Le nombre de demandes en radiologie augmente de façon importante d’année en année parce que les scanners, les IRM et les radiographies font maintenant partie des portes d’entrée du système de la santé.

Quand les médecins sont poussés à bout

Lorsque les médecins sont poussés jusqu’au bout de leurs capacités à supporter la pression et le stress, ils continuent souvent de travailler, motivés par leur profond engagement envers leurs patients et envers leurs collègues qu’ils ne veulent pas laisser tomber.

À lire aussi :

« Il faut rassurer les patients : je ne m’inquiète pas pour la qualité des soins. Quand un médecin ne va pas bien, ses compétences ne sont pas affectées. C’est l’attitude de ce médecin qui va écoper. L’impact le plus marquant, c’est la déshumanisation, la dépersonnalisation », indique la Dre Anne Magnan, directrice du Programme d’aide aux médecins du Québec.

Le taux de suicide chez les médecins est aussi élevé, notamment parce qu’ils ne vont pas chercher l’aide dont ils ont besoin avant d’être au bord du précipice.

La radiologiste Dre Julie Patry (nom fictif, puisque la radiologiste souhaite demeurer anonyme) est une femme gentille, drôle, brillante, sportive, active, qui aime rire, voyager et passer du temps avec ses enfants. À l’hôpital toutefois, elle estime qu’elle ne dégage plus cette image. « Des fois, les médecins et les résidents doivent se dire que je suis complètement folle », dit-elle avec les yeux remplis de tristesse.

Pourquoi? Parce qu’elle est tellement surchargée qu’elle ne tolère plus d’être dérangée. « En radiologie, on est au cœur de l’hôpital. Il y a plein de médecins qui attendent nos rapports pour traiter leurs patients. Nous, en plus d’avoir des dizaines d’examens à regarder, on se fait déranger entre 30 et 80 fois par jour par des téléphones, des appels sur la pagette ou des gens qui cognent à la porte pour avoir des résultats. Par exemple, le midi, je mange mon repas devant mon écran et le téléphone sonne à chaque bouchée! J’ai juste envie d’exploser : non mais est-ce que je peux avoir la paix 10 minutes une fois de temps en temps? » clame-t-elle.

Le nombre de demandes en radiologie augmente de façon importante d’année en année parce que les scanners, les IRM et les radiographies font maintenant partie des portes d’entrée du système de la santé. Le recrutement des radiologistes, lui, n’a pas suivi. « Il y a aussi beaucoup de demandes inutiles, selon mon jugement. Je ne comprends pas ce que l’IRM change dans la prise en charge d’un patient de 82 ans quand la radiographie de la colonne lombaire montre déjà des changements dégénératifs sévères... » estime-t-elle.

« Je comprends les médecins de l’urgence et des soins intensifs, entre autres, de vouloir des réponses. Mais quand je prends 20 minutes pour analyser un examen et que je suis la seule à analyser plusieurs examens, je ne peux pas répondre à tout le monde en même temps », explique-t-elle.

Malgré ses sautes d’humeur envers ses collègues qui se font insistants pour obtenir des résultats d’examens qu’elle n’a pas le temps d’analyser, Dre Patry sait qu’elle est appréciée par ses collègues et les médecins des autres spécialités avec qui elle travaille régulièrement. « C’est valorisant, je sais que je fais un bon travail et qu’il est utile et apprécié. Mais je suis vidée et je n’ai plus de tolérance », dit-elle.

Répercussions

Cet épuisement a bien sûr des répercussions dans sa vie personnelle même si elle a du soutien de sa famille. Encore là, elle a plusieurs exemples à partager. « Voyager? J’adore ça. Mais je n’ai plus le goût. En plus du stress d’organiser le voyage, je m’imagine tous les problèmes qui pourraient arriver. Je n’ai plus de place pour être capable de gérer des choses comme ça dans ma vie personnelle », image-t-elle.

Elle a souvent songé à abandonner la profession. Mais elle ne le fera pas, par solidarité pour ses collègues qui seraient encore plus seuls pour affronter cette folle charge de travail s’ils la perdaient. Et elle ne le fera pas pour les patients qui ont besoin qu’on diagnostique leur cancer ou qu’on mette des mots sur leurs profondes douleurs.

« La radiologie est une belle profession. Si j’étais de nouveau résidente, je me replongerais là-dedans. On aide plein de patients; c’est valorisant, c’est un travail essentiel dans le réseau de la santé. Mais les conditions doivent changer », ajoute-t-elle.