S’il compte faire appel à un conseiller juridique, le maire de Sherbrooke et président de Valoris, Steve Lussier, hésite à confirmer que des démarches légales seront entamées en lien avec les problèmes de gestion.

Rapport sur Valoris: «Anormal et inacceptable», dit Lussier

Le conseil d’administration de Valoris discutera des suites à donner au rapport de la vérificatrice générale, qui a souligné une gestion troublante et un manque de rigueur au centre de valorisation des matières résiduelles. S’il compte faire appel à un conseiller juridique, le maire de Sherbrooke et président de Valoris, Steve Lussier, hésite à confirmer que des démarches légales seront entamées en lien avec les problèmes de gestion.

« C’est anormal et inacceptable ce qui est arrivé », clame M. Lussier. « Est-ce qu’il y a eu incompétence ou fraude? On va se poser la question au C.A. Je me pose certaines questions. Certains montants n’avaient pas été inscrits dans les livres de Valoris. C’est une faute grave selon moi. »

À LIRE AUSSI: Valoris, un dossier troublant selon la vérificatrice générale

Dans son rapport, la vérificatrice générale Andrée Cossette relevait que des budgets équilibrés avaient été présentés pour les années de 2016 à 2018 alors que Valoris présentait plutôt un déficit.

« J’ai parlé deux fois avec les affaires juridiques. Il faudra voir les coûts de tout ça, mais il y a des gens qui sont imputables », ajoute Steve Lussier.

Robert Roy, préfet de la MRC du Haut-Saint-François, abonde dans le même sens. « Ça dépend dans quoi on s’embarque et à quel coût. Depuis le début, on est dans les poursuites. On en a réglé aussi. Il faut regarder nos recours, mais de façon réfléchie. Ne répétons pas les erreurs du passé. »

Portefeuille mince

Steve Lussier répète qu’il s’agissait d’une bonne décision de demander à la vérificatrice générale de se pencher sur le dossier de Valoris. « On voulait voir si ce qu’on appréhendait était réel. Ce rapport aurait dû être commandé il y a longtemps. Maintenant, on travaille stratégiquement pour le présent et le futur. Nous n’avons pas attendu d’avoir le rapport pour commencer à travailler. »

Puisque le service de la dette risque de franchir le cap des 6 M$ en 2022, que la dette totale s’élève à 40 M$, et qu’il manque 1 M$ pour fermer le site d’enfouissement actuel, Valoris sera-t-il tenté d’augmenter ses tarifs à nouveau? « En établissant nos tarifs, nous avons dressé la ligne un peu plus haut pour prévoir les dépenses à venir. Notre portefeuille est assez mince. »

Steve Lussier parle d’un plan d’action pour relancer les lignes de tri qui sont à l’arrêt. « Nous faisons présentement des tests. »

Robert Roy ne se sent pas visé par les conclusions de la vérificatrice générale. « Plus on faisait affaire avec des experts, plus on se faisait avoir. On entendait des choses et nous avons décidé les éclaircir en commandant le rapport. Nous avons fait avec les informations que nous avions. »

M. Roy rappelle que Valoris a été fondé à la suite du décret du gouvernement fédéral qui annonçait la fin de l’enfouissement de plusieurs matières compostables ou récupérables. « Mais le gouvernement n’a jamais mis ses culottes pour mettre son décret en application. Ce qui fait que Valoris a des problèmes, c’est que les sites d’enfouissement ne font aucun tri. Moi je pense que Valoris a sa place. C’est plus facile d’être gérant d’estrade que d’être dans l’action. »

Une représentante du ministre de l’Environnement Benoit Charette et le député François Jacques doivent visiter Valoris jeudi.

En bref

Au sujet des autres conclusions de la vérificatrice générale, le maire Steve Lussier convient que les défis sont importants concernant les investissements en immobilisation. Andrée Cossette suggérait de détailler une planification à long terme des dépenses. « Le directeur général travaille là-dessus et il me tient au courant. C’est déjà en marche. Nous avions déjà commencé à nous aligner pour revoir le tout. Nous n’avons peut-être pas toujours priorisé les projets de la bonne façon. »

« Pour les paiements en double, nous devons avoir un œil attentif. Il est important que les gens puissent dénoncer s’ils sont au courant de quelque chose. Un rapport de RCGT de 2015 faisait déjà état de possibles paiements en double. Si des actions ont été posées à ce moment-là, je ne les ai pas vues. »

Andrée Cossette a également formulé des recommandations en matière de cybersécurité, mais a refusé de les dévoiler, justement pour des raisons de sécurité. « C’est un sujet de l’heure pour plusieurs entreprises. C’est très confidentiel, mais nous continuons de nous adapter aux réalités du jour », dit Steve Lussier.

Concernant des dépenses de 900 000 $ ajoutées à l’endettement pour réaliser des travaux urgents de pavage, Steve Lussier ne montre pas d’inquiétudes. La conseillère Annie Godbout aurait préféré que les sommes soient puisées à même les surplus accumulés, mais ces surplus seraient trop minces. « C’est une réalité qui est vécue par plusieurs maires à travers le Québec. Peut-être devrons-nous retarder d’autres projets. »