Sherbrooke, ville du cannabis médical

L’Université de Sherbrooke (UdeS) souhaite devenir un pôle important de la recherche sur le cannabis médical, comme en témoigne son nouveau partenariat avec l’entreprise sherbrookoise CannaSher.

Mercredi, elle annonçait son association avec l’entreprise CannaSher pour la création d’une chaire de recherche qui disposera de 1 603 700 $, dont 703 700 $ proviennent de l’UdeS. La chaire CannaSher sur le cannabis médical explorera le plein potentiel des plants de cannabis pour en retirer les molécules les plus prometteuses.

« La chaire a pour objectif d’étudier les facteurs environnementaux et génétiques qui contrôlent la synthèse et la diversité des cannabinoïdes chez la plante, affirme le titulaire de la chaire, le professeur Kamal Bouarab. On va comprendre comment la plante pousse, de quoi elle a besoin pour qu’elle pousse mieux, et quels sont les cultivars les plus performants pour la compagnie CannaSher. Le tout dans un but d’optimiser leur production et de générer de meilleurs composés thérapeutiques pour combattre divers problèmes de santé humaine. »

« Les cannabinoïdes sont des substances produites par les animaux et les humains comme puissants remèdes contre divers symptômes incluant la douleur, la dépression, la perte d’appétit, l’anxiété, ou l’inflammation », explique Pr Bouarab.

Les projets de la chaire permettront la formation d’une dizaine de personnes hautement qualifiées, soit des étudiants des trois cycles universitaires, et possiblement des stagiaires en postdoctorat. Les résultats obtenus seront diffusés dans la communauté scientifique.

« Même si le cannabis est une plante dont certaines vertus sont connues depuis des milliers d’années, les recherches et les études scientifiques rigoureuses sont peu nombreuses », souligne Steven Blanchard, président et cofondateur de CannaSher.

La nouvelle entreprise CannaSher, dont le siège social est situé à Sherbrooke, se spécialisera dans la culture et l’extraction d’huile de cannabis médical. En processus d’obtention d’une licence de producteur et de distributeur autorisé de cannabis médical octroyée en vertu du Règlement sur l’accès au cannabis à des fins médicales de Santé Canada, elle prévoit amorcer ses activités d’ici décembre 2018 et comptera une cinquantaine d’employés.

« Lorsque mes partenaires et moi avons créé CannaSher, nous avons choisi de mettre l’accent sur l’innovation, la recherche et les résultats scientifiques, mais surtout de nous tourner vers des experts afin d’assurer le succès l’entreprise », dit M. Blanchard, qui dit avoir une grande confiance envers les vertus thérapeutiques du cannabis. 

Steven Blanchard (président et cofondateur de CannaSher), Jean-Pierre Perreault (vice-recteur à la recherche et aux études supérieures de l’UdeS), Pr Kamal Bouarab (titulaire de la chaire CannaSher sur le cannabis médical), Pr Claude Spino (vice-doyen à la recherche de la Faculté des sciences de l’UdeS).

Sa production utilisera des types de semences et de pousses issus des découvertes faites par l’équipe du Pr Bouarab. « Le marché est très large, et nous ne comptons pas seulement nous attarder à une seule maladie, on reste très flexibles », partage M. Blanchard.  

Le contrat entre CannaSher et l’Université de Sherbrooke a été fixé à cinq ans. Même si le gouvernement fédéral prévoit légaliser l’utilisation récréative du cannabis cet été, la chaire ne changera pas de vocation.  
« Le projet de recherche est très bien défini. Je dirais même que l’aspect médical n’est qu’en amont. C’est de la biologie des plantes qu’on fait dans ce projet-là. Aucune expérience ne sera réalisée du côté des sciences de la santé », souligne Jean-Pierre Perreault, vice-recteur à la recherche et aux études supérieures de l’Udes.

Selon M. Perreault, tout est à faire dans la recherche sur cette plante. « On en parle depuis longtemps, mais rien ne se fait. C’est exactement dans la mission de l’Université de Sherbrooke de faire de bonnes recherches fondamentales nous permettant d’obtenir enfin des résultats qui vont ensuite guider la société et les décideurs dans la façon dont le cannabis peut être utilisé », dit-il.  

Plaque tournante

Sherbrooke et ses environs pourraient bien devenir un centre important dans l’industrie du cannabis médical. Rappelons qu’en juin 2017, un projet de construction de plus de 200 millions $ a été annoncé à Weedon dans le Haut-Saint-François pour la mise en place d’une serre de production de marijuana médicinale par les entreprises MYM Nutraceuticals de Vancouver et CannaCanada de Montréal.