Alain Saint-Pierre

Toujours plus de cas signalés à la DPJ de l’Estrie

La direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l’Estrie a traité 6400 signalements entre le 1er avril 2019 et le 31 mars 2019. Il s’agit d’une hausse de 18,5 % par rapport à l’année précédente. « C’est une hausse de près du double de la statistique provinciale qui est de 10 %. Pourquoi? On n’a pas d’explications », souligne Alain Saint-Pierre, le directeur par intérim de la DPJ de l’Estrie. De ce nombre, 2257 signalements ont été retenus et ont donc nécessité des suivis de différents ordres.

Et ce n’est pas fini. En effet, depuis le décès tragique d’une fillette connue de la DPJ à Granby le 30 avril 2019, le nombre d’appels a explosé. En moins de six mois, la DPJ a traité 3150 signalements. « Nous prévoyons encore une hausse pour l’année 2019-2020 », souligne Alain Saint-Pierre, qui est entré en poste par intérim au début de mai.

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Les listes d’attente pour la réception et le traitement des signalements ont diminué de « façon significative » à la suite de la tragédie de Granby. « Nous avions 896 cas en attente le 15 mai dernier, au pic. Nous en avions 316 le 23 septembre », précise M. Saint-Pierre.

Même son de cloche du côté de la liste d’attente pour l’évaluation et l’orientation où le nombre est passé de 483 à son pic du 30 juin à 334 cette semaine.

« Les diminutions sont significatives, surtout dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre tel qu’on le connait. Mais ça reste trop je vous l’accorde. Un enfant sur une liste d’attente, c’est déjà un enfant de trop », déclare Alain Saint-Pierre.

Or les signalements continuent de rentrer jour après jour inlassablement. « Près de 17 situations sont signalées chaque jour au CIUSSS de l’Estrie-CHUS », ajoute-t-il.

Les signalements retenus sont pour des raisons de négligence ou de risque de négligence dans 42 % des cas, d’abus physique ou de risques d’abus dans 21 % des cas, d’abus ou de risques d’abus sexuels dans près de 11 % des cas, de troubles de comportements dans 7,6 % des cas et de mauvais traitements psychologiques dans 18,2 % des cas.

« La protection des enfants, l’affaire de tous »

La DPJ de l’Estrie dressait mercredi son bilan annuel au même titre que tous les autres directeurs de la DPJ du Québec. On soulignait par la même occasion le 40e anniversaire de l’organisation consacrée à la protection des enfants du Québec. Or la DPJ de l’Estrie a connu une année 2019 particulièrement difficile avec la mort de la fillette de Granby (voir autre texte).

« Malgré les pas de géant franchis au fil du temps et en dépit des milliers d’enfants qui ont pu profiter des bienfaits de la Loi sur la protection de la jeunesse, le nombre d’enfants qui ont fait l’objet d’un signalement et qui ont besoin de protection ne cesse d’augmenter. Cette situation préoccupe grandement les DPJ du Québec dont le défi pour l’avenir est d’infléchir cette tendance et d’offrir un monde meilleur à nos enfants », précise Alain Saint-Pierre.

Or le directeur par intérim le répète : la protection des enfants, c’est l’affaire de tous.

« Ce bilan nous concerne à la DPJ, il concerne nos partenaires, mais il nous concerne tous. Le bien-être des enfants, c’est l’affaire de toute la société », dit-il.

« Notre leitmotiv pour notre plan d’action de la prochaine année, c’est de consolider nos services de protection et la réaffirmation que la protection de l’enfance est l’affaire de tout le monde », insiste-t-il.

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Décès de la fillette de Granby : en mode rétablissement

« Nous sommes en mode rétablissement », souligne le directeur par intérim de la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l’Estrie Alain Saint-Pierre.

Il fait ainsi référence à l’onde de choc qui a secoué son organisation après la mort d’une fillette de sept ans bien connue de la DPJ de l’Estrie à Granby vers la fin du mois d’avril.

« On a vécu une crise majeure, qui a frappé de plein fouet tous les intervenants. Ils se sont fait poser des questions par leur entourage, par les gens chez qui ils se rendaient pour travailler. Ç’a suscité une baisse temporaire du moral qui est normalement dans le tapis chez nous. Le rétablissement, c’est de ça dont je parle. Maintenant, ça va mieux. Les gens se sont remis au travail avec la détermination qu’on leur connait », explique-t-il.

« On sait qu’il y a des défis qui nous attendent, l’enquête interne nous l’a montré et les enquêtes qui suivront également. C’est pour ça qu’on a mis tant d’énergie à élaborer un plan d’action. Nous sommes capables d’anticiper ce qui s’en vient », ajoute-t-il.

« Le taux d’absentéisme est resté stable, élevé, mais stable. Par exemple à la DPJ, nous avons 37 postes sur nos équipes régulières et nous avons 31 personnes en poste en ce moment », explique M. Saint-Pierre en précisant que certaines de ses absences sont liées à des congés de maternité.

Rappelons que le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a rendu publique son enquête interne en au début juillet. D’autres enquêtes sont en cours.

« On a appris que l’enquête publique du coroner, qui était attendue pour cet automne, est reportée de quelques mois. L’enquête de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse est en cours. Les travaux de la Commission Laurent viennent de débuter et nous avons reçu les premières demandes pour alimenter les travaux », explique M. Saint-Pierre.

La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par l’ancienne syndicaliste Régine Laurent, doit en effet débuter en octobre.