Stéphane Simoneau continuera d’échanger avec la CMQR tant et aussi longtemps que la transaction avec le Canadien Pacifique ne sera pas terminée.

Transport ferroviaire: la population prise en otage par l’insécurité

À la lumière du déraillement d’un train survenu à Bolton-Ouest, le coordonnateur des mesures d’urgence à la Ville de Sherbrooke, Stéphane Simoneau, demeure inquiet. Il espère toujours que Transports Canada et le CP, qui vient d’acquérir la compagnie ferroviaire CMQR (Central, Maine et Québec Railway), prendront le temps de le rassurer.

« À Bolton-Ouest, un représentant de la compagnie nous a dit que le rail avait été rénové récemment. C’est rassurant et préoccupant à la fois », lance-t-il d’emblée.

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« Il y a un grand principe qui me guide : la sécurité, c’est d’abord une question de sentiment. Mais ce sentiment peut évoluer dans le temps. Mon plus gros problème, c’est la gestion qu’on en fait : on laisse grossir la perception de non-sécurité. C’est grave parce que la population est prise en otage par un sentiment d’insécurité. »

Stéphane Simoneau continuera d’échanger avec la CMQR tant et aussi longtemps que la transaction avec le Canadien Pacifique ne sera pas terminée. « Une compagnie ferroviaire se doit d’être préoccupée par le sentiment d’insécurité auquel une communauté fait face. Peut-être que ce sentiment n’est pas justifié, mais qu’ils viennent nous le démontrer. On ne demande pas d’investir 100 M$ demain matin, mais qu’on nous démontre que nous n’avons pas raison d’avoir peur. »

M. Simoneau déplore que la gestion de l’information concernant l’état du réseau ferroviaire se fasse « dans un cercle fermé ».

« Nous avons fait une demande d’accès à l’information il y a deux mois pour avoir le rapport d’inspection des chemins de fer et Transports Canada nous a dit que ça pourrait prendre un an. Si on veut créer un sentiment de confiance, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. »

Stéphane Simoneau ajoute qu’il ne cherche pas les défectuosités sur le chemin de fer qui traverse Sherbrooke, mais qu’il va constater sur les lieux quand des citoyens lui manifestent leur inquiétude. La présence d’un ponceau instable dans le secteur du barrage Drummond a notamment été signalée récemment. « Nous avons fait analyser l’infrastructure par un professionnel du domaine. J’ai avisé la compagnie, qui nous a assuré qu’elle ferait un suivi rapide. Il semble que ce soit préoccupant, mais que le danger ne soit pas imminent. On parle d’une intervention en termes de journées. Je privilégie toujours la collaboration. On annonce par écrit les problèmes pour éviter que la compagnie soit prise au dépourvu. »

Quant aux rapports avec le ministère des Transports, ils risquent de continuer dans la même veine alors que le ministre Marc Garneau demeure responsable du dossier. « Nous pouvons penser que le dossier cheminera encore à pas de tortue. Il y a beaucoup de gens de bonne foi, mais nous ne nous entendons pas sur l’objectif principal. Le nôtre est la sécurité des citoyens. Nous n’arrivons pas à nous rencontrer pour concilier nos priorités. »

M. Simoneau voudrait que la CMQR se présente devant les citoyens avec Transports Canada pour répondre à leurs questions. « Ça pourrait être constructif, parce que personnellement, il y a des situations qui m’inquiétaient, mais qui ne m’inquiètent plus une fois que j’ai parlé avec des inspecteurs. »

Lundi, le maire Steve Lussier a annoncé son intention de relancer Transports Canada. « Nous sommes allés constater les dégâts à Bolton-Ouest. Il y a urgence d’agir pour nos citoyens. Il n’est pas normal que ce dossier ne soit pas réglé. Nous interpellerons Transports Canada encore une fois. »

Fin octobre, Transports Canada confirmait que les 253 anomalies relevées sur le chemin de fer entre Lac-Mégantic et Farnham avaient été corrigées. Le Ministère a aussi procédé à une vérification visuelle des réparations et a jugé qu’elles sont conformes. CMQR avait aussi transmis un plan d’investissement pour 2020 à Transports Canada et elle prévoyait continuer d’investir pour respecter les exigences réglementaires.

