Sondès Allal est devenue au fil du temps et des initiatives une créatrice de solidarité dans la communauté sherbrookoise.

Sondès Allal : Génératrice d’idées et de solidarité

On raconte chaque jour l’histoire d’Estriens et Estriennes relevant avec panache les défis que la vie leur réserve, ou qu’ils se sont parfois même donné par plaisir ou par devoir. En cette fin d’année, La Tribune salue l’apport de certains d’entre eux en laissant la parole à cinq personnalités de 2017, des hommes et des femmes qui s’imposent et qui inspirent. À suivre demain.

Elle a beau être liée de près ou de très près à une panoplie de belles initiatives empreintes de solidarité qui mobilisent une pluie rafraichissante de citoyens, Sondès Allal refuse d’en prendre le crédit.

« J’ai vraiment l’impression que les Sherbrookois sont prêts à donner et s’investir dans la mesure où le canal est bien défini, qu’ils savent qui s’occupe de quoi et qui bénéficiera de tout cela. Je dis depuis le début que je n’ai pas de mérite. Des bonnes idées, on le voit, il y en a partout. Et chaque fois qu’elles sont lancées, le monde embarque et s’implique. C’est une force intrinsèque à la communauté sherbrookoise », insiste celle qui s’est installée dans la région en 2004.

Des bonnes idées qui se concrétisent en bonnes actions, Sondès en lance souvent. Que ce soit à titre d’employée de la Corporation de développement économique communautaire de Sherbrooke (CDEC) ou de citoyenne bénévolement engagée.

Le concept de Frigo Free Go à Sherbrooke, instauré par la CDEC en juin 2016 sur la rue Wellington Sud, c’était son idée. En 2017, trois nouveaux frigos libre-service ont été inaugurés au Cégep, dans le secteur de Saint-Élie et à l’Université de Sherbrooke. Initiative qui fait encore des petits : Trois-Rivières a récemment imité Sherbrooke en inaugurant son premier Frigo Free Go.

« Le Frigo Free Go poursuit le double objectif de contrer le gaspillage alimentaire qui est indécent et de réduire l’insécurité alimentaire ici, dans un pays riche où des enfants ne mangent pas à leur faim, en offrant en libre-service et gratuitement des aliments », rappelle celle qui, dans ce cas, s’est inspirée d’une initiative berlinoise.

À Sherbrooke, l’initiative Free Go s’est faite à coût zéro grâce aux dons de différents partenaires.

La soupe servie gratuitement depuis deux ans lors du défilé de Noël en collaboration avec la CDEC, c’était aussi son idée. « Tout de suite lorsque j’ai approché le Pizzicato, ils étaient partants. Cette année, Auguste a aussi participé. »

La bonté est contagieuse et se propage.

Et sa dernière bonne idée de 2017 a été la récupération des bas orphelins pour en faire cadeau à ceux qui n’ont pas les pieds au chaud.

« J’ai ouvert mon armoire et j’ai vu les deux sacs de bas orphelins qui étaient là depuis deux ans. Je me suis retournée vers mon mari et lui ai dit : "Hey, notre fille et ses amis portent toujours des bas dépareillés. Ça se pourrait-tu que ces bas soient utiles à des itinérants ou d’autres gens dans le besoin?" Il trouvait l’idée complètement folle! »

Advienne que pourra, Sondès lance l’idée sur les réseaux sociaux en novembre; la mobilisation a été instantanée. Les points de chute se sont multipliés en Estrie. Les gens donnaient des bas orphelins, mais aussi des bas neufs. Des élèves du Triolet se sont associés au projet. Les agents du Service de police de Sherbrooke ont ramassé leurs bas et sont même allés chercher des manteaux neufs avec de très légers défauts pour bonifier la campagne de générosité. Pour sa part, Promutuel Assurance a investi dans le projet en ajoutant aux bas orphelins 50 tuques toutes neuves.

« Tout le monde gagne à s’investir. Ne serait-ce que la satisfaction de donner à son prochain. La plus grande richesse d’une communauté, c’est les gens. On est capable, en tant que communauté, de s’en sortir par la mise en commun de nos forces et de nos expertises, car ensemble, on a tout ce qu’il nous faut. »

Fille de diplomate, Sondès a passé son enfance en mouvement, déménageant d’un pays à l’autre tous les trois ans. Adulte, elle s’est installée pour de bon, croyait-elle, en Tunisie, son pays d’origine. C’est pour suivre son mari qui souhaitait poursuivre ses études supérieures à Sherbrooke qu’elle est arrivée ici. Heureusement pour la région, la nouvelle citoyenne canadienne a décidé de s’enraciner en sol sherbrookois. D’autres bonnes (et folles) idées amélioreront assurément 2018.

Les débats interculturels du FCMS

À titre de bénévole, dans le cadre du Festival de cinéma du monde de Sherbrooke, Sondès a mis sur pied les débats interculturels, une activité au cours de laquelle universitaires, praticiens et citoyens sont invités à échanger sur diverses thématiques ou problématiques de société.

« Par exemple, après avoir visionné un film sur le féminisme arabe, qui est bien différent du féminisme occidental, une historienne, une sociologue, une juriste, une psychologue formaient un panel et les citoyens amenaient aussi leurs couleurs. Cela a donné du relief au débat. Le but est de créer un espace sans aucune frontière. Ni entre la théorie et la pratique, ni entre les disciplines, ni entre les cultures, ni entre les âges. Ce sont des échanges où la diversité devient une intelligence collective », note l’instigatrice.

L’engagement d’ici et d’ailleurs

L’engagement dans sa communauté prend différentes formes selon les cultures. En Tunisie, l’engagement est présent partout, mais il n’est pas structuré comme ici.

« En Tunisie, si ton voisin déménage, tout le quartier sera là pour l’aider. Mais on n’appelle pas cela de l’engagement. Ça se dit pas, c’est normal. Par contre, on n’ira pas s’engager pour des gens qu’on connait moins. »

« En arrivant ici, ce qui m’a impressionnée, c’est comment l’engagement était structuré et qu’aucun événement n’était fait sans bénévoles. Tout repose sur des bénévoles. Pour le Festival de cinéma du monde de Sherbrooke, on finit une édition et les gens s’engagent pour la prochaine, un an à l’avance. Et tu peux compter sur eux autant que s’ils étaient payés. Il y a des pays où ils ne savent même pas s’ils seront en vie dans un an. Alors ils ne pensent pas à s’engager si longtemps à l’avance.