Alain Brasseur, président de Sherbrooke OEM, dont l'entreprise est spécialisée dans la conception, la fabrication et l'intégration d'équipements de recyclage sur mesure, blâme le modèle économique « déficient » de Valoris et estime que les contribuables « n'ont pas fini de payer ».

Sherbrooke OEM blâme le modèle «déficient» de Valoris

Le président de Sherbrooke OEM, une entreprise spécialisée dans la conception, la fabrication et l'intégration d'équipements de recyclage sur mesure, ne contient plus sa colère après la fermeture temporaire de deux lignes de tri de Valoris. Sentant que Valoris cherche à faire porter le bonnet d'âne à son entreprise, Alain Brasseur blâme le modèle économique déficient et estime que les citoyens « n'ont pas fini de payer ».
Rappelons que Valoris a annoncé la semaine dernière la fermeture des lignes de tri des résidus résidentiels et celle réservée aux résidus industriels, commerciaux et institutionnels jusqu'à la fin du litige juridique avec le fournisseur de ces équipements.
Dans un communiqué, l'entreprise estime que cette annonce tend à camoufler les résultats d'une gestion catastrophique. Elle rappelle les poursuites déposées contre Valoris, « le remplacement du directeur général Claude Brochu par un candidat sans expérience connue dans les centres de tri de matières résiduelles », des déficits budgétaires, la majoration de 53 % des tarifs annoncée récemment et les « querelles politiques incessantes » entre la présidente Hélène Dauphinais et la présidente du comité de l'environnement Christine Ouellet, de même que celles entre le maire Bernard Sévigny et le préfet de la MRC du Haut-Saint-François Robert Roy.
« C'était une évidence pour nous que Valoris allait vers une fermeture. Je pensais que ça se ferait après les élections. Je suis surpris qu'on cherche encore un coupable. OEM poursuit Valoris depuis deux ans et ils se retournent contre nous en faisant du sensationnalisme. La recherche d'un coupable, c'est le rôle de la Cour. Je m'en remets à 100 % à la décision d'un juge. Je suis très confortable avec ça. L'heure est à trouver un responsable », dit Alain Brasseur.
M. Brasseur blâme le modèle économique « qui ne tient pas la route. Le problème, c'est la base avec laquelle il est monté. Aucune des prévisions n'est au rendez-vous. Peu importe ce qui arrivera, le modèle économique est voué à l'échec. C'est connu depuis longtemps. Il n'y a qu'un déni pour ne pas informer la population.
« Ce dossier a vraiment pris une mauvaise tournure et croyez-moi, je n'en suis qu'à une première prise de parole. Je me propose de renseigner les citoyens de Sherbrooke. Je serai un peu patient et je ramènerai les faits sur la table un après l'autre. J'ai toute une équipe de gens qui travaille pour s'assurer que la population comprend ce qui se passe. »
Et que se passe-t-il?
« C'est de la poudre aux yeux. La situation sera pire tout à l'heure. Les contribuables n'ont pas fini de payer. Il faut qu'on arrête de les prendre pour des imbéciles. Nous poserons les bonnes questions, nous ferons des demandes d'accès à l'information et tout sera bien analysé. C'est triste de voir nos élus se battre entre eux. C'est dégradant. »
M. Brasseur avance qu'il était prêt à garder le silence jusqu'à l'annonce de la fermeture des lignes de tri.
« Les querelles reposent essentiellement sur la connaissance des faits. Par exemple, le gisement des industries, commerces et institutions a été budgété avec les plus hauts revenus. La ligne n'a pas tourné, parce que la matière appartient au privé et que le privé n'est pas prêt à payer pour transporter la matière. Habituellement, on les paye pour aller chercher leur matière. »
Dans la défense de Valoris, déposée en Cour supérieure, il est plutôt stipulé que la ligne ICI n'a fonctionné qu'à quelques reprises « notamment à cause de problématiques de blocages ». Le document stipule que la ligne n'est pas en mesure de récupérer les pellicules plastiques tel que requis.
Selon Alain Brasseur, le projet de Valoris « a été monté sur un manque de connaissances. Il semble que les élus n'ont pas la capacité à analyser et à comprendre les rapports que leur présentent les professionnels ». 
