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Stress et détresse chez les médecins
Le neurochirurgien David Fortin se sent bien et en contrôle dans une salle d’opération, mais certains aspects de son travail lui font ressentir du stress. L’annonce de mauvaises nouvelles à ses patients et les longues gardes de nuit, par exemple, sont particulièrement difficiles pour lui.

Des stress quotidiens qui s’accumulent

Certains stress font partie intégrante du travail des médecins. Ces moments difficiles qui font partie de leurs tâches quotidiennes viennent s’ajouter au contexte difficile dans lequel ils travaillent. D’emblée, tous les médecins soutiennent qu’annoncer une mauvaise nouvelle à un patient fait partie des moments les plus difficiles à gérer dans leur quotidien.

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« Quand je fais une clinique externe avec huit patients et que j’ai une mauvaise nouvelle à annoncer, ce n’est pas si pire… Mais si je dois annoncer une mauvaise nouvelle à trois patients, j’arrive le soir et je suis complètement déconstruit », mentionne le Dr David Fortin, neurochirurgien et neuro-oncologue au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Souvent dans mon bureau, les gens réagissent de façon admirable, ils gèrent ça bien, ils m’impressionnent. Mais je sais bien ce qui va arriver quand ils vont rentrer chez eux, ce que ça va provoquer chez eux. Des fois je réfléchis à ce que je viens de leur expliquer et je me dis : « ça n’a pas d’allure ce que je viens de faire, je viens de complètement détruire la vie de mon patient » et ça m’affecte. Même après toutes mes années de pratiques, j’ai toujours autant d’empathie et je trouve ça encore aussi difficile », ajoute le neurochirurgien.

En général, les gens pensent souvent que ce sont les moments en salle d’opération qui sont stressants pour les chirurgiens. Ce n’est pas son cas, dit Dr Fortin. « Je me sens à l’aise en salle d’opération. Il y a des complications parfois et là ça devient très stressant, mais c’est plutôt rare dans ma pratique. Je me sens en contrôle dans ma salle d’opération. C’est là-dedans que j’ai étudié, c’est là-dedans que je suis bon », dit-il.

Le Dr François Roy, médecin de famille, ressent la même chose face aux annonces qui feront du mal à ses patients. « Quand j’annonce une mauvaise nouvelle à un patient, je n’arrive pas à me l’enlever de la tête. C’est toujours là, en arrière-pensées. Mais ma journée doit continuer. J’ai d’autres patients à voir. Et je ne peux pas faire d’erreurs. Ça m’habite pendant un bout de temps », indique-t-il.

« Je n’ai pas de barrières quand j’annonce une mauvaise nouvelle. Il faut dire qu’après 13 années de pratique en médecine familiale, on finit aussi par bien connaître nos patients et ça ajoute à la charge émotive quand on doit leur annoncer une maladie grave », ajoute-t-il.

Les horaires de garde sont un autre facteur de stress important pour les médecins, car ces horaires sont souvent extrêmement exigeants... et s’ajoutent au reste.

« Cette semaine, il y a une nuit où j’ai été appelé trois fois. Je ne me suis pas déplacé, mais quand même, à chaque fois, il faut se réveiller, répondre aux questions et réussir à se rendormir. Une autre nuit cette semaine, j’ai dû opérer jusqu’à minuit. Ce n’est pas si pire, j’ai pu aller me coucher, dormir cinq heures et hop, c’est reparti pour une autre journée. Quand on vieillit, les gardes deviennent de plus en plus difficiles à gérer », cite en exemple le Dr David Fortin.

« Tout gérer »

Les radiologistes n’échappent pas non plus aux gardes. « Comme radiologistes, nous avons des expertises. Mais sur les gardes, on doit tout gérer. Quand je me couche les nuits de garde, j’ai vraiment très peur d’être confrontée à des choses que je n’ai pas vues depuis plus de 20 ans. Ce n’est pas encore arrivé, mais juste d’y penser, je me sens complètement décompenser », relate la Dre Patry.

Et que dire de la conciliation travail-famille? « Je me suis séparé quand mes enfants étaient plus jeunes et, une semaine sur deux, je devais réussir à avoir des horaires potables pour m’occuper d’eux. Ç’a été une source de stress importante », explique le neurochirurgien David Fortin, dont les enfants sont maintenant grands.

La Dre Patry a plein d’exemples de moments où elle a eu du mal à trouver l’équilibre entre son travail si exigeant et son rôle si important de mère. « Mes enfants sont mes plus belles réussites, ils sont ce qui compte le plus pour moi. Mais quand je repense à mes mois de juin, ils sont tous difficiles pour des radiologistes. On ne veut rien manquer des activités de fin d’année de nos enfants, on veut être présents pour eux, mais c’est toujours, toujours un stress incroyable d’y arriver », mentionne la Dre Patry.

« Il y a des nuits complètes de garde qu’on passe à l’hôpital. Mais le lendemain, ce n’est pas congé. La roue reprend dès 7 h, avec la même charge », ajoute-t-elle.