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Stress et détresse chez les médecins
Le Dr François Roy souhaite briser les tabous pour que les médecins qui souffrent d’une maladie, qu’elle soit physique ou mentale, se sentent à l’aise de consulter et de demander de l’aide avant qu’il soit très tard dans le processus.

Médecin et malade : des tabous à briser

Il y a un an, le Dr François Roy a décidé d’écrire un long message de sensibilisation sur sa page Facebook où il révélait tout haut ses problèmes de santé : trouble anxieux généralisé avec attaques de panique, le tout combiné à une personnalité obsessive-compulsive.

Il franchit un pas de plus cette année en accordant une entrevue à La Tribune sur ses problèmes de santé mentale. Pourquoi? « Il faut briser les tabous », clame-t-il.

« Les médecins doivent être capables d’aller chercher de l’aide plus tôt quand ils ne vont pas bien, avant de craquer et que leur situation explose », ajoute le médecin de famille.

Souvent, les médecins demandent de l’aide quand il est très tard, ajoute la Dre Anne Magnan, directrice du Programme d’aide aux médecins du Québec (PAMQ).

« Les médecins souffrent des mêmes maladies et des mêmes problèmes de santé que la population en général; ce sont des êtres humains. Mais ce n’est pas admis, c’est tabou. On fait face à un problème de fond », soutient la Dre Magnan.

Les médecins travaillent aussi au cœur d’un système où il semble normal de leur en demander toujours plus, et ce, depuis fort longtemps.

« Dans la culture médicale, c’est normal de dire aux médecins : tu n’as pas dormi de la nuit, ce n’est pas grave, tu dois être assez fort pour passer à travers ça, tu dois faire ta journée quand même et surtout ne pas faire d’erreur », soutient le Dr Alain Demers, président de l’Association des médecins omnipraticiens de l’Estrie.

Et tout ça doit changer, s’entendent pour dire les médecins.

« C’est clair que je ne suis pas le seul médecin dans ma situation. Il faut que les problèmes de santé des médecins soient reconnus, qu’on ait le droit d’être malade nous aussi. Il y a trop de médecins qui ne vont pas chercher d’aide pour toutes sortes de raisons. Des fois, comme le reste de la population, ils n’ont pas de médecin de famille. Moi-même j’ai été sur la liste d’attente pendant longtemps. Parfois, les médecins ont peur que leur diagnostic soit connu par leurs confrères et que leur regard change. Et il y a aussi toute la relation de confiance avec leurs patients : si mes patients savent que j’ai une maladie, est-ce qu’ils vont encore avoir confiance en moi pour les soigner? » se demande le Dr Roy.

Pendant ses exigeantes études en médecine, le médecin omnipraticien a donc longtemps souffert en silence sans trop savoir ce qu’il avait. Jusqu’au jour où son corps lui a envoyé un signal fort qu’il a su entendre.

« Tout me stressait, dans toutes les sphères de ma vie. Un jour, j’ai pensé que je faisais une crise cardiaque. Mais finalement, c’était une crise d’angoisse. Une crise de panique, ça nous fait vivre une grande détresse. À ce moment-là, j’ai dû aller en arrêt de travail et prendre en charge ma maladie qui a été diagnostiquée à ce moment-là », se souvient-il.

Il a alors commencé une psychothérapie. En fait, il a traité sa maladie sous plusieurs fronts. Il s’est entouré de gens qui peuvent le soutenir, dont sa conjointe qui lui a été une alliée très précieuse.

Pour compléter ce processus de guérison et d’acceptation, il lui manquait une dernière chose : se sentir accepté et compris, notamment par ses confrères de travail. C’est chose faite depuis quelques années. Les médecins autour de lui connaissent ses troubles anxieux et le soutiennent. « Briser les tabous, c’est vraiment thérapeutique », dit-il.

Aujourd’hui, le Dr Roy va bien. Il s’est fait une alliée de son anxiété. Il juge même que sa maladie fait de lui un meilleur médecin. « Je suis un médecin plus sensible, plus compréhensif. C’est dur d’expliquer une attaque de panique. Mais je l’ai vécu. Je comprends la grande détresse que mes patients vivent », indique-t-il.

Et aux médecins et aux professionnels de la santé qui souffrent en silence, il insiste : « Parlez de vos problèmes. Trouvez-vous quelqu’un de confiance et parlez-en », soutient-il.

Le Programme d’aide aux médecins du Québec peut être joint au 1 800 387-4166 en semaine. Un médecin-conseil peut être joint entre 8 h et 20 h du lundi au vendredi, et entre 9 h et 17 h les fins de semaine et les jours fériés.