La Tribune a passé une demi-journée à Val-du-lac, le centre d’hébergement de la DPJ afin de mieux connaître les enfants de 6 à 12 ans qui vivent sous leur toit.

Reconstruire des petits « poqués »

Une quinzaine d’enfants de 6 à 12 ans vivent actuellement sous la protection de la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) au centre d’hébergement de Val-du-lac. La plupart sont là à cause d’un jugement du tribunal; quelques-uns sont là par mesure volontaire.

Qu’est-ce qui amène donc ces si jeunes enfants à vivre dans ces unités de vie plutôt que dans des familles, que ce soient leurs parents ou des familles d’accueil? La Tribune a passé une demi-journée à Val-du-lac, le centre d’hébergement de la DPJ afin de mieux connaître les enfants de 6 à 12 ans qui vivent sous leur toit.

« Il y a des enfants qui nous arrivent vraiment poqués », soutient d’entrée de jeu Patrick Dussault, chef de service pour les unités Arc-en-ciel et Rivage à Val-du-lac.

« La grande majorité des enfants ont vécu de la négligence familiale », ajoute-t-il.

La négligence cause toutes sortes de maux aux enfants, qui ont des réactions comportementales importantes. Ils deviennent difficiles. Et ça finit souvent par exploser. L’agressivité verbale et physique mène plusieurs jeunes vers le centre de réadaptation. Certains ont fugué. D’autres ont des troubles de l’opposition très forts. Certains ont eu des verbalisations suicidaires.

Il y a aussi tous les retraits légaux du milieu familial : un juge décide que les abus physiques ou la négligence vécus par l’enfant sont suffisamment grands pour le retirer sans plus attendre de sa famille étant donné que sa sécurité et son développement sont compromis.

« On a souvent l’image de grands drames, de grands traumatismes, mais souvent, c’est plus simple que ça. Parfois, c’est une maman qui consomme et qui ne s’occupe pas adéquatement de son enfant », donne en exemple Patrick Dussault.

Les enfants qui vivent dans les unités des petits à Val-du-lac ont un ou plusieurs diagnostics : TDAH, troubles de l’opposition, dyspraxie, troubles de l’attachement, troubles du langage... entre autres. Une majorité d’entre eux sont aussi médicamentés pour l’un ou l’autre de ces troubles.


« Patrick Dussault, chef de service pour les unités Arc-en-ciel et Rivage à Val-du-lac »
« Sur notre groupe en ce moment, quelques-uns cheminent vers un retour chez leurs parents. Pour un des enfants, on regarde pour voir si les grands-parents pourraient l’accueillir. Pour d’autres enfants, nous sommes en clarification de projet de vie... »

Deux unités à Val-du-lac peuvent accueillir des petits, les unités Arc-en-ciel et Rivage. On peut y héberger jusqu’à 15 enfants. Il y a rarement des places libres.

Une fois les enfants installés dans une unité à Val-du-lac, les employés travaillent avec les enfants pour leur établir un projet de vie.

« Sur notre groupe en ce moment, quelques-uns cheminent vers un retour chez leurs parents. Pour un des enfants, on regarde pour voir si les grands-parents pourraient l’accueillir. Pour d’autres enfants, nous sommes en clarification de projet de vie... »

Une question s’impose : pourquoi ces petits ne sont-ils pas hébergés dans des familles, que ce soient des membres de leur famille élargie ou bien des familles d’accueil de la communauté?

« Le centre d’accueil est assurément le dernier recours pour les enfants aussi petits. Avant l’âge de six ans et même un peu plus vieux, on intensifie le support que l’on peut donner aux familles d’accueil pour les garder dans des familles », assure M. Dussault.

Car il n’est pas rare que les enfants les plus « poqués » crient presque sans arrêt ou brisent des murs lors de leurs pires crises. Ainsi, ces enfants provoquent souvent le rejet des adultes bien malgré eux. Les familles d’accueil finissent par plier devant les enfants plus exigeants, et les enfants finissent par revenir à Val-du-lac.

Puis, au centre jeunesse comme ailleurs dans le réseau de la santé, les problèmes de disponibilité de la main-d’œuvre se font sentir. Cruellement parfois.

« Nous avons des employés en congé maladie ou en congé de maternité. À l’Arc-en-ciel en ce moment, il y a un employé régulier qui est absent depuis quelque temps, et il est remplacé par des gens différents presque tous les jours. Dès qu’une personne significative dans le quotidien des enfants est absente, ça crée beaucoup d’insécurité », soutient Patrick Dussault.

Les enfants cherchent beaucoup à tester les adultes qui s’occupent d’eux. Certains éducateurs spécialisés ou autres intervenants qui travaillent près d’eux deviennent très significatifs. Mais il faut parfois du temps pour que les adultes deviennent sécurisants.