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La mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin, se réjouit que « les représentants du CP se [soient] engagés à discuter rapidement de trois sujets prioritaires avec la Ville de Lac-Mégantic ».

Morin satisfaite du premier contact

« Le CP a pris l’initiative de nous appeler pour nous annoncer cette transaction. C’est un premier contact qui nous rend confiants pour la suite des choses. »

La mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin, s’est brièvement entretenue avec des représentants du Canadien Pacifique (CP) et de la « Central Maine & Quebec Railroad » (CMQR) au sujet de l’achat des actifs de cette dernière par le CP.

Elle signale que « les représentants du CP se sont engagés à discuter rapidement de trois sujets prioritaires avec la Ville de Lac-Mégantic : qu’ils s’engagent à respecter les ententes prises par CMQR quant à la continuité du projet de voie de contournement ferroviaire du centre-ville, l’importance de la sécurité ferroviaire pour l’ensemble des municipalités de l’Estrie et l’entente de principe prise en 2013 avec CMQR interdisant le transport de pétrole brut sur les rails. Une rencontre sera organisée à court terme pour établir les attentes de la Municipalité envers la compagnie ferroviaire. »

Elle a profité de l’occasion pour saluer la nomination de Marc Garneau comme ministre des Transports du Canada. « Comme nous travaillons les dossiers depuis plusieurs années avec Transports Canada, cette nomination nous rend confiants que les engagements qui ont déjà été pris dans le passé seront maintenus », a indiqué Mme Morin.

Le maire de Frontenac, Gaby Gendron, s’interroge sur la continuité au ministère des Transports. « Ce n’est pas la meilleure nouvelle de l’année, car il n’a pas fait de miracles, même si on lui laisse trop souvent le bénéfice du doute. » Il souhaite « que l’achat du réseau de la CMQR par le CP va faire en sorte que ça va être mieux entretenu que présentement. C’est ma crainte. Il faut que le gouvernement mette ses culottes, là-dedans! Si le CP devient propriétaire de la voie, ça devrait changer les choses, car c’est une entreprise qui a plus de fierté que la CMQR. Cette dernière a racheté la voie à la MMA pour la revendre avec profits. Avec le CP, ça ne sera pas la même dynamique. »

« Il faut aussi que la recommandation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) ne tombe pas entre deux chaises, reprend-il. Le BAPE fait des recommandations importantes au niveau de l’entretien de la voie ferrée et d’autres sujets importants. Nous allons pousser nos députés pour que ça ne tombe pas entre deux chaises! »

Son collègue de Nantes, Jacques Breton, pour sa part, croit qu’il s’agit d’une bonne nouvelle. « Si le CP est sérieux, c’est juste du mieux. Avant qu’il vende ce tronçon à la MMA, la voie était bien entretenue. Je le sais, j’ai toujours resté le long de la voie ferrée. Si leur gestion de la qualité est la même qu’à l’époque, je suis porté à avoir confiance. »

Robert Bellefleur, porte-parole de la Coalition de citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic, s’inquiète surtout du retour éventuel du transport de pétrole. « Le CP n’avait plus d’accès à la région atlantique pour les marchés extérieurs. Cet achat lui redonnerait accès à Irving, rétablirait sa couverture coast to coast sur tout le Canada. Le CP n’achète pas la CMQR seulement pour le transport de l’eau bénite! », ironise-t-il.

« Il y a également quelque chose de spécial dans le fait que le gouvernement du Québec poursuit le CP pour plusieurs millions dans le procès à la suite du Recours collectif où il s’est désisté, et qu’après avoir payé 40 pour cent de la voie de contournement du centre-ville de Lac-Mégantic, il va redonner au CP cette voie de contournement pour que ce dernier l’opère », souligne M. Bellefleur.  Ronald Martel