Le feu a repris de l'ampleur en début de soirée.

Un grand vide sur Dufferin

L’eau dégoulinait sur les murs de l’édifice centenaire du 256 rue Dufferin, mercredi après-midi. Depuis les petites heures du matin, une soixantaine de pompiers arrosaient l’immeuble sans relâche, mais il n’y avait rien à faire : on voyait encore des flammes à l’intérieur des locaux du bar L’Otre zone. Il fallait maintenant passer au plan B.

« On a tout tenté pour conserver le bâtiment, mais on a finalement pris la décision de le démolir pour la sécurité du public et de nos pompiers, explique le directeur du Service de protection contre les incendies de Sherbrooke, Stéphane Simoneau. À l’intérieur, les planchers sont attachés aux murs porteurs qui se sont effondrés aux deuxième et troisième étages, et on a donc une pression latérale qui se fait vers l’intérieur et qui pourrait occasionner un effondrement dans les prochains jours. »

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Les Sherbrookois devront donc dire adieu à cet édifice construit en 1902, qui abritait également le bar Le Magog et qui avait été pendant des années le repaire des clients du Duplessis, bar qui a fermé ses portes cette année. Les pelles mécaniques s’affairaient à détruire l’immeuble mercredi en fin d’après-midi, alors que celui-ci brûlait encore.

C’est un passant qui a alerté les pompiers vers 5 h 20 mercredi matin, en mentionnant qu’il avait vu des flammes sortir de l’immeuble. « À l’arrivée des premiers pompiers, il y avait des flammes au niveau du deuxième étage du bâtiment, qui en comporte quatre. Il faut savoir que le bâtiment n’était pas habité, il y avait eu un autre incendie il y a quelques mois et il était en rénovations », ajoute M. Simoneau.

Le temps de s’assurer que l’immeuble était bien vacant, le feu avait pris une longueur d’avance sur les pompiers. Il avait eu le temps de se répandre au troisième étage et commençait même à sortir par la toiture.

Les pompiers ont donc travaillé à partir de l’extérieur, s’affairant à éviter la propagation des flammes aux bâtiments environnants.

Une enquête est ouverte
Comme les pompiers n’ont pas pu aller vérifier le foyer de l’incendie, il était impossible pour eux d’en déterminer la cause mercredi, mais ils ont amassé suffisamment d’indices pour pouvoir aller de l’avant avec une enquête, qui sera réalisée en collaboration avec les policiers. « Ça ne veut pas dire que c’est criminel à ce moment-ci, mais ça va nous permettre de traiter tous les angles pour être certains d’avoir une conclusion », affirme M. Simoneau.

La rue Dufferin a été fermée à la circulation entre les rues Frontenac et Court toute la journée. Les pompiers ont sécurisé les lignes de gaz dans le sol et dévié le réseau électrique le temps de la démolition de l’immeuble.

Un deuxième incendie

Il s’agit du deuxième incendie à survenir à cet endroit en quelques mois.

En avril dernier, un feu d’origine électrique s’est attaqué à ce bâtiment, qui avait alors été sauvé par ses gicleurs.

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Les dommages causés principalement par l’eau et la fumée s’élevaient à un montant estimé entre 250 000 $ à 300 000 $, alors que le bâtiment avait une valeur d’environ 900 000 $, selon le rôle d’évaluation. Certaines anomalies électriques avaient été notées à cet endroit par le passé, notait-on.

Selon diverses sources historiques des Cantons-de-l’Est, le bâtiment incendié abritait autrefois des salles de réunion. C’est dans l’une d’elles, en octobre 1933, que Maurice Duplessis a été élu chef du Parti conservateur du Québec, devenu l’Union nationale, lors d’un congrès au leadership. 

- Avec Claude Plante et La Presse Canadienne