Patrice Lamarche aime voyager et ne s’en prive plus depuis qu’il a découvert les nombreux lieux où, partout dans le monde, le tourisme est adapté pour les gens comme lui qui ont des besoins spéciaux.

Tétraplégique et grand voyageur

Patrice Lamarche était un jeune comptable agréé en pleine forme lorsque, il y a 28 ans, un mauvais plongeon a bien failli lui être fatal : il a frôlé la mort et s’est retrouvé tétraplégique. Aujourd’hui, il ne bouge plus que la tête. Après une longue réadaptation, Patrice Lamarche a cependant réussi à reprendre une vie active. Il vit seul en appartement, se déplace en fauteuil roulant grâce à un dispositif qu’il contrôle avec sa bouche et son souffle, il a complété un certificat à l’université en gestion du développement touristique et a voyagé un peu partout dans le monde.

Dans la vie en général, affirme-t-il, et peut-être encore plus quand on se retrouve dans une situation comme la sienne, il est nécessaire de se nourrir d’une passion qui nous pousse en avant pour éviter que la vie devienne vite monotone. Après avoir jugé que la comptabilité ne parviendrait pas à l’animer suffisamment, Patrice Lamarche a découvert le voyage pouvait le motiver jour après jour.

Aujourd’hui, il se fait le porte-parole de ceux qui, comme lui, ont des besoins spéciaux lorsqu’ils voyagent. Il participera d’ailleurs les 1er et 2 octobre au Sommet mondial sur le tourisme accessible, le « Destinations for all 2018 » à Bruxelles en Belgique. Le premier sommet s’est tenu à Montréal il y a quatre ans sous l’initiative de Kéroul, un organisme québécois à but non lucratif consacré au développement de l’accessibilité du tourisme et de la culture pour les personnes à capacité physique restreinte.  

« Ce sommet est en grande partie responsable de plusieurs avancées au niveau du tourisme international et même local pour les personnes ayant des besoins spéciaux. Bref, tout le monde en sort gagnant », affirme Patrice Lamarche.

« Mon but, c’est de faire connaître les possibilités aux gens qui ont des besoins spéciaux, comme moi. Il ne faut pas se priver de sortir, de voyager. Il existe tellement de possibilités aujourd’hui! » assure-t-il.

Des besoins spéciaux pour tous

Patrice Lamarche tient à le préciser d’entrée de jeu : pas besoin d’être tétraplégique pour avoir des « besoins spéciaux » dans le cadre d’un voyage.

« En fait, rares sont les gens qui n’ont pas de besoins spéciaux! Il y a les jeunes familles avec des enfants de différents âges, il y a les gens qui se déplacement plus difficilement, avec une canne par exemple, les personnes âgées, les malentendants, les gens qui ont différents handicaps physiques — on s’entend que mes besoins sont bien différents de ceux de Chantal Petitclerc (NDLR : une athlète paralympique) par exemple, même si nous sommes tous les deux en fauteuil roulant », illustre M. Lamarche.

À ses débuts dans le monde du voyage, Patrice Lamarche a d’abord fait des croisières, le « moyen le plus simple de voyager », selon lui. Mais ce n’était pas assez. « On ne fait que découvrir en surface les destinations où on s’arrête », déplore-t-il.

Dans le cadre de son certificat, il a découvert toutes les autres possibilités. Et il s’est émerveillé. Depuis, il a effectué plusieurs voyages avec son grand ami Jean-Sébastien Dutil, qui l’accompagne et lui offre tous les soins dont il a besoin pendant ces longs périples.

Coup de cœur

A-t-il eu un coup de cœur pour une des destinations visitées? Oui, sans aucun doute Vancouver. « Vancouver, c’est tout simplement fantastique. C’est parfait! Même l’autobus et le métro sont accessibles avec des rampes qui s’abaissent. J’ai pu faire toutes les attractions touristiques. Vous n’avez pas idée comme c’est plaisant de sentir qu’on fait partie de la même société que tout le monde! » s’exclame Patrice Lamarche, les yeux brillants de plaisir et de fierté.

C’est justement pour permettre à d’autres comme Patrice Lamarche ainsi qu’aux gens vieillissants de découvrir le monde que les industries du tourisme, de la culture et des transports ont été forcées de s’adapter pour bien accueillir et servir tous les citoyens et à porter une attention particulière aux besoins des personnes âgées et à mobilité réduite, souligne-t-on du côté de l’organisme Kéroul.

La deuxième édition du Sommet mondial Destination pour tous permettra de mesurer les actions accomplies depuis le premier sommet de 2014, de tendre vers la normalisation internationale des pratiques et des services offerts aux personnes handicapées.

Et le Québec? Même si les choses se sont beaucoup améliorées, il en reste encore beaucoup à faire, soutient Patrice Lamarche.

« Certains vont dire qu’adapter leur restaurant ou leur boutique coûte trop cher. C’est vrai que ça coûte cher. Mais moi je leur demande : faites un plan et allez-y étape par étape, année après année, pour que les choses avancent. Par exemple, une année on adapte l’entrée, l’année d’ensuite, on agrandit la salle de bains… », illustre le grand voyageur.