Diane Poulin compte presque autant d’années d’ancienneté que le CEP compte d’année d’existence. Elle nous raconte son expérience avec ses élèves des 37 dernières années.

Trouver sa voie... et l’amour !

Le Centre d’éducation populaire (CEP) de l’Estrie célébrera ses 40 ans lors d’une soirée-bénéfice le 10 avril avec comme invité d’honneur Tire le Coyote. Pour souligner les quatre décennies de l’organisme d’alphabétisation, La Tribune a rencontré une employée qui a presque autant d’ancienneté que son employeur compte d’années d’existence.

En janvier 1982, Diane Poulin vivait de l’aide sociale. Elle avait terminé son diplôme d’études collégiales en mai 1981 pour devenir technicienne en assistance sociale, mais n’avait pas trouvé d’emploi dans son domaine. Une connaissance qui fréquentait le CEP, qui s’appelait l’Arbralettre à l’époque, lui a mentionné que l’organisme cherchait des formatrices.

« Je n’avais pas étudié pour enseigner, mais je me suis dit que j’allais me présenter pour me pratiquer à faire des entrevues et éventuellement trouver un emploi dans mon domaine. »

Finalement, à sa grande surprise, Diane a été embauchée. Et n’est jamais repartie. « J’ai appris à enseigner et produire du matériel pédagogique sur le tas. Mais mon rôle était aussi d’aider de façon plus large les apprenants, parce que l’organisme s’était rendu compte que les gens ne sachant ni lire ni écrire avaient souvent des problèmes qui allaient plus loin que l’écriture et la lecture », explique Diane, qui compte 37 ans d’ancienneté.   

Son secret est d’enseigner le cœur ouvert. « Il ne faut pas juger les gens et avoir une bonne écoute. Sinon, les apprenants ne te feront pas confiance et tu ne pourras pas les aider. »

Au départ, ses classes étaient uniquement composées de Québécois qui étaient passés dans les failles du système scolaire. Diane se souvient de sa première élève immigrante.

« C’était en 1985 et elle était Salvadorienne. Ç’a compliqué les choses au début, car en plus d’apprendre à reconnaître les sons que les lettres regroupées donnent, je devais expliquer le mot comme tel souvent avec des dessins. Parce que celui dont la langue maternelle n’est pas le français peut prononcer le mot banane sans savoir ce que signifie banane », donne-t-elle en exemple.

Des belles et des moins belles histoires

Parmi les quelque 1000 apprenants qu’elle a vus s’asseoir dans sa classe au fil des ans, elle se souvient de certains aux histoires qui sortent de l’ordinaire. Un homme de 83 ans qui souhaite apprendre à écrire et à lire et qui peut pour la première fois de sa vie lire le nom de la rue où il habite ou surveiller les rabais dans les circulaires. Cet homme illettré qui réussissait à gagner sa vie comme chauffeur de taxi grâce à sa femme qui l’avait aidé à mémoriser tous les noms de rues de son secteur.

« Ce sont de belles histoires. Il y en a des moins belles. Je me souviens de cet homme de 50 ans qui ne savait ni lire ni compter. Son voisin, responsable de collecter son loyer, lui avait appris à compter par multiple de 20, car l’homme faisait toujours changer son chèque pour des billets de 20 $. Sa chambre coûtait 200 $ alors il faisait deux piles de 100 $. Son voisin lui avait appris à compter : 20, 40, 60, 80, 90, 100… Quand l’homme a appris que ce dernier le volait pendant tous ces mois, il s’est mis à pleurer. »

Au cours de ses 40 ans d’existence, le CEP a eu six adresses différentes, trois appellations (Shécrilire, Arbralettre et CEP) et toujours la même mission d’alphabétisation et d’intégration des adultes de toutes les origines.

« Fréquenter le CEP, c’est aussi un moyen de briser l’isolement et de se créer un réseau. Même une nouvelle famille pour ceux dont les familles les ont mis de côté ou les ont reniés. »

Elle-même y a trouvé une famille puisqu’elle a épousé un de ses élèves. Un Péruvien qui était dans sa classe en 1987. En 1989, leur fille venait au monde et le couple se mariait.

Le CEP a un budget annuel de 500 000 $ et environ 15 000 $ proviennent de donations et d’activités de financement. Pour la soirée-bénéfice du 10 avril qui aura lieu au resto O Chevreuil, deux formules sont possibles, soit celle qui inclut une entrevue de Tire le Coyote avec Dominic Tardif, le repas et le spectacle (90 $) ou encore celle du spectacle seulement (40 $). Il reste encore quelques billets disponibles au 819 562-1466 poste 102.