Benoît Cossette, chercheur au Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie - CHUS et professeur à la faculté de médecine de l’UdeS, est très satisfait des résultats de la phase 1 de la démarche OPUS-AP.

Réduction d’antipsychotiques dans les CHSLD : cap vers la déprescription

 SHERBROOKE — Au Québec, entre 40 % à 60 % des résidents en CHSLD prennent des antipsychotiques alors que seulement 5 % d’entre eux ont reçu un diagnostic de psychose. Pour renverser cette tendance, Québec met le cap vers la déprescription et va de l’avant avec la phase 2 de la démarche d’Optimisation des pratiques, des usages, des soins et des services - Antipsychotiques (OPUS-AP).

La phase 1 d’OPUS-AP, dirigé par le CIUSSS de l’Estrie - CHUS, s’est déroulée entre janvier et octobre 2018 dans 24 unités de CHSLD du Québec et a démontré d’excellents résultats. Lors de cette phase, la déprescription d’AP a été un succès chez 86 % des 220 résidents participant au projet, n’entraînant dans la majorité des cas observés ni augmentation du recours aux anxiolytiques, aux somnifères et aux antidépresseurs ni effets sur le comportement. De ce 86 %, 53 % des résidents ont cessé complètement de prendre des AP et 33 % ont eu une diminution de dose.

La phase 2 fera l’objet d’une collecte de données de mars à décembre et s’étendra cette fois sur 331 unités dans 134 CHSLD, soit environ 30 % des résidents au Québec.

« Cette approche non pharma-
cologique s’inscrit de manière parfaitement cohérente avec notre volonté de mieux soutenir et accompagner nos aînées. Nous souhaitons favoriser l’épanouissement des résidents en CHSLD et de leurs proches. Je me réjouis que les résultats de cette démarche soient concluants, et je m’engage à développer le programme à l’échelle du Québec lors d’une troisième phase », a commenté la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants Marguerite Blais, au moment de l’annonce des résultats de la phase 1 vendredi, à Sherbrooke.

Prescription peu efficace

On prescrit des AP aux résidents qui présentent des symptômes comportementaux et psychologiques de la démence liés à la maladie d’Alzheimer ou à une autre démence, tels agitation verbale ou physique, problèmes de sommeil ou errance.

La recherche démontre toutefois que ces médicaments sont peu efficaces pour soulager ces troubles de comportement et qu’il y a plus de risque de somnolence, chutes, tremblements au repos, pneumonie, accident vasculaire cérébral, rigidité des muscles et insuffisance cardiaque.

Pourquoi la consommation des AP est-elle si élevée dans les CHSLD dans ce cas?

« Les résidents ont souvent des troubles neurocognitifs majeurs avec d’importants symptômes qui peuvent être préoccupants pour l’équipe traitante. Dans ces cas, la solution peut être de prescrire un antipsychotique. Ce qu’on essaie de faire avec la démarche OPUS, c’est un changement de culture pour que le premier réflexe soit la mise en place de mesures non pharmacologiques basées sur l’histoire de vie des résidents. Un résident pour qui la musique a toujours été significative dans sa vie, s’il y a des moments agités pendant la journée, on peut mieux les gérer avec la musique ou autres interventions non pharmacologiques. On garderait ainsi les antipsychotiques pour les cas où les interventions ne sont pas efficaces et en prescrivant la dose la plus faible pour la plus courte durée de temps », expliquait Benoit Cossette, chercheur au centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l’Estrie - CHUS, responsable du projet OPUS-AP.

Nouvelles perspectives

La peinture, la récréothérapie, l’écoute active, les animaux robotisés et la diversion sont des exemples d’approches non pharmacologiques personnalisées.

Selon M. Cossette, la démarche d’optimisation mise de l’avant pour les antipsychotiques pourrait être appliquée à d’autres médicaments.

« On s’intéresse beaucoup aux antidépresseurs puisque 56 % des résidents en CHSLD en prennent. On pourrait faire un OPUS - Antidépresseurs. On s’intéresse également beaucoup à la polypharmacie chez les aînés. Il y a plusieurs résidents avec plusieurs maladies qui prennent de nombreux médicaments. Ce cumul de médicaments est difficile à gérer puisque les effets indésirables s’additionnent. La démarche OPUS pourrait être intéressante dans ce cas aussi », illustrait le chercheur.

Rappelons que la responsabilité du projet OPUS - AP a été confié au CIUSSS de l’Estrie - CHUS par le ministère de la Santé. Le CIUSSS doit notamment gérer les budgets et s’occuper de la planification de l’ensemble des démarches, en plus de mobiliser les équipes affectées au projet.

La première phase et la deuxième phase bénéficient d’un financement de 2,4 M$ fourni conjointement par le ministère de la Santé et des Services sociaux et la Fondation canadienne pour l’amélioration des services de santé. Advenant le déploiement d’une troisième phase à la grandeur du Québec, le budget devra être considérablement augmenté, consent la ministre Blais sans vouloir avancer de chiffres.