Véronique Grenier, enseignante en philosophie au Cégep de Sherbrooke, et Mélanie Lemay, l’une des fondatrices du mouvement Québec contre les violences sexuelles.

Un oeil sur 2017

Plusieurs thèmes ont fait l’actualité en 2017... et feront toujours jaser en 2018. La Tribune revient sur quelques grands dossiers en s’entretenant avec ceux et celles qui ont fait l’actualité cette année. À suivre mercredi.

L’année 2017 aura été celle des dénonciations. Des voix, un peu partout, se sont élevées pour dénoncer un geste inexplicable ou carrément l’innommable. Pour Véronique Grenier, enseignante en philosophie au Cégep de Sherbrooke, la vague des #moiaussi a été particulièrement marquante au courant des derniers mois.

Il y a environ trois ans, #BeenRapedNeverReported a eu lieu de façon très « atomisée », remet en perspective Véronique Grenier. « Chaque personne dit cette chose-là, qui est très engageante. Avec #metoo, c’est autre chose. On vient s’ajouter à une chaîne. L’aspect solidaire s’exprime dans ce hashtag-là [...] C’est moins engageant, parce que t’es moins en train de le révéler, même si tu le fais [...] Tu te révèles avec d’autres. Je pense que c’est ce qui a donné une force à ce qui est arrivé. Mon Facebook au complet était rempli de tout ça. Là, on ne pouvait plus dire que c’était de l’anecdote. »

« Ce qui m’a frappée, c’est lorsque des gens ont nommé des noms. Je ne m’attendais jamais à ça... On est rendu là, on est en train de faire changer la honte de camp. Ce n’était plus aux victimes de porter le poids du silence, mais à l’auteur de l’acte de porter sa responsabilité », renchérit Mélanie Lemay, cofondatrice du mouvement Québec contre les violences sexuelles.

La Tribune a réuni Véronique Grenier, qui s’investit dans Sans oui, c’est non! afin de prévenir la violence sexuelle sur les campus, et Mélanie Lemay, qui a fait de la lutte aux agressions sexuelles un cheval de bataille, afin de revenir sur la dernière année.

Le sujet est difficile, délicat. Mais il a fait sa place au sein de l’espace public et ça, c’est bon pour faire avancer les choses.

Mélanie Lemay dit sentir une écoute plus grande du gouvernement dans ce dossier. Elle dit avoir l’impression que les femmes au pouvoir n’ont plus peur de porter de questions. Auparavant, celles qui les défendaient pouvaient être vues comme des extrémistes...

L’engagement des deux jeunes femmes se poursuivra en 2018. Véronique Grenier, qui faisait partie des auteurs de Sous la ceinture : unis pour vaincre la culture du viol croit qu’on doit davantage parler de sexualité de façon positive. « Je pense qu’il y a une place à prendre sur l’éducation positive à la sexualité, la question de la réciprocité... Il y a beaucoup de pression de part et d’autre. Je crois que c’est un angle qui m’intéresse, tout en continuant à faire de la sensibilisation sur ce qui est inacceptable. »

Mélanie Lemay souligne du même coup l’importance de ramener les cours d’éducation sexuelle à l’école. Reste maintenant à voir comment cela s’articulera concrètement. Ce ne sont pas tous les enseignants qui sont à l’aise de traiter de ces enjeux, note Véronique.

Mélanie Lemay estime qu’on ne fait pas encore suffisamment de place aux hommes victimes d’abus. « Il y a des voix marginalisées comme celle des hommes. Ça prend des ressources pour les hommes victimes », plaide-t-elle.

L’année 2017 a été l’occasion de faire entendre de multiples voix, mais on ne doit pas s’arrêter là. « Il faut être vigilant, plaide Mélanie. Il y a un momentum et il ne faut pas le perdre. »