Serge Grégoire tient le portrait de sa mère, Monique Grégoire, qui a péri dans l’accident du 4 août 1978 tout comme sa tante, Jacqueline Beaudet.

Sa mère et sa tante ont péri dans l’accident

Serge Grégoire soufflait sa quinzième bougie deux jours après avoir tragiquement perdu sa mère, Monique Grégoire, dans les eaux du lac d’Argent. L’adolescent perdait également sa tante, Jacqueline Beaudet, dans l’accident qui a été une véritable onde de choc pour sa famille.

Serge Grégoire se souvient de sa mère comme une bonne personne avec qui il s’entendait bien. « Quand le chèque d’allocation arrivait, elle remplissait l’auto d’amis pour aller magasiner. Elle aimait les gens et être en gang », se souvient-il.

C’est sûrement pour cela qu’elle avait « trouvé chaussure à son pied » en étant bénévole et intervenante à la Fraternité des malades et handicapés de la région d’Asbestos. « Elle ne pouvait pas rester à rien faire. Elle suivait des cours, faisait du bénévolat, du tricot, du crochet… »

Monique Grégoire passait deux après-midi par semaine au local de la Fraternité, participait aux activités et recevait même des appels à la maison afin d’agir comme « médiatrice » lorsqu’un pépin survenait dans la famille d’une des personnes handicapées.

« Elle a aidé deux couples d’handicapés mentaux à se marier en parlant aux parents qui étaient un peu réticents à l’idée. L’un des couples est mort avec elle la nuit de l’accident », raconte Serge Grégoire.

Bien qu’heureux de voir sa mère s’épanouir dans son implication, il avait quelques réserves. « Le soir du spectacle, je lui ai demandé : “Pensez-vous que vous en faites plus pour eux que vous en faites pour nous?” Alors qu’elle lui demande ce qu’il veut dire, il lui donne en exemple les vêtements à réparer qui s’empilent sur la machine coudre. Sa mère les avait toutefois tous rafistolés l’après-midi même, invalidant l’argument de l’adolescent.

« Elle nous a fait des crêpes pour souper puis elle est partie un peu froissée par ce que je lui ai dit je pense. Elle a dit “ Laissez-moi vivre ma vie”. »

Il avoue que cela le touche de savoir que sa dernière conversation avec sa mère ait porté sur ce sujet. « Mais je sais qu’elle ne m’en veut pas. Elle m’aurait donné des signes sinon », laisse-t-il tomber à la blague. « Je ne pense pas qu’elle soit morte malheureuse, elle aimait les gens. »

C’est le père de Serge Grégoire qui a appris la nouvelle le premier à la radio. Il s’était réveillé inquiet à 3 h du matin en réalisant que sa femme n’était pas à ses côtés. 

À 36 ans, Monique Grégoire laissait derrière elle son mari, deux fils et deux filles. Les parents de la jeune femme étaient dévastés : ils avaient perdu la moitié de leur progéniture dans l’accident. Jacqueline Beaudet avait 34 et trois enfants.

« Ma mère c’était le noyau de la famille, la plus rassembleuse et voisineuse », confie Serge Grégoire.

Heureusement, à travers cette tragédie, la famille a su garder des liens très unis. Même s’ils n’habitent plus tous la même ville aujourd’hui, cousins et cousines ne manquent pas une occasion de se voir.

Serge Grégoire tient aussi à lever son chapeau à son père qui a tout fait pour que ses enfants poursuivent une vie normale après la perte de leur mère. « Il est tombé pressé du jour au lendemain. Il pensait au repas du lendemain, au lavage… Il a attendu que nous soyons partis de la maison avant d’y faire entrer une autre femme. »

Un seul regret

Quarante ans après avoir perdu sa mère, le seul regret de Serge Grégoire et de savoir qu’elle ne connaîtra pas ses petits-enfants et arrière-petits-enfants. « Elle aurait été une grand-maman gâteau. Elle n’oubliait aucun anniversaire! »

Lui-même grand-père, Serge Grégoire retrouve un peu de sa mère dans ses filles. Valérie, 28 ans, a le même caractère sociable que sa grand-mère et Amélie, 30 ans, partage des traits physiques avec elle.

« On finit par vivre avec, mais on n’oublie pas. On finit toujours par penser à elle, à se demander ce qu’elle aurait fait dans telle ou telle situation. Aujourd’hui, je dis merci à la vie d’avoir une bonne conjointe, de bons enfants et d’être grand-père. Je peux vivre ce que ma mère n’a pas eu la chance de vivre et je l’apprécie. »