Le CIUSSS parle d'une possibilité de bris de services cet été pour expliquer sa décision de réduire les semaines de vacances accordées à ses employés du Centre jeunesse de l'Estrie.

Risque de bris de service à Val-du-Lac

Les quotas de vacances pour les éducatrices du Centre jeunesse de l'Estrie et pour certaines technologistes médicales dans les centres de prélèvements du CIUSSS de l'Estrie-CHUS seront réduits au strict minimum pendant la période estivale.

C'est donc dire que dans la majorité des équipes de 8 personnes de Val-du-Lac, une seule personne pourra être en vacances à la fois durant la période « critique » allant de la dernière semaine de juillet jusqu'à la fin du mois d'août. Certaines équipes, plus nombreuses, pourront voir de 2 à 3 de leurs membres en vacances en même temps durant cette période.

« Les quotas étaient à quatre il y a quelques années, explique Emmanuel Breton, répondant politique de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) de l'Estrie. Donc dans une équipe de huit personnes par exemple, quatre pouvaient partir en même temps durant l'été. Au fil des années, c'est descendu à 3 puis à 2 et là pour la dernière semaine de juillet et le mois d'août, le quota sera de 1. Certaines personnes avec 10 ou 15 ans d'ancienneté ne pourront donc pas prendre de vacances avec leur famille cet été. »

Le CIUSSS invoque une possibilité de bris de services cet été pour expliquer la décision.

« Les enfants que nous accueillons ne sont pas en vacances, la demande est même plus grande l'été puisqu'ils ne sont pas à l'école, explique Yannick de Beyssac, coordonnateur de la réadaptation interne et externe au programme jeunesse. Si la décision a été prise cette année, c'est concernant les expériences des années passées. Nous avons été fragilisés l'an dernier et nous n'avons pas été capables de répondre aux demandes de congé individuel, c'est-à-dire les demandes de dernières minutes parce que les employés sont épuisés ou pour un mariage par exemple. Nous n'avions pas le personnel requis pour cela. »

La direction du CIUSSS estime donc qu'en limitant les vacances, les employés pourront obtenir certains congés additionnels.

« Cette année, je pense que nous serons en mesure de donner des réponses positives aux demandes de congé individuel, estime M. de Beyssac. Ça va donc améliorer la situation des employés qui auront besoin d'un deux jours par ici ou d'un trois jours par là. L'an dernier, même si on avait permis à plus de gens de partir en vacances, on n'était pas capable de gérer les gens qui tombaient malades ou ceux qui étaient épuisés. »

« C'est très difficile de trouver un équilibre et c'est un poids supplémentaire pour les équipes qui doivent accueillir des gens avec peu d'expérience, ajoute-t-il. Imaginez quand des employés permanents sont en vacances et que d'autres se retrouvent malades, nous nous retrouvons dans une situation très précaire. »


« Cette année, je pense que nous serons en mesure de donner des réponses positives aux demandes de congé individuel, »
Yannick de Beyssac
Emmanuel Breton

Des employés en colère

La colère gronde toutefois chez les éducatrices du Centre jeunesse selon Emmanuel Breton.

« Nos membres sont en colères. Il y a toujours eu du donnant-donnant dans la gestion du Centre jeunesse, mais depuis la fusion au CIUSSS, il n'y en a plus du tout. L'uniformisation prend la place et il n'y a plus d'humanité. On travaille avec des enfants en difficultés et on vient encore jouer sur la détresse psychologique des gens qui s'occupe d'eux. »

« Les membres sont à bout dans le réseau et surtout en Centre jeunesse parce que c'est une clientèle difficile et on décide de limiter les quotas, poursuit-il. C'est le seul temps de l'année où les éducatrices peuvent souffler et passer du temps avec leur conjoint et leurs enfants. C'est plus que de la tristesse ou de la déception, ils ne sont pas résignés et ils sont prêts à aller au front ».

La direction se dit quant à elle très préoccupée par la conciliation travail-famille, mais avoue que l'équilibre parfait est difficile à atteindre.

« C'est une réelle volonté de trouver un équilibre parce que si on veut maintenir une qualité de soin et de services, nos employés doivent trouver leur compte sur le lieu de travail », résume M. de Beyssac.