Une course à cinq à la mairie marquée par l'éthique

La présence de cinq candidats à la mairie et les nombreuses questions en matière d’éthique ont marqué la campagne électorale municipale à Sherbrooke, selon Isabelle Lacroix, politologue à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke. Le « bruit » généré par les différentes plaintes portées à l’endroit de conseillers et de candidats à la mairie n’aura pourtant que très peu d’impact sur les résultats de l’élection, croit Mme Lacroix.

« Si on compare avec l’élection de 2013, je vous dirais avec un petit sourire que nous avons eu une vraie campagne. On a discuté des vrais enjeux. On critique souvent en disant qu’en politique, on nous sert toujours la même affaire. Cette année, ce n’est pas vrai. Les candidats à la mairie offraient des perspectives différentes. On a discuté d’enjeux, de façons différentes de gouverner », commence la politologue lorsqu’on lui demande de décrire la campagne.

« Si on parle de faits saillants, l’arrivée de Denis Pellerin dans la course portait le nombre de candidats à cinq. Il y a donc eu une couleur différente. On a aussi questionné la gouvernance, l’éthique, d’un point de vue très concret, qu’on parle de la plainte de M. Rouleau (NDLR : dans le dossier Well inc.) ou de la plainte contre M. Pellerin (NDRL : une mise en demeure pour des propos jugés diffamatoires). Ce sont les thématiques qui ont fait le plus de bruit. »

Mais Isabelle Lacroix ne pense pas que ce sera déterminant au moment du vote. « Des éléments comme la taxation sont beaucoup plus importants en matière d’influence. Ça se jouera sur la mobilisation des électeurs déjà convaincus. Pour les électeurs, ce bruit-là n’est pas le plus gagnant. »

Si elles sont dommageables, les interrogations sur l’éthique nuiront davantage aux élus sortants. « Il n’y a qu’eux qui ont eu à gouverner. » Mme Lacroix ne croit toutefois pas que ces données seront plus fortes que la tendance habituelle à voter pour un candidat connu. « Il devrait y avoir plusieurs candidats sortants qui reviendront en poste. »

Si un facteur peut avoir un réel impact sur le vote dans les districts, Isabelle Lacroix dit que ce sera davantage le redécoupage du territoire et la présence d’un nouveau parti politique.

Les différentes plaintes ou attaques n’ont toutefois pas pris toute la place. « Nous avons parlé de développement économique, de participation citoyenne, de structures d’accompagnement, de redevances... Les idées ont été relayées par les médias et se sont rendues, à mon avis, jusqu’aux citoyens. »

Isabelle Lacroix dit qu’il sera intéressant de voir si Sherbrooke Citoyen réussira une percée. « Avec eux, on n’est pas dans une logique d’Équipe Pigot, mais dans une organisation partisane qui a une proposition claire. J’imagine qu’ils ont pensé leur plan sur plus d’une élection. 

Mme [Hélène] Pigot a bien utilisé la notion de parti, la valeur ajoutée d’une équipe. Elle a réussi à bien se positionner sur la notion de couleur différente qu’elle compte donner à la Ville. Là où c’était moins contrôlé, moins bien préparé, c’était sur les attaques envers les autres candidats. »

La course à la mairie aura forcé le maire sortant, Bernard Sévigny, à défendre son bilan. S’il a peut-être trébuché en parlant des coûts de Well inc., il n’a pas fait d’erreurs majeures. « Il a fait une campagne qui était stratégiquement appropriée. Il a mis de l’avant ses bons coups et a démontré l’intérêt de le réélire. Dans le contexte, il a fait la campagne qu’il avait à faire. »

Steve Lussier, lui, a mené la campagne typique d’un aspirant. « Il s’est présenté comme l’opposé du maire sortant. Il propose de gérer en bon père de famille et dit qu’il a des contacts. Ça semble avoir porté. »

Enfin, Isabelle Lacroix ne voit pas de calcul politique dans la mise en demeure envoyée par trois candidates du Renouveau sherbrookois à Denis Pellerin. « Stratégiquement, M. Pellerin recueille peu du pourcentage des voix. Il n’est pas très menaçant. Ça semble vraiment relié à des candidates qui ont été profondément choquées. J’en fais une lecture assez peu stratégique. »