Annie Godbout rapporte qu’il faut s’intéresser aux résultats que produiront les crédits de taxes.
Annie Godbout rapporte qu’il faut s’intéresser aux résultats que produiront les crédits de taxes.

Une analyse trop simpliste selon Annie Godbout

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
« C’est le Sherbrooke de demain qui profitera de l’impact de ces crédits de taxes, même si on a des grands défis financiers aujourd’hui », lance la conseillère Annie Godbout, membre du comité de développement économique de la Ville de Sherbrooke. Elle remet en question l’analyse de sa collègue Évelyne Beaudin qui, selon elle, ne s’attarde qu’à un seul paramètre et se veut trop simpliste.

La directrice générale de Sherbrooke Innopole, Josée Fortin, rapporte dans le même sens qu’il faut étudier la valeur des investissements et l’ampleur de leurs retombées sur une période beaucoup plus longue, sur dix ans par exemple. 

« Il faut regarder sur une perspective plus longue qu’une année et il faut se comparer avec d’autres villes, j’en conviens. »

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Depuis 2010, 184 entreprises se sont installées à Sherbrooke, créant 7314 emplois. Les investissements des entreprises étaient en croissance entre 2016 et 2019, passant de 147 M$ à 416 M$. « La Ville a donné en 2016 une impulsion pour remplir le parc industriel. Plus vite on vend les terrains, plus vite on récolte les taxes. En 2016, c’était une décision du conseil. Sherbrooke Innopole n’avait pas été impliquée et il n’y avait pas eu d’étalonnage. À ce moment, on se battait avec des villes comme Trois-Rivières et Asbestos, qui avaient reçu des sommes importantes pour diversifier leur économie. Après la fermeture de Gentilly 2, ce sont 200 M$ qui ont été octroyés en fonds de diversification économique dans la région de Trois-Rivières. »

Annie Godbout abonde dans le même sens. « Un fonds de 25 M$ avait aussi été octroyé à Asbestos. Ces villes étaient très bien outillées pour attirer les entrepreneurs, même avec un crédit de taxes moins généreux. Nous étions aussi très loin de nous douter, en 2016, qu’une entreprise investirait un demi-milliard de dollars à Sherbrooke. À partir de ce moment, il était évident que le programme n’était plus adapté. »

Josée Fortin, directrice générale de Sherbrooke Innopole

Mme Godbout nuance aussi les chiffres avancés par sa collègue Évelyne Beaudin. « Il faut regarder le montant des crédits de taxes par rapport au budget total de la Ville. Le gouvernement nous permet d’aller jusqu’à 1 % de notre budget et plusieurs autres villes qui offrent des crédits ont des budgets moins importants que le nôtre. »

Notons qu’il s’agit là de la raison pour laquelle la décision de la Ville de hausser son plafond de crédits de taxes est soumise à l’approbation de la population. À 75 M$, le programme dépasse 1 % du budget municipal.

Un étalonnage, pour comparer la situation de Sherbrooke avec les autres villes, a néanmoins été réalisé en 2018, entre autres avec Saguenay, Trois-Rivières et Longueuil. « Ces chiffres ont été partagés avec la Ville de Sherbrooke. Nous referons l’exercice pour la prochaine mouture du programme », assure Josée Fortin.

Cet étalonnage ne permet toutefois pas de comparer les retombées économiques par rapport aux investissements. Les retombées économiques ne sont pas toujours calculées de la même façon d’une ville à l’autre, selon Josée Fortin, qui affirme que Sherbrooke Innopole n’a pas de comparaisons à ce chapitre.

Annie Godbout profite de l’occasion pour s’en prendre à Évelyne Beaudin. « À la lumière de ses propos, il est difficile de comprendre pourquoi elle a voté en faveur du règlement et pourquoi elle ait accepté la limite à 75 M$. Il faut remettre les choses en perspective. La décision prise par le conseil est de mettre fin au programme actuel parce que l’objectif a été atteint avant la fin. Nous avons décidé d’honorer les paramètres de notre programme pour les entreprises qui avaient décidé d’investir à Sherbrooke. On a décidé de supporter les entreprises. Les résultats démontrent une vitalité économique et je ne peux pas croire que les Sherbrookois ne sont pas fiers des entreprises qui se sont installées dans le parc industriel. »

Mme Godbout précise qu’un crédit de taxes ne signifie pas que ces entreprises ne génèrent pas un revenu pour la Ville. Elles paient des taxes sur leur terrain, paient leur électricité ainsi que les services comme l’aqueduc.