La légalisation du cannabis est venue changer l’environnement de la santé publique.

Remplir le vide créé par la légalisation du cannabis

Si la légalisation du cannabis le 17 octobre a fait couler beaucoup d’encre en 2018, l’adaptation à cette nouvelle substance suscite maintenant bien des questions dans divers milieux.

La directrice de Santé publique en Estrie, Dre Mélissa Généreux avait soumis des recommandations avant la légalisation et reste en demande pour informer la population une fois que la substance est légalisée.

Elle a d’ailleurs donné des conférences avant et après le 17 octobre qui ont fait salle comble à l’Université populaire de Sherbrooke (UPOP).

« Depuis ces conférences, je n’ai jamais été autant demandée pour informer des comités de parents, des aidants naturels, des départements médicaux, des groupes communautaires ou des étudiants. Il y a un espace vide avec ce dossier émergent. Il y a le volet d’impact sur les jeunes, la consommation dans les lieux publics, les avantages de l’utilisation à des fins médicales, les dangers et les différentes formes pour le consommer », explique Mélissa Généreux. 

Elle soutient que la légalisation du cannabis est venue changer l’environnement de la santé publique. 

« Les gens se questionnent sur le cannabis. L’approche en santé publique est basée sur la science. Nous avons une crédibilité pour la population. Je suis là pour défendre les intérêts des gens. Notre réflexion est basée sur l’éminence scientifique », signale Dre Généreux.

Elle indique que l’approche de la santé publique vise la réduction des méfaits.

« Le cannabis existe toujours ; légal ou pas. Au lieu de viser une consommation zéro, on veut réduire au minimum les méfaits qui y sont reliés. En santé publique on s’ajuste en fonction des besoins de la population. On sentait les inquiétudes, particulièrement concernant les répercussions sur les jeunes. On a pris cette place-là. Personne d’autre n’est mieux placé pour remplir la mission », explique Mélissa Généreux.

La directrice de Santé publique en Estrie n’a pas senti comme un désaveu la décision de la Ville de Sherbrooke d’interdire la consommation de cannabis dans les lieux publics.

« Je ne l’avais pas vu venir, mais je ne l’ai pas vu comme un échec. Chaque ville était libre de prendre sa décision. J’ai fait valoir les intérêts de la santé de la population. Je ne veux pas partir en guerre contre la décision de la Ville de Sherbrooke ou des orientations du nouveau gouvernement. Je sais qu’il y a beaucoup d’autres considérants. Je ne suis pas l’experte des décisions politiques. Certaines MRC et municipalités ont trouvé un compromis que je trouve intéressant de permettre la consommation du cannabis dans les rues, mais pas dans les parcs, alors qu’ailleurs c’est encore complètement interdit. On l’entendait que c’était un enjeu polarisé », signale la Dre Généreux. 

Plus de deux mois après la légalisation du cannabis, elle n’a pas noté d’effet sur la santé publique.

Une succursale à Sherbrooke

Selon elle, Sherbrooke gagnerait à avoir une succursale de la Société québécoise du cannabis (SQDC).

« Ça faisait partie des recommandations. On voulait même deux SQDC accessibles en transport en commun et près des pôles commerciaux. L’esprit de la loi était de lutter contre le marché noir et de garder le contact avec les consommateurs. Avec le commerce en ligne, nous n’avons pas accès aux données. On ne veut pas que ce soit underground. La population devrait pouvoir aller à la SQDC avec des gens qualifiés pour la conseiller », croit la directrice de la santé publique.

Différentes visions s’opposaient aussi entre les acteurs impliqués, notamment avec les corps policiers qui avaient toujours lutté à éradiquer la vente et la consommation de cette substance. 

« La légalisation du cannabis n’était pas un enjeu seulement en santé publique. Nous avons travaillé en collaboration avec le SPS. Il y a eu beaucoup d’explication, de dialogue et d’échange en fonction de différentes perspectives. Nous avons réussi à faire cheminer les policiers avec la logique de réduction des méfaits », soulève Dre Généreux.

Le directeur du Service de police de Sherbrooke, Danny McConnell, affirme que cette gestion de légalisation du cannabis s’est ajoutée aux autres priorités.

Le Service de police de Sherbrooke et la Régie de police Memphrémagog ont trouvé une façon novatrice d’appliquer la nouvelle loi sur le cannabis en joignant leurs forces. Cette coalition régionale entre deux corps de police municipaux est une première au Québec. Le programme Accès cannabis est inspiré du programme Accès tabac déjà en vigueur dans les corps de police.

Trois enquêteurs payés par un budget spécial du ministère de la Sécurité publique du Québec sont affectés à temps plein à lutter contre l’approvisionnement illégal du cannabis.