Dans son communiqué, OEM déplore subir « une véritable prise d'otage du fait que Valoris a pris possession et opère ses équipements depuis octobre 2015 sans avoir acquitté le paiement prévu au contrat lors de l'acceptation provisoire, n'ayant plus les liquidités ni les provisions financières nécessaires. »
La Régie intermunicipale du centre de valorisation des matières résiduelles du Haut-Saint-François et de Sherbrooke a lancé des études préparatoires en vue de l'agrandissement du lieu d'enfouissement technique de Valoris.
900 000 $ pour agrandir le lieu d'enfouissement
Le lieu d'enfouissement technique de Valoris se remplit plus rapidement que prévu, si bien que la Régie intermunicipale a lancé le processus pour réaliser des études qui permettront un agrandissement. Un emprunt d'un peu plus de 900 000 $ est prévu à cette fin.
« Ce sont pour des études préparatoires pour réaliser de nouvelles cellules d'enfouissement. Il n'y a pas de lien direct avec le centre de tri. Il y a deux ou trois ans, quand les gens regardaient le projet, les prévisions étaient d'extraire une partie importante de matières à valoriser dans les poubelles. Ça tenait compte des durées de vie des cellules existantes. Notre capacité à capturer les bonnes matières fait que certaines cellules se sont remplies plus rapidement que prévu », commente le directeur général Jean-François Sornin, précisant que l'ajout de cellules fait partie du processus normal dans la vie d'un lieu d'enfouissement.
M. Sornin rapporte que les cellules actuelles auront une durée de vie maximale de trois ans. « Le processus aurait dû être amorcé il y a deux ou trois ans. Peut-être que les gens espéraient des performances plus grandes en matière de tri. Il est possible que le risque ait été moins bien calculé. »
Ajoutons que la fermeture de deux lignes de tri fait en sorte que les résidus résidentiels, de même que ceux issus des industries, commerces et institutions seront acheminés directement à l'enfouissement jusqu'à nouvel ordre. « Nous faisons tout ce que nous pouvons pour détourner encore certaines matières, par exemple les matelas. Nous pourrions les détourner séparément pour éviter l'enfouissement. »
La Ville de Sherbrooke a d'ailleurs lancé un projet pilote qui permet de déposer les matelas et les fauteuils dans les écocentres. « Il est clair que nous avons des conversations avec Sherbrooke pour intégrer ces activités-là. D'autres gestes pourraient être posés au cours des prochaines années. »
Pour en arriver à l'agrandissement du lieu d'enfouissement, des certificats d'autorisation devront être délivrés et des études du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement pourraient être nécessaires.
M. Sornin rapporte qu'il était nécessaire de fermer les lignes de tri « parce que le rendement qu'on obtenait n'était pas suffisant. Les installations ne rencontrent pas les exigences du contrat. Notre but d'origine est de sortir la matière organique des sacs de poubelles, mais nous n'arrivons pas à la capter toute et nous contaminons d'autres produits. Je ne pourrais dire quelles sont les causes, mais la machinerie ne rencontre pas les termes du contrat. Par exemple, le matériel de recouvrement journalier ne doit pas être contaminé pour éviter d'attirer les oiseaux et la vermine. Il est suffisamment contaminé pour qu'on ne puisse pas l'utiliser ».
Le directeur général de Valoris a par ailleurs rencontré le député Luc Fortin dans les derniers jours pour lui exposer la situation et proposer de lui présenter un plan d'action au début de 2018. « Nous pourrons alors voir ce qu'il est possible de faire en collaboration avec eux. Nous voulons aussi travailler le dossier de la compensation en faisant valoir que nous faisons les mêmes activités que les autres centres de tri qui en bénéficient. Ce serait une forme de revenus pour nous. »
Selon Jean-François Sornin, 70 à 80 % du chiffre d'affaires de Valoris provient de l'enfouissement. En 2014, on prévoyait que 70 % des matières reçues seraient valorisés.
Enfin, en réponse à OEM, M. Sornin convient qu'il ne vient pas du monde des matières résiduelles, mais qu'il possède plus de 30 années d'expérience en gestion d'entreprises manufacturières. « C'est beaucoup pour mon expérience en gestion qu'on est venu me chercher. J'ai travaillé avec des équipements lourds de haute précision. Je connais la machinerie que nous utilisons. »