Le comité exécutif de Destination Sherbrooke a suggéré à Sylvain Beauséjour de démissionner de son poste d’administrateur après lui avoir imputé des publications sur la page Facebook de l’Auberge Marquis de Montcalm.
Le comité exécutif de Destination Sherbrooke a suggéré à Sylvain Beauséjour de démissionner de son poste d’administrateur après lui avoir imputé des publications sur la page Facebook de l’Auberge Marquis de Montcalm.

Un administrateur de Destination Sherbrooke invité à démissionner après avoir critiqué la Ville

PRIMEUR /  Un membre du conseil d’administration de Destination Sherbrooke, Sylvain Beauséjour, a été invité à démissionner l’an dernier après que l’Auberge Marquis de Montcalm, l’entreprise de sa conjointe, eut publié des commentaires critiques à l’endroit de la Ville sur sa page Facebook. La requête figure au procès-verbal du C.A. du 26 septembre 2019, un procès-verbal retenu jusqu’ici, mais qui pourrait être rendu public par la Ville de Sherbrooke lundi.

Dans le document obtenu par La Tribune en vertu d’une demande d’accès à l’information, on rapporte que « Sylvain Beauséjour, sur la page Facebook de son entreprise Auberge Marquis de Montcalm, a rédigé des messages inappropriés pour un membre du conseil d’administration de Destination Sherbrooke ».

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Les messages ont été publiés à la suite d’une décision de la Ville d’entreposer le théâtre de la place Nikitotek, une attraction touristique située tout près du Marquis de Montcalm. « Finalement, Sherbrooke semble abdiquer... la volonté de la 6e ville en importance au Québec d’investir les sommes nécessaires en tourisme afin d’attirer une clientèle apportant des nouveaux dollars dans la région n’y est pas », lit-on dans une publication du 6 septembre 2019.

Dans les commentaires, le compte de l’Auberge suggère qu’« il faudra peut-être faire du ménage aux prochaines élections » et qu’il « ne faut pas attendre quoi que ce soit d’ici les prochaines élections ».

Deux autres publications suivent les 8 et 11 septembre, où l’Auberge Marquis de Montcalm fait allusion au « manque de vision à long terme en matière de tourisme des élus municipaux de Sherbrooke ».

Sylvain Beauséjour

Le procès-verbal de Destination Sherbrooke, corrigé après que M. Beauséjour eut souligné qu’il ne reflétait pas la réalité, rapporte que le comité exécutif considère que ces propos représentaient un manquement au code d’éthique et déontologique et que ses membres « ont convenu de suggérer à Sylvain Beauséjour de remettre sa démission ».

Le document indique que rien ne prouve que M. Beauséjour est l’auteur des propos reprochés par le comité exécutif. On écrit qu’un « avis des services juridiques de la Ville a été demandé ».

Toujours selon les procès-verbaux, le 22 janvier dernier, lors d’une autre séance du conseil d’administration de Destination Sherbrooke, la présidente Annie Godbout précise que le dossier est toujours en analyse. Sylvain Beauséjour, lui, mentionne que si le dossier démontre qu’il n’a pas contrevenu au code de déontologie de Destination Sherbrooke, il demandera une lettre d’excuses.

Jeudi, M. Beauséjour était toujours un des cinq administrateurs de Destination Sherbrooke. Il n’a toujours vu aucun avis juridique concernant ses interventions. « On me reprochait d’avoir critiqué les élus et le conseil municipal. C’est l’Auberge qui a critiqué et j’ai appuyé, parce que l’Auberge appartient à ma conjointe. J’ai dit que j’étais prêt à démissionner si j’avais erré, ce que je ne pense pas avoir fait. J’ai relu le code d’éthique et je n’avais pas cette impression. J’ai su par la bande que ce n’était pas unanime à l’exécutif de suggérer ma démission. »

Vérification faite au Registraire des entreprises du Québec, le nom de M. Beauséjour n’apparaît pas comme gestionnaire de l’Auberge Marquis de Montcalm.

Sylvain Beauséjour a tenté d’obtenir l’avis juridique le concernant et a cherché à savoir si une demande pour des manquements le concernant avait été acheminée au Service des affaires juridiques. La Ville ne détenait aucun document en ce sens au moment de sa demande en février. Une requête de La Tribune pour obtenir une copie d’un avis juridique qui aurait été produit concernant M. Beauséjour a obtenu la même réponse. Il n’existe aucun document, tel que défini par la loi, en lien avec la demande.

Interpellée à ce sujet, Annie Gobdout indique que le dossier est toujours actif.

Sylvain Beauséjour rapporte avoir considéré la possibilité de démissionner parce qu’il ne prenait plus plaisir aux rencontres du conseil d’administration. « Mais je ne veux pas laisser tomber les gens qui croient encore en quelque chose », dit-il.

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Annie Gobdout rapporte qu’aucun des administrateurs n’avait inscrit sa dissidence au moment de suggérer la démission de Sylvain Beauséjour. Si Sylvie L. Bergeron confirme cette information, elle admet qu’elle et certains de ses collègues étaient mal à l’aise devant la situation.

Godbout se défend; l’exécutif déplore un malaise

Annie Gobdout se défend d’avoir voulu museler un administrateur de Destination Sherbrooke qui se montrait critique envers les élus et la Ville de Sherbrooke. L’ex-présidente de Destination Sherbrooke et porte-parole du comité de pilotage de la réforme de la gouvernance en matière de développement économique affirme que l’exécutif de l’organisation n’avait montré aucun malaise à suggérer la démission de Sylvain Beauséjour, ce que ses collègues de l’époque contredisent en partie.  

