Des policiers du SPS se sont rendus au pavillon Émile-Noël en fin d’avant-midi pour prendre les dépositions après avoir reçu une plainte pour agression armée.
Des policiers du SPS se sont rendus au pavillon Émile-Noël en fin d’avant-midi pour prendre les dépositions après avoir reçu une plainte pour agression armée.

Un employé de la psychiatrie frappé par un patient

Un employé de la psychiatrie de l’Hôtel-Dieu a été frappé par un patient mercredi matin. Une plainte pour agression armée a été déposée au Service de police de Sherbrooke (SPS). Des policiers se sont rendus au pavillon Émile-Noël en fin d’avant-midi pour prendre les dépositions.

Le porte-parole du SPS Martin Carrier explique qu’un homme de 62 ans a frappé un préposé aux bénéficiaires à la tête à l’aide d’un cabaret de repas. Transporté à l’urgence physique, l’employé souffre de blessures mineures.

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« Le patient sera accusé d’agression armée », soutient Martin Carrier.

Le patient a été transporté en cellule au poste de police. Il était prévu qu’il puisse retourner dans sa chambre de psychiatrie dès mercredi soir.

Les employés de la psychiatrie ont eu la vie dure cet automne. La perquisition menée mercredi passé par le SPS sur trois étages de la psychiatrie « n’a mené à rien », se désolent des employés à bout de souffle qui ont contacté La Tribune à plusieurs reprises au cours des deux dernières semaines. « En fin de semaine, il y avait déjà de la consommation », déplore l’un d’entre eux.

Le 11 décembre, le SPS a effectué une perquisition de drogue sur trois des étages du département de psychiatrie de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke. Cette opération policière avait été rendue nécessaire après que plusieurs événements inquiétants se soient déroulés dans le département au cours des dernières semaines.

Par exemple, des employés de la psychiatrie se sont fait crever leurs pneus dans le stationnement de l’hôpital et plusieurs d’entre eux ont reçu des menaces de mort dans les semaines précédentes. Il y avait aussi des soupçons de consommation et de revente de drogue au sein du département. De mémoire, tant au CIUSSS de l’Estrie-CHUS qu’au SPS, c’est la première fois qu’une perquisition d’une telle ampleur est organisée en milieu hospitalier à Sherbrooke en plus de 30 ans.

La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS dit prendre la sécurité de ses employés très au sérieux. Du personnel a été ajouté en renfort pour assurer la sécurité, du raccompagnement se fait jusqu’aux voitures à la fin des quarts de travail, etc. « Toutes les mesures que nous avons mises en place le resteront jusqu’en février au moins », indique Annie-Andrée Émond, porte-parole du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Nous travaillons pour mettre en place des solutions et régler la situation », ajoute-t-elle.

Ne pas se présenter au travail

Lors d’un quart de travail de soir en début de semaine, pratiquement tous les membres d’une équipe de travail sur un des étages de la psychiatrie ont décidé de ne pas rentrer au travail. L’employeur a dû imposer du temps supplémentaire à d’autres employés pour maintenir les services.

De plus en plus d’employés songeraient aussi à démissionner si le climat ne change pas à court terme.

« On a peur de venir travailler. On a peur d’être blessé. Où est notre droit à nous, les travailleurs, de venir travailler dans un climat sain sans avoir peur? » s’exclame une employée.

Ce climat de peur et ces menaces seraient liés à « un petit nombre de patients » bien connus des psychiatres et du personnel soignant.

Sur Facebook mercredi soir, l’infirmier Jean-Sébastien Blais a lancé un vibrant cri du cœur après avoir vécu, écrit-il, l’une des journées les plus difficiles de sa carrière mercredi. Il avait été témoin de l’agression envers son collègue.

« L’unité où je travaille ressemble maintenant à ce que l’on appelait autrefois... un asile! Un paquet de patients cordés là : des vieux malades, des plus jeunes, des déficients, des criminels, des toxicomanes... Malgré les cris à l’aide du personnel soignant, infirmières, infirmières auxiliaires et préposés... Aucun soutien de l’administration. (…) Des préposés utilisés comme des pions qui peuvent être. À recevoir des claques sur la gueule et se faire menacer de mort. Un personnel infirmier laissé à lui-même car les médecins ont juste lâché prise... Résultat : du personnel ébranlé, des infirmières les yeux rouges et bouffis, des voix tremblantes par l’épuisement... »

Les actions posées par la direction du CIUSSS ne sont pas suffisantes pour ramener l’ordre et la sécurité en psychiatrie, soutiennent les employés qui ont contacté La Tribune.

« Mercredi après-midi, des gens en veston-cravate sont venus nous voir, tout sourire, pour nous dire que notre sécurité leur tient à cœur. Alors qu’on n’a jamais vu l’une ou l’autre de ces personnes avant! Ils n’ont aucune espèce d’idée de ce qu’on fait sur le plancher », déplore l’infirmier excédé. 

Jeudi dernier, le Dr Jean-François Trudel voulait se faire rassurant en disant que la psychiatrie n’était pas une jungle mais bien un endroit où les gens pouvaient venir se faire soigner en toute quiétude.

« Le Dr Trudel, on ne le voit jamais sur le plancher. Pas plus que tous les gestionnaires qui nous assurent que tout est sécuritaire... mais qui n’ont absolument aucune d’idée de ce qui se passe réellement sur le plancher », clame l’infirmier.