Pour capturer et contaminer l'agrile du frêne avec un insecticide biologique, une quinzaine de pièges comme celui-ci seront installés dans le secteur Rock Forest au début du mois de juin.

Un champignon pour ralentir l’agrile

Si la présence de l’agrile du frêne sur le territoire sherbrookois sème l’inquiétude chez les propriétaires de frênes, il existe peut-être un espoir pour en arriver à contrôler, à défaut d’éradiquer, cet insecte ravageur. Le Beauveria bassiana, un champignon découvert à Cookshire-Eaton, est un insecticide biologique susceptible de tuer l’agrile du frêne qui fera l’objet d’un projet-pilote à Sherbrooke cet été.

La compagnie GDG, installée à Trois-Rivières, teste une méthode de contrôle de l’agrile du frêne en compagnie de l’INRS-Institut Armand-Frappier et de Ressources naturelles Canada. Elle a mené un projet-pilote au mont Royal l’été dernier. Une douzaine de villes, dont Sherbrooke, Montréal, Québec et Granby en feront l’essai dans les prochains mois.

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2000 $ pour abattre ses arbres

« Il s’agit d’un champignon issu d’une famille comptant plusieurs variétés. Chaque variété peut être nocive pour des insectes très précis. Il n’y a donc pas de variété universelle et celle que nous utilisons contre l’agrile ne fonctionne pas contre les maringouins par exemple », explique Réjean Bergevin, vice-président au développement des affaires chez GDG.

« Le champignon est microscopique. Chaque fois que l’agrile entre en contact avec lui, il survit pour un maximum de cinq jours. C’est très efficace pour tuer l’agrile adulte. Nous en mettons donc dans des pochettes que nous insérons dans des pièges en forme d’entonnoir. Nous les installons près de la cime des arbres. Ils attirent les agriles pendant la période de reproduction, soit de la mi-juin à la mi-juillet. »

Selon M. Bergevin, une femelle adulte peut produire en moyenne 100 œufs. « Ce sont ces œufs qu’elles pondent dans les frênes et qui font les dommages. La plupart des œufs sont viables, donc l’infection peut être exponentielle. Comme l’agrile est arrivé dans des cargos asiatiques en 2002, il n’a pas de prédateurs naturels. Il n’y a rien pour générer un équilibre. Notre rôle, avec le champignon, est de rétablir cet équilibre. »

Pour le moment, ledit champignon, que GDG développe sous le nom FraxiProtec, n’est pas encore homologué. Il ne peut donc pas être vendu à des particuliers. « C’est un produit purement naturel. Aucun produit chimique n’est ajouté. Il est d’ailleurs inoffensif pour les abeilles et les bourdons. Le Beauveria bassiana est utilisé partout dans le monde, entre autres dans des serres au Canada pour contrôler la prolifération des insectes. »

À Montréal l’été dernier, ce sont à peu près le tiers des agriles capturés qui avaient été infectés avec le champignon.

Réjean Bergevin prévient qu’il ne sera jamais possible d’éradiquer l’agrile du frêne. « Mais on veut contrôler la ponte des femelles pour permettre aux frênes de survivre. Le champignon peut être utilisé tout seul ou avec un traitement au TreeAzin. »

La dévastation de la population de frênes est probablement inévitable, admet M. Bergevin, mais le rythme de destruction devrait ralentir avec le temps, comme ce fut le cas à Toronto. « Là-bas, on comptait 30 000 frênes qui appartenaient à la municipalité. Depuis 2002, ils en ont perdu 15 000. Nous testons maintenant le FraxiProtec pour maintenir la population de frêne à un niveau endémique. Nous avons investi beaucoup dans ce produit parce que nous y croyons. »

L’homme assure que le champignon est sans danger pour les autres insectes ou pour les animaux.

À la Ville de Sherbrooke, on estime que le projet-pilote, d’une durée de trois ans, coûtera environ 12 500 $ par année. Les pièges devraient être installés dans le secteur Rock Forest. L’endroit précis n’a pas été déterminé.

Rappelons que le territoire de la Ville de Sherbrooke compte environ 2500 frênes dans le domaine public et 12 000 frênes appartenant à des particuliers. Sherbrooke prévoit investir 5,7 M$ en dix ans dans son plan de lutte contre l’agrile du frêne.