Nathalie Plaat, psychologue clinicienne et auteure, Simon Leduc-Thouin du Centre RBC d'expertise universitaire en santé mentale, la députée de Sherbrooke Christine Labrie et le doctorant en médecine Charles-Antoine Barbeau Meunier ont animé une discussion citoyenne sur la santé mentale, ce samedi.

Réflexions sur la santé mentale: prendre du temps, ensemble

« Comment se fait-il que, lorsqu’une personne va mal, on l’invite à se replier sur elle-même? » Au terme de sa discussion citoyenne tenue samedi à La Capsule, Christine Labrie maintient que le remède aux problèmes de santé mentale est loin de se trouver dans l’individualisme reflété dans le répandu « prends du temps pour toi ».

Accompagnée d’invités du milieu de la santé mentale, la députée solidaire de Sherbrooke souhaitait entendre les citoyens s’exprimer sur cet enjeu de société « qui dépasse les individus et qui doit être abordé avec une perspective collective ».

« Plus personne n’a le temps de prendre le temps. À peu près dans tous les métiers, il y a peu de moments où, comme citoyen, on rencontre un autre être humain avec qui on va avoir le temps d’avoir une interaction profonde, observe Mme Labrie. C’est assez symptomatique de la course effrénée dans laquelle on est tout le temps. »

« Il a été beaucoup question de lien social, résume-t-elle. On a besoin d’occasions d’échanger et d’avoir une communauté qui est liée, tissée serrée », avance-t-elle, soulignant que cet accomplissement nécessite une implication citoyenne. « Ce n’est pas le gouvernement qui crée une communauté tissée serrée. C’est pourquoi j’ai pris l’engagement aujourd’hui d’organiser souvent des événements comme celui-là, pour permettre aux citoyens d’échanger. »

Parmi les problématiques soulevées : le refus de la douleur. « On a complètement désappris à honorer notre douleur psychique. Être humain, c’est d’être souffrant, by the way, insiste la psychologue clinicienne et auteure Nathalie Plaat. On a vraiment jeté le bébé avec l’eau du bain quand on a jeté, entre autres, la psychanalyse et qu’on l’a sorti des ressources de première ligne. […] Une des choses qui nous distinguent des animaux, c’est que nous sommes une espèce fabulatrice. Nous avons besoin de langage, nous avons besoin de nous dire et de nous dire pour nous réparer. Effectivement, nous avons désappris collectivement à accueillir l’autre dans sa douleur. »

Remettre les valeurs collectives en question

Pour Simon Leduc-Thouin, bachelier en service social et membre de l’équipe du Centre RBC d'expertise universitaire en santé mentale, les enjeux d’anxiété et de dépression viennent en grande partie du mode économique et des approches éducatives de la société.

« On met beaucoup trop l’accent sur ce qui est extérieur aux jeunes : ‟que veux-tu faire? Qu’as-tu accompli?” On leur met une pression énorme au lieu de leur demander ce qu’ils veulent être », s’inquiète le concepteur et accompagnateur à l'implantation d'un programme de prévention de l'anxiété dans les écoles secondaires.

Vers l’âge adulte, cette anxiété pourrait évoluer en phobie sociale, en trouble obsessionnel compulsif, ou en dépression, avance-t-il.  

« Il faut agir en amont. Est-ce que, culturellement, on véhicule les bonnes valeurs? Est-ce que finalement, ces valeurs-là de productivité, de performance et d’image de soi nous amènent une pression à être autre chose que ce que l’humain est profondément? »

Offrir une alternative à l’urgence psychiatrique

Parmi ses projets pour sa circonscription, Christine Labrie convoite toujours l’instauration d’un centre de crise en santé mentale.

« Le centre de crise communautaire servirait d’accueil pour les gens qui vivent un épisode de détresse, notamment un épisode suicidaire, mais pas seulement. En ce moment, le seul endroit où ils peuvent se retrouver, c’est dans l’urgence psychiatrique […]. Un centre de crise, ce n’est pas la solution totale aux enjeux de détresse psychologique, c’est pour les gens qui traversent un épisode de crise. Idéalement, on travaillerait collectivement à ce qu’ils ne se rendent pas là. »

Le témoignage d’une citoyenne ayant vécu un épisode de crise à l’urgence psychiatrique de l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke est d’ailleurs venu appuyer la position de la députée par rapport à cet « endroit qui ne répond pas nécessairement au besoin des citoyens, et qui peut même accentuer leur détresse, dans certains cas ».