Ce sont encore une fois les problèmes de santé mentale qui retiennent l’attention dans le rapport annuel du Service de police de Sherbrooke.
Ce sont encore une fois les problèmes de santé mentale qui retiennent l’attention dans le rapport annuel du Service de police de Sherbrooke.

SPS : les interventions en santé mentale de plus en plus nombreuses

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
SHERBROOKE — Les interventions liées à la santé mentale continuent de tenir les policiers sherbrookois particulièrement occupés, si bien que leur nombre a augmenté de 8,7 % dans la dernière année et de 65 % depuis 2015. Le directeur du Service de police de Sherbrooke (SPS), Danny McConnell, continue de plaider pour l’ouverture d’un centre de crise à Sherbrooke, un projet qu’il a bon espoir de voir aboutir prochainement. 

Le nombre d’interventions pour état mental perturbé est passé de 1578 en 2018 à 1716 en 2019, selon le rapport annuel 2019 du SPS déposé lundi. Les données préliminaires de 2020 laissent croire à une nouvelle hausse. Notons que depuis juillet 2019, cinq policiers sont affectés à temps plein à l’Équipe mobile d’intervention psychosociale (EMIP), si bien qu’ils sont sur le terrain sept jours par semaine et que des interventions sont aussi possibles en collaboration avec le CIUSSS quatre soirs par semaine. En conséquence, le nombre d’événements traités par l’EMIP a augmenté, passant à 530, ce qui représente tout de même moins que le tiers des interventions pour état mental perturbé. 

« Il y a peut-être une réflexion à mener au ministère de la Santé et des Services sociaux sur une façon différente de gérer les problèmes de santé mentale. Le milieu psychiatrique est débordé, mais les portes tournantes ne sont pas une bonne solution. Nous avons l’impression d’être en première ligne et nous travaillons souvent avec les mêmes individus. Peut-être que le centre de crise serait une solution adéquate. Une réflexion globale pancanadienne serait aussi importante. Des sommes importantes ont été dégagées lundi par le gouvernement du Québec, mais à ma connaissance, rien de tout ça n’était destiné à la sécurité publique », fait valoir M. McConnell.

Le directeur du SPS martèle depuis des années l’importance du centre de crise. « C’est toujours une question de financement. J’ai espoir qu’avec l’annonce de 100 M$ du ministre Lionel Carmant, nous pourrons rapatrier des fonds sur le terrain. Le dossier du centre de crise était bien avancé, mais la COVID a ralenti les travaux. En Estrie, nous sommes dus pour avoir ça. »

M. McConnell ne demandera néanmoins pas plus de ressources pour l’EMIP dans le budget 2021 de la Ville de Sherbrooke. 

Le rapport du SPS déposé lundi était néanmoins incomplet, certaines données émanant de Statistique Canada n’ayant été reçues que jeudi dernier. 

Philippe Paultre, chef de section données et projets spéciaux au SPS, a néanmoins révélé à l’oral que la criminalité globale avait diminué de 4,5 % par tranche de 100 000 habitants, que les crimes contre la personne avaient diminué de 10 % alors que les crimes contre la propriété avaient augmenté de moins de 2 %. L’indice de gravité de la criminalité est en baisse de 12 % et le taux de solution des crimes a augmenté de cinq points de pourcentage, à 58 %. Il ajoute que dans la catégorie des crimes contre la personne, 73 % des dossiers mènent à des mises en accusation. 

Agressions sexuelles

Parmi les autres données ne figurant pas au rapport, notons les agressions sexuelles, dont les signalements sont en légère baisse, à 71,8 par tranche de 100 000 habitants. Le nombre de dossiers absolu est passé de 127 en 2018 à 121 en 2019. Les agressions sur les enfants ont toutefois augmenté (43 par 100 000 habitants) contrairement aux dossiers de leurres d’enfants. 

Le nombre de dossiers d’enquête a diminué, passant de 2010 en 2018 à 1871 en 2019 tandis que le nombre moyen de dossiers en attente a augmenté. On comptait l’an dernier 151 dossiers en attente en moyenne contre 88 l’année précédente. « En 2019, nous avons restructuré notre division des enquêtes et nous nous sommes dotés d’une équipe consacrée aux agressions sexuelles. Nous sommes aussi passés de 24 à 27 enquêteurs. La restructuration explique probablement le ralentissement, mais on sent déjà que l’organisation du travail est améliorée », plaide Danny McConnell. 

Accidents

En vrac, le nombre d’accidents impliquant des automobiles a augmenté, grimpant à 377. On ne déplore toutefois ni blessé ni décès. Par contre, 13 accidents ont impliqué des cyclistes, dont un blessé grave. Il s’agit d’une amélioration statistique, alors que le bilan concernant les cyclistes est meilleur depuis trois ans. En contrepartie, on dénombre 42 piétons impliqués dans un accident, dont trois blessés graves. 

Du point de vue des constats d’infraction, toutes les contraventions liées au stationnement sont en baisse, particulièrement celles pour le stationnement de nuit. Les contraventions concernant la tranquillité et la paix sont toutefois en augmentation, passant de 4 à 29 pour le cannabis, de 479 à 629 pour la consommation de boissons alcooliques et de 771 à 989 pour les injures envers les agents de la paix. 

Les infractions liées à la circulation sont en baisse, notamment pour la vitesse (17 709). L’utilisation du cellulaire au volant est en net déclin, le nombre de contraventions pour les délinquants du téléphone passant de 996 à 586. C’est tout le contraire pour le respect des arrêts obligatoires, qui a généré 1496 amendes.  

Le rapport fait par ailleurs allusion au profilage racial sans autres précisions. La conseillère Évelyne Beaudin a demandé comment il était possible d’attirer des personnes racisée à joindre les rangs du SPS. 

« Il y a très peu d’élèves racisés qui sortent de l’école de police, et le défi, c’est de les embaucher et de les garder. Les grosses villes comme Montréal viennent les chercher », réagit Danielle Berthold, présidente du comité de la sécurité publique. 

Parmi les initiatives mises en place en 2019, notons l’inauguration d’une zone neutre dans le stationnement du Service de police de Sherbrooke pour assurer les échanges sécuritaires entre les citoyens. 

Le Service de police de Sherbrooke compte 210 policiers et 45 employés civils. Le nombre de lésions et d’arrêts de travail a presque doublé, mais le nombre d’heures de travail manquées a diminué. Danny McConnell a contredit des chiffres avancés par l’Association des policiers, la semaine dernière, selon lesquels 80 % des absences de personnel à la Ville de Sherbrooke relevaient du SPS. « Le chiffre est de moins de 20 %. C’est dans la norme. »