Trois étudiants du Cégep de Sherbrooke, qui habitent dans les résidences de la rue Terrill, ont reçu un avis d’éviction de l’établissement pour avoir enfreint les règles de confinement. Mamadou, Juliana et Maxime (qui demandent à taire leur identité de peur de représailles) se disent désemparés dans le contexte de pandémie qui sévit actuellement.
Trois étudiants du Cégep de Sherbrooke, qui habitent dans les résidences de la rue Terrill, ont reçu un avis d’éviction de l’établissement pour avoir enfreint les règles de confinement. Mamadou, Juliana et Maxime (qui demandent à taire leur identité de peur de représailles) se disent désemparés dans le contexte de pandémie qui sévit actuellement.

Trois étudiants étrangers du Cégep reçoivent un avis d’éviction

Trois étudiants internationaux du Cégep de Sherbrooke se disent « désemparés » après avoir reçu un avis d’éviction les enjoignant de quitter les résidences du campus parce qu’ils ont enfreint les règles de confinement imposées par la crise du coronavirus.

Mamadou, Juliana et Maxime, originaires respectivement de France, de Côte d’Ivoire et du Togo, ont reçu mardi un avis leur ordonnant de devoir quitter le campus collégial sherbrookois au plus tard vendredi. 

Les trois étudiants (qui ont demandé de taire leurs noms de famille par crainte de représailles) considèrent cette sanction « injuste » et « inhumaine » dans un contexte de pandémie mondiale qui les empêche de retourner dans leur pays ou de se trouver un autre logis.

Les événements ayant mené à l’avis d’éviction ont eu lieu lundi dernier. 

Vers 18 h, l’agent de sécurité des résidences a surpris les trois étudiants dans la cuisine du 7e étage en train de préparer leurs repas alors qu’ils étaient à moins de deux mètres l’un de l’autre. L’agent leur a alors servi un premier avertissement. Deux autres étudiants-résidents étaient aussi dans la cuisine, selon les trois étudiants étrangers.

Quelques heures plus tard, vers 21 h, le même gardien les a surpris de nouveau à moins de deux mètres de distance les uns des autres. Devant leur « refus de collaborer », la direction des résidences leur a fait parvenir un avis d’éviction leur ordonnant de quitter l’édifice de la rue Terrill « d’ici les 72 prochaines heures ».

« On ne comprend vraiment pas pourquoi on nous expulse, affirme Mamadou. Selon lui, les règles de confinement qui s’appliquent aux résidences étudiantes devraient être les mêmes que celles qui s’appliquent dans le cas d’une famille.

« Cela fait des mois que l’on vit ensemble. Depuis que les mesures de confinement sont en vigueur, il n’y a jamais eu personne de l’extérieur qui est venu nous voir. Nous sommes toujours ensemble. Pourquoi les règles seraient différentes de celles d’une famille? », ajoute Maxime, un étudiant en technique de comptabilité et de gestion.

Mamadou dit avoir tenté de joindre la responsable des résidences qui a signé l’avis d’éviction, mais en vain. 

Les trois étudiants étrangers reconnaissent avoir reçu le 25 mars dernier un avis adressé à tous les étudiants-résidents à l’effet que les règles de confinement émises par la santé publique s’appliquent dans les résidences et que tout manquement à ces règles pourrait se traduire par une procédure d’éviction.

« On ne peut pas nous jeter dehors pour ça, insiste Mamadou. Nous avons appelé à la Régie du logement et on nous a dit qu’il y a un décret actuellement qui empêche les propriétaires d’évincer leurs locataires durant la pandémie. On ne comprend pas pourquoi elle (la responsable des résidences) refuse de nous écouter. »

« Si on quitte comme prévu vendredi, où allons-nous dormir? Dans la rue? On a nulle part où aller. On ne peut même pas quitter le pays », rappelle Mamadou.

Position du Cégep

La direction du Cégep de Sherbrooke a fait savoir de son côté qu’elle maintenait sa décision d’évincer les trois étudiants.

« Ces trois étudiants ont reçu 12 messages depuis le 16 mars les invitant à se conformer aux consignes de confinement émises par la Santé publique, souligne la porte-parole de l’établissement, Marie-Claude Dupoy. À chaque fois, on leur a rappelé de ne pas être plus de deux personnes dans une aire commune (salon, cuisine, etc.) et de garder une distance de deux mètres entre chaque résident en tout temps. Malgré les nombreux avertissements, ils n’ont pas voulu se conformer. Dans les circonstances, nous n’avons pas le choix d’agir. Ce n’est pas de gaieté de cœur, mais on doit le faire. »

Une trentaine d’étudiants habitent toujours à l’intérieur des résidences. Certains auraient exprimé des craintes ces derniers jours à l’égard du comportement des trois étudiants.

Selon la porte-parole, ceux-ci ne seront toutefois pas laissés à eux-mêmes. « Nous avons mandaté une technicienne en travail social afin qu’elle les accompagne dans la recherche d’un logement. On ne les laissera pas tomber. » 

L’Association étudiante du Cégep de Sherbrooke (AECS) a elle aussi été saisie du dossier. Ses dirigeants étaient en appel-conférence pendant une partie de la journée mercredi afin d’en arriver à une position.