« Si on avait su que la dernière journée avant le confinement, en mars, était notre dernière ensemble, je pense qu’on en aurait beaucoup plus profité et qu’on aurait eu plus de pensées envers cette journée », songe Orfée Riendeau-Lemieux.
« Si on avait su que la dernière journée avant le confinement, en mars, était notre dernière ensemble, je pense qu’on en aurait beaucoup plus profité et qu’on aurait eu plus de pensées envers cette journée », songe Orfée Riendeau-Lemieux.

Questions et déceptions au secondaire

Sherbrooke — L’annonce de lundi a été toute une surprise pour les élèves du secondaire, qui s’étaient imaginé de nombreux scénarios dans lesquels ils retourneraient en cours et reverraient leurs amis avant la fin de l’année scolaire. Plutôt, on a appris aux quatre premiers niveaux du secondaire qu’ils ne regagneraient leurs classes que dans quatre mois. Au cinquième, on a dit au revoir. 

« C’est vraiment ça qui m’est rentré dedans, témoigne Marilou Larochelle Pion, qui termine son parcours cette année à l’école secondaire Le Tournesol de Windsor. Tout au long, on était certains qu’on retournerait en classe le 4 mai, avec la façon dont le premier ministre en parlait. Toute la fin de semaine, on a parlé de déconfinement et d’un plan de retour progressif à l’école. On ne s’attendait jamais à ça. Il y en a beaucoup qui ne comprennent pas. C’est fini, juste comme ça. »

« Si on avait su que la dernière journée avant le confinement, en mars, était notre dernière ensemble, je pense qu’on en aurait beaucoup plus profité et qu’on aurait eu plus de pensées envers cette journée », songe Orfée Riendeau-Lemieux, qui a fait quelques apparitions dans La Tribune dans les dernières semaines pour son appel aux finissants de la province à collaborer à une vidéo souvenir virtuelle.

La gorge nouée, l’élève de secondaire cinq à l’école secondaire Montcalm de Sherbrooke avoue vivre difficilement le confinement, et encore plus le fait d’amorcer une nouvelle étape dans ce contexte.

« Maudit que c’est dur. Au moins, j’ai la chance d’avoir une grande famille, poursuit Orfée. J’entendais le premier ministre dire aujourd’hui [lundi] que c’était important que les élèves du primaire retrouvent leurs amis, que ça leur ferait du bien. Mais nous aussi! Le secondaire, c’est aussi là qu’on développe notre social et qu’on découvre qui on est comme personne. Nos amis, ce sont eux aussi qui nous aident à faire la transition vers le cégep. J’ai l’impression que je vais me sentir encore plus toute seule au cégep. »

Toute la question des connaissances académiques inquiète aussi les deux jeunes femmes. Marilou doit entrer en Technique de soins infirmiers au Cégep de Sherbrooke, à l’automne. Une formation pour laquelle elle doit notamment maîtriser la chimie. Avec de la lecture de chapitre, des exercices à faire seule et des correspondances par courriel avec son enseignante, elle est beaucoup moins sûre de trouver réponse à toutes ses interrogations. Et que dire de la motivation, alors que ses travaux n’auraient de valeur officielle que si elle avait besoin d’un coup de pouce pour réussir son année, souligne-t-elle. 

« Une fois au cégep, est-ce que ce sera plus difficile pour ceux qui ne l’auront pas finie totalement? » demande-t-elle.  

« Je pense qu’il y aura un gros écart entre les élèves du privé et du public qui entreront au cégep l’an prochain, se désole Orfée. Le privé a des cours en ligne en continu depuis presque le début du confinement. Nous, on a des petits programmes de révision qu’on fait un peu dans le vide. Mon enseignante de mathématiques a pas mal arrêté de nous envoyer de la matière, elle voyait bien que c’était invraisemblable de nous faire apprendre des nouvelles notions d’algèbre à distance. »  

« On se pose aussi énormément de questions sur l’examen du ministère en français, qu’on doit normalement avoir réussi pour être acceptés au cégep, renchérit Marilou. Les examens du ministère ont été annulés, alors est-ce qu’ils considèrent qu’on l'a réussi si on réussit notre français, ou est-ce qu’ils vont nous le faire reprendre en entrant au cégep? Si on l’échoue, on n’aura pas un été pour se mettre à niveau. Est-ce qu’on perdra une session? »    

L’enjeu des bals de finissants demeure lui aussi flou. Ni Orfée ni Marilou ne peuvent prédire ce qui adviendra de l’événement qui devait marquer leur passage à l’âge adulte. 

« Est-ce qu’ils vont réellement le tenir à l’automne, comme ils ont dit, ou est-ce qu’on n’aura toujours pas le droit de se réunir? s’interroge Marilou. Est-ce que rendu là, ils vont simplement vouloir laisser tomber? »