Miodrag Doslo, président de Taxis de Sherbrooke

Projet de loi 17 : « N’importe qui » au volant

Le président de Taxis de Sherbrooke, Miodrag Doslo, craint que des chauffeurs congédiés pour manquements disciplinaires ne récidivent chez d’autres services de transport, avec la déréglementation de l’industrie du taxi qu’apporterait le projet de loi 17 du ministre des Transports François Bonnardel.

Miodrag Doslo ne le nie pas : une de ses grandes préoccupations face à ce projet de loi concerne la suppression des permis de taxi, qui engendrerait la perte de valeur des 84 permis que possèdent les actionnaires de Taxis de Sherbrooke. Ces permis représenteraient collectivement près de 16 M$ à jour. Cependant, le chauffeur d’expérience appelle plutôt les usagers à s’inquiéter sérieusement pour leur sécurité, alors que l’adoption du projet est prévue pour juin. 

« En déréglementant, on donne la chance à n’importe qui de se lancer dans l’industrie par le biais des applications. Ça ouvre la porte à toutes sortes de personnes et de conducteurs fautifs de transporter des clients vulnérables ou des écoliers, par exemple. Les chauffeurs qu’on a renvoyés vont simplement pouvoir recommencer là-bas et poser à nouveau des gestes inacceptables. Il y en a pour qui les gestes posés étaient graves », dit celui qui propose plutôt que de nouvelles règles soient apportées à l’industrie pour protéger les chauffeurs de la concurrence « illégale ». 

Selon la loi actuelle, un individu qui franchit le pas de la porte chez Taxis de Sherbrooke avec un désir d’y travailler comme chauffeur doit avoir en sa possession un permis de conduire de classe 4C, soit un permis émis spécifiquement pour la conduite de taxi et pour lequel un examen médical est exigé. 

Au-delà de ces normes, Taxis de Sherbrooke impose à tous ses chauffeurs de suivre des formations de transport de personnes ayant des limitations et de transport d’écoliers (NDLR : données par des organismes externes) en plus de les faire adhérer à son code d’éthique et à ses règles de conduite en y consacrant un certain nombre d’heures pendant le processus d’embauche. 

« Toutes ces étapes sont nécessaires pour former un bon chauffeur », dit-il, s’opposant fermement à une réduction des mesures d’encadrement des chauffeurs. 

M. Doslo a d’ailleurs accueilli La Tribune dans ses bureaux afin de démontrer la rigueur de son système de sécurité. Chaque appel est enregistré et peut être réécouté. Chaque voiture est retraçable en tout temps et chacune des courses est sauvegardée dans la base de données. « On peut voir, à chaque moment de la course, à quelle vitesse roulait la voiture et si elle a fait ses arrêts obligatoires. On peut aussi constater le prix estimé pour le trajet et ce qu’il a réellement coûté » démontre M. Doslo, précisant que ces informations sont conservées durant trois mois.  

Si une plainte est formulée contre un chauffeur, un comité disciplinaire se penche systématiquement sur le cas, notamment à l’aide de ces données, affirme-t-il. Il pourra imposer des sanctions, allant d’un avertissement à une suspension ou un congédiement. Pour le transport adapté, la plainte sera aussi examinée par un enquêteur de la Société de transport de Sherbrooke, organisation pour laquelle Taxis de Sherbrooke effectue ces tâches en sous-traitance.

Celui-ci croit aussi fermement que l’enjeu de la condition médicale des chauffeurs est à traiter avec sérieux; c’est pourquoi les conducteurs de Taxis de Sherbrooke sont réexaminés par un médecin tous les deux ou trois ans. 

Le projet de loi prévoit un assouplissement des critères pour le transport rémunéré de personnes par automobile, comme le retrait de l’examen médical, du permis de taxi et du permis de classe 4C, et laisse le champ libre à tout individu répondant aux exigences d’offrir un tel service à l’aide des technologies. Une vérification des antécédents judiciaires, effectuée au moment de la demande d’autorisation du répondant à la SAAQ, demeure cependant au programme.