaines qu’on demande à ce que les règles à respecter de la santé publique nous soit transmises, pour commencer à travailler comment on va l’appliquer dans nos milieux. » Les enjeux varient d’une école et d’un milieu à un autre, rappelle M. Bergevin.

Le SEE regroupe 3500 enseignants des trois commissions scolaires francophones de l’Estrie, soient des Hauts-Cantons (CSHC), de la Région-de-Sherbrooke (CSRS) et des Sommets (CSS). 

« On a une préoccupation beaucoup au niveau de la désinfection des écoles. On sait que des enfants, ce sont des enfants. Ça bouge, ça touche à tout, c’est correct : c’est leur vraie vie. Mais ça va prendre des mesures d’hygiène supplémentaires par rapport à d’habitude. Est-ce qu’il y aura des concierges, du personnel, pour veiller à la désinfection des poignées de porte, des objets que les jeunes touchent pour éviter une propagation trop élevée? » Aux yeux du président, cette question est demeurée sans réponse. 

Richard Bergevin estime que la formation à distance est plus simple à gérer lorsque les élèves sont plus autonomes, comme au secondaire, et tout comme le trio l’a laissé entendre en conférence de presse. 

Toutefois, c’est beaucoup plus complexe dans certaines matières, comme l’enseignement de la chimie ou de physique, où des laboratoires sont nécessaires. Les enseignants des cégeps qui voient arriver les finissants devront s’ajuster, note M. Bergevin en notant l’exemple de la chimie.

M. Bergevin s’attendait aussi à avoir plus de précisions pour les enseignants plus âgés qui devront (ou pas) retourner au travail.  

Le président du SEE avait fait valoir, dès le début de la crise, ses préoccupations envers les élèves en difficulté. « C’est une préoccupation de savoir si les élèves qui en ont le plus besoin vont être en classe. » 

Par ailleurs, la députée de Sherbrooke, Christine Labrie, estime elle aussi que le plan présenté lundi « suscite beaucoup plus de questions que de réponses ». 

« Est-ce qu’il y aura assez de place et de personnel pour permettre des classes de 15 élèves et le respect de la distanciation dans le transport? Compte tenu de la pénurie qu’on avait avant la crise, j’en doute. Est-ce qu’il y aura de nouveaux enseignements ou seulement de la révision? Est-ce que les écoles joueront plutôt le rôle de camps de jour? Qu’est-ce qui sera offert pour accompagner les élèves qui restent à la maison? Les parents ne veulent pas pénaliser leurs enfants et ont besoin de ces réponses pour prendre une décision éclairée », commente la responsable en matière d’éducation et de famille pour Québec solidaire dans un communiqué. 

« Le ministre aurait eu avantage à prendre plus de temps et à travailler avec le réseau pour élaborer le plan de réouverture, parce que le scénario actuel semble avoir été élaboré surtout pour permettre aux parents de travailler », fait aussi valoir Mme Labrie.