Alexandre Côté, propriétaire du Pizzicato, estime qu’il faut investir au centre-ville avant que les prix des immeubles et des locaux connaissent une flambée.

Un bon temps pour investir au centre-ville

L’abandon de la première mouture du projet Well inc. et la réflexion en cours de certains commerçants qui songent à quitter la rue Wellington Nord donnent l’impression d’un nuage noir planant au-dessus du centre-ville. Alexandre Côté, propriétaire du Pizzicato, croit au contraire que le moment ne pourrait pas être mieux choisi pour investir au confluent des rivières Magog et Saint-François. Et il n’est pas le seul à le penser.

« Ça fait trois ans que j’ai repris le restaurant et ça va bien. Est-ce que ça pourrait aller mieux? Oui. Pour ça, il faut qu’il y ait plus de gens qui vivent et qui travaillent au centre-ville. Est-ce que baisser les bras est la solution alors que nous sommes si proches du but? », s’interroge M. Côté.

Sans remettre en question les réflexions des propriétaires de Glori.us et de Dermapure, qui avaient avoué s’interroger sur leur avenir au centre-ville, Alexandre Côté croit que le temps est venu de prendre le risque calculé d’acheter un immeuble au centro ou de consolider des ententes pour ceux qui sont locataires.

« Oui, nous avons fait un pas de côté et c’est clair que je suis déçu de l’échec de Well inc., mais la plupart des gens veulent se redonner un vrai centre-ville. Il y a des opportunités d’affaires. Mon message, c’est : pensez-y à deux fois avant de partir. Dans quelques années, les prix auront monté. Ce qui sera à vendre ou à louer sera plus cher. Il faut saisir l’occasion maintenant. Avec le déplacement du pont, jamais les planètes n’ont été aussi alignées. Il faut visualiser notre centre-ville comme quelque chose qui s’en vient, et c’est pour bientôt. »


«  On se définit clairement comme un pôle de restauration. Mais ça nous prend aussi des boutiques. Ça nous prend une pharmacie et une banque.  »
Alexandre Côté

Alexandre Côté prend le pari d’investir 100 000 $ dans son restaurant pour être à l’affût des nouvelles tendances. Une machine pour fabriquer des pâtes fraîches sera notamment installée en vitrine. « Nous lancerons aussi les pâtes fraîches Alpha, en l’honneur de mon grand-père. Nous aurons un frigo à pâtes et nous vendrons aussi nos sauces et nos vinaigrettes. À moyen terme, nous développerons des canaux de distribution. Il faut être à l’affût des nouvelles tendances. C’est un peu notre réponse au prêt-à-manger, aux boîtes que les gens se font livrer. »

Ce nouveau modèle d’affaires n’envoie-t-il pas le message que les clients ne souhaitent plus fréquenter les restaurants? « Il y a clairement encore des gens qui aiment sortir, s’amuser, et nous sommes rentables. »

Dans sa réflexion sur son avenir, le propriétaire de Glori.us, Jean-François Bédard, soulevait l’importance de diversifier l’activité économique au centre-ville et mentionnait qu’il fallait ouvrir plus que des restaurants.

« J’aime le fait qu’il y a plusieurs restaurants, parce qu’on devient une destination. On se définit clairement comme un pôle de restauration. Mais ça nous prend aussi des boutiques. Ça nous prend une pharmacie et une banque. C’est idiot de ne pas avoir de guichet automatique. Tous les commerces font affaire avec une institution financière. Ce serait la moindre des choses d’avoir un retour », dit Alexandre Côté.

Séphanie Maillard, copropriétaire du Méchant Steak et du Café Masala, abonde dans le même sens. « Si le centre-ville est un pôle gastronomique, c’est bien. Mais c’est à double tranchant. J’aime bien penser à un centre-ville diversifié, avec des boutiques qui amènent une autre clientèle. Ça ne me fait pas peur qu’il y ait d’autres restaurants, mais il nous faudrait une banque et une pharmacie. Quand la machine Interac ne fonctionne pas, il n’y pas de distributrice de billets à proximité. »

Mme Maillard se sent néanmoins très bien au centre-ville et elle n’a pas l’intention de déménager ses commerces. « Well inc. a été une déception et des fois, on entend parler de projets qui n’arrivent pas. Je veux être là pour bâtir le centre-ville, mais je suis tannée qu’on joue au yoyo. On veut que ça bouge pour attirer les clients. »

Francine Larochelle, du Tapageur, identifie elle aussi la pharmacie comme un élément essentiel du centre-ville. « Je verrais aussi une librairie-papeterie. »

Mme Larochelle voit l’importance pour les commerces de faire leur place, d’avoir leur identité propre. « J’étais très déçue de ce qui s’est passé avec Well inc., mais ça ne me fera pas déménager. Il faut s’organiser avec ce qu’on a pour promouvoir le centre-ville. C’est à nous de prendre notre place. »

Enfin, tous s’entendent pour dire que le stationnement est toujours payant dans les centres-villes des grandes villes. « La Ville doit mettre ses culottes et proposer des incitatifs pour venir au centre-ville. La firme engagée pour donner des contraventions dégaine très rapidement. Ça prend un assouplissement. Est-il nécessaire que le stationnement soit payant jusqu’à 2 h du matin? Jusqu’à 21 h, ce serait suffisant », estime Alexandre Côté.