André Beaupré change de vie. Employé fédéral en immigration, il en avait assez de son travail qui ne le rendait plus heureux. Le décès d’un de ses amis a aussi été un élément déclencheur.

Tout donner pour se rapprocher de l’humain [VIDÉO]

André Beaupré a décidé de tout donner ce qu’il possède. Et quand on dit tout, c’est tout : lits, ordinateurs, meubles, vaisselle, ustensiles, œuvre d’art, etc. Il a même fait des portes ouvertes chez lui dimanche pour que les gens puissent venir ramasser des objets dont ils avaient besoin.

Le succès a été foudroyant. Il devait initialement ouvrir les portes de sa maison à midi dimanche, mais il a dû le faire avec une dizaine de minutes d’avance puisque les gens s’entassaient devant sa propriété.

« Ç’a été incroyable, lance André Beaupré. Il y a eu une avalanche de gens. Après 15 minutes je n’avais plus d’électro. Il ne me reste pratiquement rien. »

Mais comment quelqu’un en pleine possession de ses esprits peut-il prendre la décision de tout donner ce qu’il possède?

C’est que André Beaupré change de vie. Employé fédéral en immigration, il en avait assez de son travail qui ne le rendait plus heureux. Le décès d’un de ses amis a aussi été un élément déclencheur.

« J’étais rendu à travailler derrière un bureau à répondre à des questions par courriel, déplore-t-il. L’humain me manque. J’adore les gens, mais le réel déclencheur a été la mort de mon ami à l’automne dernier. Quand je l’ai vu sur son lit d’hôpital, je me suis demandé ce que j’allais attendre avant d’être heureux. Une semaine avant il était en santé, il a attrapé le virus du Nil et il est mort. Ça suffit d’attendre, c’est maintenant que ça se passe. »

Sa décision était donc prise. Il allait se débarrasser de presque tous ses biens personnels et commencer une nouvelle vie de nomade.

« Je veux aider l’humain et le geste de donner mes choses c’est de commencer ma nouvelle vie avec ce qui me tient le plus à cœur, aider les autres. Je trouvais que c’était un symbole fort et je ne fais pas juste le dire, je le fais. »

Il a commencé par donner certains objets à des connaissances et il a découvert que chaque objet dont il se dépossédait lui enlevait un poids sur les épaules.

« Au début je voulais aller vers le minimalisme et simplifier ma vie, mais j’ai remarqué que plus je donne des choses, plus ça m’allège. Ça me fait du bien moralement. Pour faire une image, c’est comme une montgolfière avec plein de poches de sable pour nous tenir au sol. C’est beau et c’est sécuritaire, mais on est immobile. Plus que je donne des objets, c’est comme si j’enlève des sacs de sable et tranquillement la montgolfière lève. Plus je donne et plus ma vie s’envole. »

La seule de ses possessions qu’il a vendue est sa maison, mais il s’en est départi pour le même montant qu’il a déboursé pour la construire en 2008.

Quelques conditions

Si André Beaupré n’espérait rien obtenir en retour de ses possessions, il voulait tout de même définir quelques règles. Il souhaitait que ses objets aillent à des gens qui en ont vraiment besoin. Il voulait aussi que les gens qui repartent avec quelque chose redonnent au suivant au moins une fois dans leur vie.

« Il y a des objets qui valent beaucoup, mais je ne veux rien en retour. Cependant, je demande aux gens d’aider quelqu’un d’autre que ce soit en argent, en temps, en bien ou en service. Si chaque humain ne fait qu’un seul geste pour aider son prochain, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, on aurait 7 milliards de bonnes actions. La planète irait sûrement un peu mieux. »

La grande majorité des gens qui ont pris quelque chose dimanche l’ont fait pour les bonnes raisons selon lui.

« Il a fallu que j’aille voir une ou deux personnes pour leur dire d’en laisser aux autres, mais sinon ça s’est super bien passé. »

Une vie de nomade

M. Beaupré garde un véhicule, dans lequel il a installé un lit, et une roulotte.

« Je veux être coopérant interculturel ce qui va m’amener à voyager. À l’automne je vais au Nunavut pour plusieurs mois. J’ai un projet de partir au Mozambique avec Photographe sans frontières. Je deviens un peu comme une tortue qui trimbale sa maison sur son dos. »