« La suggestion ne venait pas seulement avec les commentaires publiés par M. Beauséjour. C’était un ensemble de choses. Il n’avait pas l’air heureux au conseil d’administration. On sentait que plusieurs décisions de la Ville créaient un mécontentement chez lui, entre autres le changement de mandat du Marché de la gare et l’entreposage de la place Nikitotek. Je ne pense pas que ses seuls propos méritaient qu’il démissionne. C’était plus une lecture de deux ans de différentes décisions », explique Mme Godbout.

Elle ajoute être capable d’accepter les critiques et l’insatisfaction manifestées à l’endroit des élus. « Je n’ai aucun problème à ce que les gens mentionnent leur déception par rapport au conseil, mais il y a un pas à ne pas franchir. Le problème aussi, c’est que dans notre code d’éthique, il n’y a pas de gradation des sanctions. On dit seulement que ça peut aller jusqu’à la démission. »

Selon elle, le code d’éthique mentionne le respect envers les autres membres du C.A. mais est muet en ce qui concerne le respect envers les élus.

Annie Godbout assure que si le comité exécutif avait démontré un malaise, il n’y aurait pas eu de suggestion de démission. « Tout le monde autour de la table était d’accord. Personne n’a enregistré sa dissidence. »

Mme Godbout rapporte que Sylvain Beauséjour avait de toute façon mentionné qu’il pensait quitter le C.A. à la fin de son mandat. Interrogée à propos de l’avis juridique demandé à la Ville, elle indique que le dossier est toujours actif et convient qu’une lettre d’excuses sera acheminée à M. Beauséjour si on ne lui reconnaît aucun tort.

Sylvie L. Bergeron

Pas de leçons d’éthique à donner

Claude Morin siégeait à l’exécutif de Destination Sherbrooke au moment des faits et a été reconduit dans ses fonctions la semaine dernière. Il mentionne que la situation est remplie de nuances, entre autres par rapport au rôle de M. Beauséjour, qui intervenait sur Facebook à titre de citoyen. « Ses remarques avaient été très mal perçues et il y avait une intention de l’arrêter de parler, de le rendre silencieux. La présidente (Mme Godbout) avait été froissée. Il y avait un certain malaise parce que lui avait droit à son opinion, mais Mme Godbout insistait sur le fait qu’il aurait dû faire preuve d’une certaine retenue. Je trouvais que c’était délicat comme situation et je comprenais aussi la position de la présidente. »

Claude Morin reconnaît que la voix discordante d’un membre du C.A. crée un certain désordre. « Je trouvais que Sylvain était allé fort. La personne qui poussait pour qu’il y ait une démission, c’était la présidente. Les avis autour de la table étaient partagés. »

M. Morin ajoute que l’ex-présidente de Destination Sherbrooke « n’a pas de leçons d’éthique à donner à personne avec tout ce qui est sorti récemment ». Rappelons que Mme Godbout avait admis avoir retenu des procès-verbaux pour éviter que des journalistes fassent des demandes d’accès à l’information avant que l’analyse des dossiers soit terminée. 

« Son opinion dans ce dossier ne compte absolument plus. Je ne vois pas comment elle pourrait nous faire la morale et nous parler d’éthique. »

Laval Chartré

Tous mal à l’aise

L’actuelle présidente de Destination Sherbrooke, Sylvie L. Bergeron, dit avoir été très mal à l’aise avec la discussion entourant les propos de Sylvain Beauséjour. « Je n’ai jamais vraiment vu ce qu’il a écrit. Je pense que ça se sentait que nous étions mal à l’aise. On nous disait que ça ne faisait pas ce qu’il a fait. Je ne l’ai peut-être pas dit, mais j’ai pensé que c’était une maladresse qu’on pouvait laisser passer. Il est vrai que personne n’a enregistré sa dissidence. C’était la première fois que ça arrivait. On allait dans le sens de notre présidente. Je pense qu’Annie [Godbout] avait le droit de demander ça. Oui, j’étais d’avis qu’on ne doit pas faire ce qu’il a fait, mais il suffisait de l’avertir. Nous étions assis entre deux chaises. Ça nous a tous mis mal à l’aise. »

Mme Bergeron explique avoir laissé le dossier suivre son cours en attendant qu’un avis juridique soit présenté. Elle n’a pas l’intention, à titre de présidente, de réclamer la démission de Sylvain Beauséjour. 

Laval Chartré, qui siégeait à l’exécutif de Destination Sherbrooke l’an dernier, indique lui aussi qu’il avait un malaise avec la suggestion faite à son collègue. « Ces chicanes-là ne m’intéressaient pas. Je ne voulais pas qu’il y ait de démission, mais nous n’avons pas trop débattu. Je n’ai pas offert beaucoup d’opposition parce que je savais que la majorité de l’exécutif était pour. Comme M. Beauséjour avait dit qu’il pensait s’en aller, je pensais qu’il n’y aurait pas de conflit de toute façon. À travers le temps, il y a eu beaucoup d’administrateurs qui n’avaient pas la langue dans leur poche qui ont décidé de partir. J’ai l’impression que cette histoire-là est morte au feuilleton. Des gens ont percé des dents et le mal est passé. »

La Tribune n’a pas été en mesure de joindre Danielle Berthold, jeudi soir. Elle siégeait également au comité exécutif de Destination Sherbrooke.