La petite Alysse va mieux, près de quatre semaines après avoir reçu une surdose de fentanyl.

Surdose de fentanyl : Alysse va mieux

SHERBROOKE — La petite Alysse prend du mieux, près de quatre semaines après avoir reçu une surdose de fentanyl aux soins intensifs de la pédiatrie du CHUS Fleurimont.

« Sa pneumonie est partie, il lui reste quelques médicaments à prendre suite à son hospitalisation. Par la suite, nous verrons quels seront les suivis et tests qu’elle aura à faire pour s’assurer qu’elle n’aura aucune séquelle », souligne sa maman Zabryna Delaney.

Rappelons que la petite Alysse, qui avait alors 56 jours, a été hospitalisée le 20 décembre dernier en raison d’une pneumonie. Elle a été intubée peu après. Elle recevait alors du fentanyl, un narcotique utilisé dans ce cadre pour maintenir un certain confort pendant la ventilation mécanique (sous respirateur) parce qu’il enlève la douleur et calme le patient, qui doit être très calme et immobile pendant qu’il est ventilé. Dans la nuit du 22 au 23 décembre, la petite aurait reçu une dose d’environ 11 mcg de fentanyl au lieu de 3,6 mcg tel que prescrit par le médecin. Peu après avoir reçu cette dose, la petite a fait un arrêt cardiorespiratoire pour lequel elle a été prise en charge rapidement.

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La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS a entrepris des démarches pour soutenir l’équipe des soins intensifs, ébranlée par cette erreur qui a été largement médiatisée.

« Quand il y a des erreurs qui portent préjudice à des patients, ça ébranle beaucoup les équipes. Les professionnelles en soins, à la base, nous sommes là pour soigner les patients, c’est notre vocation », soutient Sophie Séguin, présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est, affiliée à la Fédération interprofessionnelle de la santé (SPSCE-FIQ).

Sophie Séguin est elle-même infirmière. Elle a longtemps travaillé dans une salle d’urgence. Elle connait bien les processus de sécurité avant l’administration de médicaments, autant les narcotiques comme le fentanyl que d’autres types de médicaments. « Les processus sont très sécurisés. Malgré tout, on sait qu’il peut arriver des erreurs. Nous avons des processus d’obligation et de divulgation prévus par la loi, même quand l’erreur est moins grave et qu’elle ne porte pas préjudice au patient. Je veux que les patients soient rassurés : les soins sont sécuritaires, nous travaillons dans un milieu sécuritaire », ajoute Mme Séguin.

Il a aussi été question de temps supplémentaire, qui serait très élevé dans le secteur spécialisé que sont les soins intensifs pédiatriques. « Oui, nous sommes au courant qu’il y a beaucoup de temps supplémentaire, de temps supplémentaire imposé et de personnel absent. Je ne dis pas, absolument pas, que c’est la cause de l’accident, je ne veux pas être mal interprétée là-dessus. Il peut y avoir de nombreuses causes. Mais ça reste un facteur aggravant qu’il faut nommer. L’enquête menée par le CIUSSS va démystifier ce qui a pu se passer », soutient la présidente du SPSCE-FIQ.

Des anges... débordés

Un papa a contacté La Tribune pour faire part de son expérience aux soins néonataux à l’automne. Son fils est né à 27 semaines de grossesse. Ce grand prématuré a passé les deux mois suivants à l’hôpital. « Notre expérience a été extraordinaire. Les infirmières et tout le personnel travaillent très fort, dans l’ombre, sans relâche. J’ai vu des gens faire des 18 heures en ligne en courant toute la journée d’un bébé à l’autre sans s’arrêter deux minutes. Les infirmières étaient découragées, elles trouvent ça difficile », soutient Oliver Koritar.

« Il faut qu’on mette la lumière sur le travail exceptionnel qui est fait par le personnel des soins. Ce sont des anges, je vous le dis! Malgré l’accident qui s’est passé, je leur confierais encore mon bébé les yeux fermés », ajoute-t-il.

M. Koritar soutient que c’est aux élus d’agir et de trouver des solutions aux problèmes de main-d’œuvre surchargée, débordée et obligée de faire de très longues heures de travail consécutives. « L’ambiance est très difficile. Les gens étaient épuisés à l’automne. Moi j’aurais fait des erreurs bien avant ça, je n’aurais jamais été capable de travailler longtemps dans ces conditions », se désole le père de famille, dont le fils va très bien aujourd’hui.

Le fentanyl est sécuritaire en milieu hospitalier

L’utilisation du fentanyl chez un poupon de deux mois a soulevé de nombreuses questions sur l’utilisation de cet antidouleur puissant. En effet, le fentanyl est réputé pour être très puissant et pour causer la dépendance — il peut aussi être fatal à des doses trop élevées. Or, le fentanyl est un narcotique qui est « utilisé tous les jours » à l’hôpital « de façon tout à fait sécuritaire ».

Rappelons que la petite Alysse aurait reçu une dose de fentanyl de 3,6 mcg/kg au lieu de 1 mcg/kg.

« J’utilise quotidiennement du fentanyl lors des chirurgies. Les doses que j’utilise dans un contexte d’intubation sont de 1 à 3 mcg/kg. Parfois, c’est plus et d’autres fois c’est moins, selon l’état du patient. Je me rends parfois à 5 mcg/kg sans problème. Au total, je donne en moyenne 150 à 200 mcg à mes patients adultes avant de les endormir avec d’autres médicaments encore plus puissants… Les doses par kilos sont similaires entre les adultes et les enfants. Même si le fentanyl est très médiatisé, il demeure un bon médicament sécuritaire lorsqu’il est bien utilisé », souligne un anesthésiologue du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, qui préfère ne pas être nommé.

Ce dernier ne connait le cas de la petite Alysse que par le biais des médias. Il ne souhaite pas le commenter parce que seule l’enquête menée par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS permettra de faire la lumière sur ce qui s’est passé. Mais il tenait à parler de l’utilisation du fentanyl en milieu hospitalier pour rassurer les patients qui devront en recevoir à des fins médicales.

« À titre comparatif, il y a à peine quelques années, on donnait des doses de 20-40 mcg/kg à des patients pour des chirurgies à cœur ouvert, car le risque d’arrêt cardiaque était moins élevé avec le fentanyl qu’avec d’autres médicaments », ajoute-t-il.

À quoi sert donc le fentanyl en milieu hospitalier? « Le fentanyl est utilisé pour le geste d’intubation, aussi en perfusion pour maintenir un certain confort pendant la ventilation mécanique (sous respirateur). Il reste un médicament aux multiples usages. Il est dans la même famille que la morphine. C’est un cousin synthétique beaucoup plus puissant. Ce n’est pas le plus puissant de sa famille par contre. Il enlève la douleur, mais il agit peu sur la conscience. Il ne met pas dans le coma au sens propre même s’il assoupit un peu. Pour la sédation et le coma, il existe plein d’autres médicaments», soutient l’anesthésiologue.