Sophie Séguin : « Là, c’est maintenant qu’il faut s’asseoir et travailler à mettre en place des solutions durables. On ne se rendra pas à l’été dans une situation comme celle-là à l’Hôtel-Dieu. »

Situation critique à l’Hôtel-Dieu

Des infirmières qui pleurent en commençant leur quart de travail, d’autres qui cherchent dès le matin à trouver une gardienne pour prendre soin de leurs enfants le soir parce qu’elles craignent de se faire imposer du temps supplémentaire. Voilà qui est maintenant quotidien dans les établissements du CIUSSS de l’Estrie–CHUS, et la situation ne fait que s’aggraver depuis trois semaines au sein de l’Hôtel-Dieu.

« En ce moment, la situation est critique à l’Hôtel-Dieu », clame Sophie Séguin, présidente régionale de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec – syndicat des professionnels en soins des Cantons-de-l’Est (FIQ-SPSCE).

« Depuis trois semaines, ça ne va pas bien à la salle d’urgence de l’Hôtel-Dieu. Il y a beaucoup d’absents à long terme, ça affaiblit donc beaucoup les équipes. Les lits de débordement au 3eA sont pratiquement toujours ouverts. Comme il n’y a pas de personnel attitré au 3eA, on vient chercher les membres des équipes volantes qui sont déjà planifiées dans d’autres départements pour combler les postes au 3eA, ce qui fait qu’on doit imposer du temps supplémentaire dans les autres départements pour combler l’absence des membres des équipes volantes », lance comme explication Sophie Séguin.

Rappelons que le département « 3eA » est fermé depuis février 2014 en raison de la pénurie de personnel infirmier notamment. Depuis, le département de 29 lits sert d’unité de débordement lorsque la situation l’exige dans les salles d’urgence. L’ouverture des lits de débordement crée toutefois une pression importante sur le personnel de l’hôpital parce qu’il n’y a pas de personnel rattaché à ce département.

Là, c’est trop

Certes, il est connu que la période d’activité grippale met chaque année le réseau de la santé sous tension. Mais après une année extrêmement difficile, là, c’est trop, dit-on du côté syndical.

« J’ai fait une demande pour rencontrer la direction mardi. Là, c’est maintenant qu’il faut s’asseoir et travailler à mettre en place des solutions durables. On ne se rendra pas à l’été dans une situation comme celle-là à l’Hôtel-Dieu », déplore Mme Séguin.

« J’espère que la direction sera capable rapidement de venir s’asseoir avec nous. On n’a pas besoin de toujours se confronter et de se parler par le biais des médias. On peut s’asseoir et travailler ensemble », ajoute Sophie Séguin.

La situation dans les salles d’urgence varie d’heure en heure. Vendredi après-midi, il y avait 53 patients sur civière à l’urgence de Fleurimont, qui en compte 28, soit près du double de sa capacité. À l’Hôtel-Dieu, il y avait 42 patients pour 44 civières disponibles, mais des lits de débordement étaient ouverts au 3eA. La situation était moins pire dans les jours précédents cependant.

Le CIUSSS de l’Estrie–CHUS traverse relativement bien cette difficile période hivernale même si les taux d’occupation dans les salles d’urgence demeurent très élevés, affirme la direction.

Grippe : les hôpitaux sous tension

L’activité grippale est toujours à la hausse au Québec. « Ça atteint des sommets que j’ai rarement vus en carrière », souligne le directeur général adjoint (DGA) à la santé physique du CIUSSS de l’Estrie–CHUS, le Dr Stéphane Tremblay. Sur le grand territoire de l’établissement, c’est particulièrement dans les hôpitaux de Cowansville et de Granby que l’on retrouve des patients grippés, alors que les hôpitaux sur le territoire estrien semblent un peu plus épargnés.

Le CIUSSS de l’Estrie–CHUS traverse relativement bien cette difficile période hivernale même si les infirmières d’ici et d’ailleurs lancent des appels à l’aide en raison du manque de personnel, affirme la direction.

« La situation va relativement bien dans le réseau estrien quand on se compare à la province. On est touchés par la grippe et la gastroentérite nous aussi. Par contre, malgré les taux d’occupation des salles d’urgence qui demeurent très élevés, l’Estrie s’en sort mieux que d’autres régions du Québec à mon sens parce qu’on a une capacité de trouver l’équilibre entre l’offre de service et les secteurs d’activités qu’on connait et qu’on peut solliciter davantage ou mettre en activité quand c’est nécessaire. On a des capacités d’ouvrir des lits de débordement de santé physique quand c’est nécessaire : on les ouvre, on les ferme.

« Je suis sollicité quotidiennement sur la question de la gestion des lits avec mon collègue Rémi Brassard (DGA aux programmes sociaux et de réadaptation) et on s’en occupe. Nous sommes capables de retrouver un certain équilibre sur une période de deux ou trois jours et ça, c’est important. Dans la situation, avec tous les services qu’on retrouve en première ligne et compte tenu du niveau de l’activité grippale, je dirais que la situation est assez satisfaisante », explique Stéphane Tremblay.

Au cours de la dernière semaine, six éclosions d’influenza dans des CHSLD ont été déclarées à la Direction de la santé publique en Estrie. D’ailleurs, en Estrie comme ailleurs au Québec, la très grande majorité des personnes qui ont reçu un diagnostic d’influenza ont plus de 60 ans.

Bonne période des Fêtes

La direction du CIUSSS a dressé un bilan de la période des Fêtes. Ces deux semaines remplies de vacances et de journées fériées se sont bien passées dans la plupart des établissements du CIUSSS de l’Estrie–CHUS même s’il s’agit de l’une des deux périodes de l’année où le personnel demande et obtient le plus de journées de congé et de vacances – avec la période estivale bien sûr.

« Nous avions modulé l’offre de services en fonction des journées fériées du personnel et des médecins. Les ajustements des activités hospitalières (blocs opératoires, unités de soins et services professionnels) et les ajustements apportés en première ligne ont pu être réalisés selon le scénario planifié », explique Stéphane Tremblay.

Du côté des salles d’urgence, les deux semaines se sont bien passées, à l’exception peut-être des hôpitaux de Magog et de Brome-Missisquoi qui ont parfois dépassé le taux d’occupation maximum. L’urgence de Magog a eu recours au détournement d’ambulance à deux reprises en direction de Sherbrooke.

Le niveau rouge pour la gestion des lits a été déclenché dans trois installations pour une durée variant de un à trois jours (deux jours à Magog, trois jours à Brome-Missisquoi et une journée à Haute-Yamaska).