Le Lac d'Argent et le Mont Orford.

Un jeune journaliste aurait dû être du voyage mortel

Jeune journaliste d’à peine 18 ans pour Le Citoyen d’Asbestos à l’époque, Michel Lévesque devait être dans l’autobus qui a sombré dans le lac d’Argent le 4 août 1978 avec à son bord membres et bénévoles de la Fraternité des malades et handicapés de la région d’Asbestos. Il avait l’habitude de suivre le groupe dans ses activités, mais une affectation de dernière minute a changé son destin. Ce sont quarante passagers qui ont péri lors de cette tragique soirée.

Le départ s’est fait tout juste devant chez lui. Il a donc pu saluer ces gens heureux qui, pour la plupart, se rendaient pour la première fois à une pièce de théâtre. Comme son cousin était vice-président de la Fraternité, Michel Lévesque avait une entente avec son patron pour suivre le groupe dans ses diverses activités. Il n’était pas rémunéré, mais en échange, ses photos étaient publiées dans le journal.

« Ils étaient tellement fiers de voir leur photo dans le journal. C’était tout aussi plaisant pour leurs proches », estime l’ancien journaliste en soulignant qu’à l’époque, les handicapés commençaient tout juste à s’intégrer dans la société.

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Le lendemain matin, sa tante téléphona à la maison pour s’assurer qu’il était en vie, sachant que son neveu participait fréquemment aux activités de la Fraternité. C’est elle qui lui a appris la terrible nouvelle. Pas plus de trente minutes plus tard,  son patron le dépêchait à Eastman pour couvrir l’événement.

« Je suis arrivé à 9 h puis je suis reparti le lendemain matin à 7 h. Je n’ai pas dormi. Je me rappelle avoir vu Lucie Gaouette, l’une des survivantes, toute mouillée en train de crier et de pointer aux policiers l’emplacement de l’autobus. Moi j’assistais à tout ça, impuissant. C’est un tombeau qu’ils ont sorti de l’eau. Ce sont tous des gens que j’ai côtoyés, c’était tragique. »

Et à travers les émotions et l’onde de choc, Michel Lévesque devait couvrir en photo l’événement qui a chamboulé Asbestos tout entier.

Leçon de vie

Michel Lévesque n’a écrit qu’un seul article à propos de l’accident. Un papier qui vantait le courage des personnes handicapées et la leçon de vie qu’il a tirée d’eux. Et quarante ans après la tragédie, c’est le même message qu’il souhaite propager.

« Je lève mon chapeau à ces personnes handicapées et aux bénévoles. Ils ont été des pionniers pour l’intégration des handicapés. Je vois aujourd’hui le chemin parcouru. S’ils n’avaient pas été là, je ne suis pas convaincu que les avancées auraient été aussi importantes », confie-t-il.

« La plupart des gens que je connais n’accomplissent pas le dixième de ce que les personnes handicapées pouvaient faire. Leur volonté et leur courage sont à toute épreuve. Dans le groupe, tout le monde s’entraidait. Comme chacun n’avait pas le même handicap, mental ou physique, chacun aidait du mieux qu’il le pouvait. »

Michel Lévesque est donc plus qu’heureux de voir que la situation des handicapés s’est grandement améliorée. « Quand j’ai commencé à participer aux activités avec la Fraternité, il y avait peu de rampes d’accès et pas de toilettes pour handicapés », mentionne-t-il en spécifiant que l’accès à l’emploi demeure toutefois un enjeu de nos jours.

Deux ans après l’accident, Michel Lévesque a quitté Le Citoyen afin de poursuivre ses études. Il a ainsi obtenu sa maîtrise en science politique et son doctorat en histoire avant de travailler notamment pour Radio-Canada et Télé-Québec, mais pas en tant que journaliste.

« Je devais être dans l’autobus, mais le destin en a voulu autrement pour moi. À partir de ce moment, j’ai su que je pouvais faire plein de choses et je ne me suis jamais limité. Un événement comme celui-là, ça change la perspective d’une vie. »

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