U SPORTS confirme l’annulation des saisons et des championnats nationaux de trois de ses conférences

SHERBROOKE — U SPORTS a confirmé en début d’après-midi lundi l’annulation de six championnats nationaux de sports universitaires d’automne qu’elle chapeaute, dont la coupe Vanier en football. Parallèlement à cette annonce, les conférences de l’ouest du Canada, de l’Ontario et des Maritimes ont annoncé la suspension de toute activité sportive jusqu’en janvier 2021, comme l’annonçait La Tribune dimanche. 

Les activités sportives au Québec, gérées par le Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ), ne sont pas touchées, pour l’instant. Dans quel état se retrouvera le sport universitaire canadien au sortir de la crise?

Lisette Johnson-Stapley en a vue d’autres. Elle a été directrice générale de la FIFA en 2015 lors de la présentation de la Coupe du monde féminine au Canada, en plus de siéger sur le Comité olympique canadien (COC) lorsqu’a éclaté le scandale entourant le patinage artistique en couple, impliquant Jamie Salé et David Pelletier, aux Jeux olympiques de Salt Lake City, en 2002. 

Mais jamais l’actuelle chef du Sport à U SPORTS n’a fait face à un adversaire aussi tenace et imprévisible que la pandémie de la COVID-19. 

Lundi en fin de journée, elle a multiplié les entrevues médiatiques afin d’expliquer pourquoi trois des quatre conférences sportives d’U SPORTS seront en pause jusqu’au 1er janvier prochain.

« C’est une très dure journée », a-t-elle d’abord exprimé, avant d’expliquer que cette décision n’a pas été prise à la légère. Ni trop tôt.

« Ça fait à peu près trois mois qu’on parle aux quatre conférences et à nos institutions. On a commencé alors à élaborer des scénarios : est-ce que les sports avec contact ou sans contact pouvaient avoir lieu, est-ce qu’on pouvait organiser des championnats nationaux à deux ou trois conférences, est-ce qu’on pourrait tout déplacer au printemps », a-t-elle expliqué en faisant référence au volleyball et au hockey, qui ont été les premiers sports touchés par la pandémie.

« Parallèlement, avec notre médecin en chef le Dr Taryn Taylor, on regardait avec attention l’évolution de la crise partout au Canada, et les différentes décisions prises par les instances de santé publique de chaque province. On a questionné les villes hôtes des championnats nationaux qui devaient se dérouler à l’automne et on voyait les restrictions en matière de déplacement s’accumuler. Alors on a finalement décidé, avec différents comités et notre conseil d’administration, de prendre la décision maintenant de tout arrêter pour l’automne. Et probablement qu’on aurait pris la même décision dans une semaine, ou dans un mois », a-t-elle confirmé.

« Les étudiants-athlètes et leur santé sont nos priorités. En même temps, on devait prendre une décision rapide pour les jeunes qui sont en processus d’inscription pour la session d’automne, mais aussi pour les différents programmes de bourses.

Le Québec fait bande à part

Petit à petit, le déconfinement s’opère, jusqu’ici avec succès, au Québec. Un élément clé qui a incité le RSEQ à patienter plutôt que de prendre une décision comme celle d’U SPORTS.

« C’est le Canada! Il y a différents règlements dans chaque province, des particularités mêmes au sein de chaque sport. On regardait la tendance, alors que plusieurs universités annonçaient déjà qu’elles allaient donner leurs cours à ligne à l’automne, alors on se demandait comment elles feraient pour assembler des équipes ou organiser des championnats, dans ces circonstances. C’est la juridiction du Québec, c’est à eux de décider. Ils annonceront leur décision lorsqu’ils seront prêts », a dit Mme Johnson-Stapley.

Est-ce que U SPORTS est contrarié par ce statu quo du RSEQ?

« On est une équipe; en sport on travaille ensemble, mais on reconnaît aussi que dans les provinces, il y a différents règlements, des réalités qui peuvent être différentes. Est-ce que ce serait bien si on était tous ensemble dans cette décision? La réponse c’est oui. Mais la décision du Québec n’impact pas les autres décisions », a-t-elle assuré.

Une réflexion de la même importance se déroulera à la fin de l’été et au début de l’automne à propos des championnats programmés pour l’hiver 2021. Rien n’est encore gagné.

« La réaction de nos membres est la même que la nôtre; tout le monde est très déçu. Certains ont prévu ce scénario depuis quelque temps déjà. Mais tout le monde reconnaît que la décision a été prise pour la santé et la sécurité de nos étudiants-athlètes et du personnel d’encadrement. D’autre part, on ne sait toujours pas s’il y aura une deuxième vague, comme certains experts le prévoient. »

Impacts financiers

Les impacts financiers de la COVID-19, et de l’annulation de toute la session sportive de l’automne prochain auront certainement un impact financier pour plusieurs programmes sportifs qui déjà, ne roulent pas sur l’or.

La période d’avril à juin est généralement consacrée aux activités de financement des différents programmes sportifs afin qu’ils puissent défrayer les coûts de la prochaine année.

Est-ce que la survie de certains programmes sportifs universitaires pourrait être en danger?

« Je ne sais pas vraiment. C’est un contexte unique, je ne sais pas comment ça va se passer, pour le après. Les conférences et les institutions, en compagnie de U SPORTS, on va tous regarder nos options pour garder le sport universitaire vivant. Il y a autant de structures financières différentes qu’il y a d’institutions membres de U SPORTS! Tout le monde a subi l’impact de la COVID. En même temps, ce n’est qu’une session. On va travailler fort pour voir comment on peut supporter les athlètes et les entraîneurs, et continuer à travailler avec les conférences et les institutions, et on va planifier les championnats de l’hiver, en se croisant les doigts. On ne peut pas voir plus loin que ça », s’est désolé le chef Sport de U SPORTS.

Les championnats nationaux qui n’auront pas lieu sont ceux du hockey sur gazon féminin, du cross-country masculin et féminin, du soccer masculin et féminin, du rugby féminin et du football, notamment la présentation des demi-finales nationales (Coupe Mitchell et Coupe Uteck) ainsi que le match de la Coupe Vanier. 

On précise dans le communiqué que les milieux hôtes qui devaient accueillir ces compétitions pourront le faire dans les années à venir. Notons que U SPORTS était toujours à la recherche d’une ville hôte pour la tenue de la grande finale du football universitaire, qui s’est déroulé l’an passé à Québec.

Ce sera donc la première fois, depuis son instauration en 1965, que la coupe Vanier ne sera pas attribuée.

« Un contexte sans précédent requiert des mesures sans précédent, ce qui nous a menés à cette décision difficile. La santé de nos étudiants-athlètes, de nos entraîneurs, de nos admistrateurs, de nos officiels et de nos amateurs, est notre priorité. Et après une consultation exhaustive, nous ne croyons pas pouvoir y répondre adéquatement d’ici au 31 décembre prochain », a pour sa part mentionné le Dr Mike DeGagné, président du conseil d’administration de l’OUA (Ontario university athletics) dans un communiqué.

U SPORTS regroupe quelque 56 universités qui encadrent quelque 14 000 athlètes.