Pas moins de 150 000 citoyens de l’ensemble du territoire sherbrookois doivent faire bouillir l’eau du robinet pendant une minute avant de la consommer depuis 16 h 15 vendredi, et ce, pour une durée indéterminée.

Un avis d'ébullition en vigueur pour l'ensemble du territoire sherbrookois

Pour la première fois depuis 1972, les Sherbrookois sont privés de leur eau potable. Pas moins de 150 000 citoyens de l’ensemble du territoire doivent faire bouillir l’eau du robinet pendant une minute avant de la consommer depuis 16 h 15 vendredi, et ce, pour une durée indéterminée. Un échantillonnage réalisé à la station de traitement de l’eau potable J.-M.-Jeanson a révélé une contamination à la bactérie E. coli.

Les symptômes de la bactérie E. coli s’apparentent à ceux d’une gastro-entérite. Vers 18 h vendredi, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS ne notait pas de hausse d’affluence dans les urgences du territoire concernant des problèmes gastro-intestinaux. 

« Un échantillonnage que l’on fait quotidiennement est revenu, pour une partie du réservoir, contaminé à l’E. coli », a révélé la directrice des infrastructures urbaines Caroline Gravel dans un point de presse tenu vendredi après-midi.

Erreur d’échantillonnage?

Il faut savoir qu’il y a deux réserves d’eau à la station de traitement de l’eau potable et que seule l’une des deux réserves serait contaminée.

« On a déjà des mesures mises en application. On a augmenté le taux de chlore et on a isolé la cellule supposément contaminée. On est en attente d’avoir des résultats d’échantillonnage qui prennent 22 heures pour des résultats préliminaires et 24 heures pour des résultats officiels. Les premiers résultats devraient donc sortir à 9 h samedi matin puis les résultats officiels à 11 h. On va avoir le cœur net pour savoir si c’est une réelle contamination, si c’est une erreur d’échantillonnage, une erreur d’équipement contaminé ou d’échantillons mêlés », a poursuivi Mme Gravel.

Pour l’instant, la Ville semble croire qu’il s’agit d’une erreur d’échantillonnage.

« La proportion de contamination est assez élevée... À un point qu’on se dit que c’est quasi impossible. On est à la recherche de comprendre ce qui s’est passé. Il faut comprendre que 24 heures plus tôt, notre eau était en parfaite condition donc on s’explique mal pourquoi en 24 h on aurait une contamination à l’E. coli à l’intérieur d’un réservoir d’eau déjà traitée », a commenté Mme Gravel.

Si les résultats de l’échantillonnage reviennent impeccables samedi vers 9 h puis 11 h, ce sera à la direction de la Santé publique de prendre la décision de lever ou non l’avis d’ébullition.

« Dans un tel cas, la norme est un avis d’ébullition de 48 heures dans toutes les circonstances. Mais si c’est clairement une erreur d’échantillonnage, peut-être que la Santé publique pourrait lever l’avis d’ébullition plus tôt », avance en hypothèse Mme Gravel.

Les choses se corseront par contre si les résultats reviennent encore une fois contaminés. Il faudra alors trouver la source de la contamination puis tout désinfecter.

« Nous allons devoir vider le réservoir contaminé, ensuite procéder à sa désinfection, ensuite traiter de l’eau et remplir le réservoir de nouveau. On en aurait probablement jusqu’à la fin de la semaine prochaine », émet-elle comme hypothèse.

Gestion rigoureuse

Une rigoureuse procédure a été suivie aussitôt que la Ville de Sherbrooke a pris connaissance du résultat d’échantillonnage contaminé à l’E. coli vendredi en fin de journée. Aussitôt, la Santé publique et le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques ont été avisés de la situation. Les hôpitaux, les garderies, les CLSC et toutes autres organisations travaillant avec des populations à risque ont été avisés de l’avis d’ébullition. « Nous avons un livre avec toutes les personnes à contacter dans une telle situation. Nous avons une vingtaine de personnes sur le téléphone en ce moment », a soutenu Mme Gravel lors du point de presse vendredi en fin d’après-midi.

Rappelons que la source d’approvisionnement en eau de Sherbrooke est le lac Memphrémagog. Une fois captée, l’eau est ensuite acheminée jusqu’à la station de traitement de l’eau potable J.-M.-Jeanson, située près de l’Université de Sherbrooke. Une conduite de vingt-sept kilomètres relie le lac à la station de traitement. Au total, plus de 150 000 personnes, soit plus de 90 % de la population de Sherbrooke, utilisent l’eau traitée par la station J.-M.-Jeanson.

Caroline Gravel, directrice des infrastructures urbaines : « La proportion de contamination est assez élevée... À un point qu’on se dit que c’est quasi impossible. On est à la recherche de comprendre ce qui s’est passé. »

Le CIUSSS et l’UdeS en alerte

L’avis d’ébullition de l’eau a d’importantes répercussions sur le CIUSSS de l’Estrie-CHUS. « Plusieurs équipes du CIUSSS de l’Estrie-CHUS sont mobilisées pour amoindrir les impacts pour le personnel et les usagers. Nous avons rappelé du personnel afin d’appliquer de l’affichage pour condamner les points d’eau », explique Marie-France Thibeault.

La situation est particulièrement tendue étant donné que l’Hôpital Fleurimont et l’Hôtel-Dieu vivaient déjà une grave pénurie de personnel pour la fin de semaine. Or le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a pu exercer son plan des mesures d’urgence au début du mois d’août alors que les réservoirs d’eau de l’Hôpital Fleurimont avaient été testés positifs à l’E. coli, privant d’eau potable l’ensemble de l’hôpital pendant plusieurs jours.

Plusieurs mesures de prévention ont été prises dans les installations du CIUSSS de l’Estrie-CHUS dès que l’avis d’ébullition de l’eau été reçue, comme la distribution d’eau embouteillée au personnel et aux usagers. « L’équipe de santé environnementale de la Direction de la santé publique soutient la Ville de Sherbrooke par son expertise », ajoute-t-on du côté du CIUSSS.

L’Université de Sherbrooke recevra samedi près de 12 000 personnes pour sa collation des grades et avait prévu des stations de remplissage pour les bouteilles d’eau. En fin de journée vendredi, l’UdeS a précisé que toutes les équipes étaient à pied d’œuvre pour trouver des solutions et que l’UdeS était déjà assurée d’avoir un approvisionnement d’eau embouteillée supplémentaire pour répondre à demande de ses milliers de visiteurs.