Près d’un jeune Estrien sur deux a vapoté

« Les résultats préliminaires de notre enquête menée auprès de jeunes de la région sur leurs habitudes de vapotage sont préoccupants. Près d’un jeune sur deux a déjà vapoté et 13 % le font régulièrement. Le phénomène de la cigarette électronique gagne en popularité et les jeunes ne comprennent pas bien les risques associés à l’utilisation de la cigarette électronique », affirme Dre Mélissa Généreux, médecin-conseil à la Direction de la santé publique (DSP) et professeure à la faculté de médecine et des sciences de la santé (FMSS) de l’Université de Sherbrooke.

Ce sondage a été mené par quatre étudiantes de la FMSS de l’Université de Sherbrooke, en collaboration avec la Direction de santé publique de la région de l’Estrie. « Les objectifs de ce sondage étaient de dresser un portrait des pratiques de vapotage chez les jeunes du secondaire du territoire desservi par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS, de voir l’ampleur de la problématique du vapotage chez les jeunes, de voir comment ils perçoivent le vapotage et comment ils se le procurent », précise la Dre Généreux.

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Selon l’étude, près de 50 % des jeunes ont déjà vapoté et 13 % avouent vapoter de façon régulière.

La curiosité (79 %) paraît être la principale motivation des élèves du secondaire, et ces derniers semblent banaliser la pratique occasionnelle. 

La plupart des consommateurs s’approvisionnent dans les magasins spécialisés, alors que l’âge légal pour s’en procurer est de 18 ans. « Maintenant, on ne voit plus personne en bas de 18 ans se procurer des cigarettes dans un dépanneur; c’est acquis que c’est illégal. C’est quelque chose sur lequel il faudra se pencher », indique la médecin-conseil.

Une grande banalisation

S’il est possible de vapoter sans nicotine, 63 % des jeunes vapotent pourtant avec des produits à base de nicotine.

« Les jeunes banalisent beaucoup le vapotage avec nicotine. En effet, selon 65 % des jeunes ayant répondu au questionnaire, il y a peu de risques reliés aux habitudes du vapotage occasionnel. Pourtant, la consommation de nicotine nuit à la mémoire, à la concentration et au développement du cerveau, ce qui est particulièrement important chez nos jeunes. Elle cause une forte dépendance, similaire à l’héroïne », ajoute Dre Généreux.

« Il a fallu faire la lutte contre le tabagisme chez les jeunes, il faudra maintenant faire la lutte au vapotage et à la nicotine », clame Mélissa Généreux.

Or même le vapotage sans nicotine peut causer d’autres graves problèmes. « Il y a aussi d’autres substances dans la cigarette électronique. Il faut prendre conscience que c’est un marché en émergence avec des produits qui se multiplient et tout ça va plus vite que ce qu’on est capable d’apporter comme contrôle. Ça fait en sorte qu’on voit l’émergence de nouvelles maladies, comme une maladie pulmonaire qui est liée au vapotage même si on ne comprend pas exactement ce qui a rendu les gens malades, et ce, malgré que cette maladie ait causé plusieurs dizaines de morts aux États-Unis », souligne Dre Généreux.

« Il y a tellement d’inconnus et d’incertitudes, de produits qu’on ne connait pas, que le message général que l’on veut lancer aujourd’hui, aux jeunes ainsi qu’à tous les non-fumeurs, c’est : ne vapotez pas », clame-t-elle.

Au total, 5675 jeunes de 19 écoles ont complété les 35 questions permettant ainsi aux élèves de dresser un portrait des habitudes de vapotage des jeunes de la région. 

Près de la moitié des élèves des écoles participantes qui ont répondu à l’appel lancé par Laura Chénier, Évelyne Dumas, Myriam Guay et Diana Oprea, finissantes au doctorat en médecine de la FMSS.

Le sondage a été mené par quatre étudiantes en médecine, soit Diana Oprea, Évelyne Dumas, Laura Chénier et Miriam Guay, qui ont été supervisées par la Dre Mélissa Généreux, médecin-conseil à la Direction de la santé publique de l’Estrie, que l’on aperçoit au centre.

Les écoles secondaires alertées

Les directeurs de plusieurs écoles secondaires étaient présents jeudi matin pour entendre les résultats de l’enquête sur les habitudes de vapotage chez les jeunes du secondaire. Ils étaient conscients que le phénomène du vapotage était déjà bien ancré dans leurs écoles. Toutefois, l’ampleur du phénomène est difficile à mesurer étant donné que le vapotage est beaucoup plus discret que ne l’était la cigarette à une autre époque.

« Tout ce qui concerne la prévention des dépendances, ça nous concerne comme école. On a lutté contre le tabagisme, là on fait face à une nouvelle problématique. On l’a vue venir, mais à partir de maintenant, nous avons des faits, des chiffres, c’est concret, et ça va nous aider à continuer nos actions », soutient Martin Riendeau, directeur de l’école La Ruche à Magog.

À La Ruche, on pince bien entendu des jeunes qui vapotent. Mais pas si souvent en fait. « La difficulté avec le vapotage, c’est que les outils sont beaucoup plus discrets que l’était la cigarette. Dans certains cas, on fait des interventions disciplinaires graduées qui peuvent aller jusqu’à des suspensions. Mais pour vapoter, les jeunes ont accès à des cigarettes électroniques qui sont moins grosses, qui ressemblent à des clés USB. Il existe maintenant des montres pour vapoter! Il y a toute une créativité dans ce monde actuellement qui nous oblige, nous comme adultes qui ne vapotons pas, à aller encore plus vite. Mais ensemble, je pense qu’on va y arriver, comme on l’a fait sur le tabac », souligne M. Riendeau.

« Alerte »

Hugues Émond, directeur de la polyvalente La Frontalière à Coaticook, était aussi très content d’avoir enfin un aperçu réel de la problématique. « Au retour en classe en septembre, nous avons constaté une grande augmentation du vapotage chez nos élèves à l’école. Ça nous a menés à une alerte. On s’est dit à ce moment-là qu’on devait intervenir, prévenir, outiller nos élèves », indique M. Émond.

Le travail de prévention qui soit s’amorcer ne concernera pas seulement les écoles ou les parents, ajoute-t-il. « On parle d’un phénomène qui concerne toute la communauté, c’est-à-dire l’école, les parents bien sûr, mais aussi des organismes et des Municipalités... » ajoute-t-il.

Éric Faucher, directeur du Collège Mont Notre-Dame et porte-parole des Établissements privés de l’Estrie, partage le même avis. Dans sa cour d’école, il ne voit pas beaucoup d’élèves vapoter puisque c’est interdit et que les cigarettes électroniques sont discrètes.

« On voit qu’il y a des effets négatifs à vapoter aussi. Ces informations sont bonnes pour les jeunes, mais aussi pour les adultes, car il y en a encore qui pensent que c’est bien d’arrêter de fumer et de vapoter à la place; mais ce n’est pas le cas. Il faut sensibiliser », ajoute M. Faucher. Marie-Christine Bouchard

Martin Riendeau, directeur général de l’école secondaire La Ruche à Magog et Hugues Émond, directeur général de l’école La Frontalière à Coaticook.