Une quarantaine de personnes ont traversé à plusieurs reprises l’intersection des rues King Ouest et Jacques-Cartier avec des pancartes visant à sensibiliser les automobilistes à l’environnement.

Premier pas d’Extinction Rebellion à Sherbrooke

Le mouvement social écologiste Extinction Rebellion, dont des sympathisants ont grimpé dans la structure du pont Jacques-Cartier à Montréal plus tôt cette semaine, a organisé son premier événement à Sherbrooke, samedi. De manière très calme, une quarantaine de personnes ont traversé à plusieurs reprises l’intersection des rues King Ouest et Jacques-Cartier avec des pancartes visant à sensibiliser les automobilistes à l’environnement.

« On ne fait pas de désobéissance civile aujourd’hui, lance en entrée de jeu la porte-parole sherbrookoise de l’organisation, Charlotte Crevier. C’est une manifestation non violente. On ne prendra rien en otage, on ne bloquera rien. On veut entrer en contact avec les citoyens, leur montrer qu’on est arrivés à Sherbrooke. »

Selon la porte-parole, les citoyens réservent habituellement un bel accueil aux gens d’Extinction Rebellion. « Il y a une belle réception. On est heureux, on danse, il y a de la musique, c’est une fête. On apporte notre message de façon festive, dans l’amour. Les gens sont au courant qu’il y a une urgence climatique et qu’il faut faire quelque chose », analyse-t-elle. 

« Le message reste le même, peu importe où : il est temps qu’un réel changement se passe, enchaîne Mme Crevier. On veut des actions, des promesses, des engagements clairs et concrets. On est en situation de crise, c’est pourquoi on invite les gens à se rebeller. »

Selon elle, les principaux partis ne parlent pas assez d’environnement en temps de campagne électorale fédérale. « Quelque 500 000 personnes ont marché le 27 septembre dernier pour l’environnement et rien n’a changé dans les plateformes électorales. Aucun parti n’a pris plus d’engagements. C’est pourquoi Extinction Rebellion a sa raison d’être, surtout en ce moment. On a marché, on a signé des pétitions et des pactes, là on est ailleurs. Allô, on est là, il faut que quelque chose se passe », demande celle qui a déjà milité pour Greenpeace. 

D’autres actions un peu plus épicées pourraient venir. « J’aimerais faire des actions de désobéissance civile. Des actions-chocs pour réveiller les gens. On aimerait aussi faire des actions pour la planète, pour laver des trucs par exemple. J’aimerais qu’il y ait une collaboration avec la Ville », résume-t-elle, ajoutant qu’il est « clair que plein d’autres choses s’en viennent pour Sherbrooke ».

Rappelons qu’Extinction Rebellion est un mouvement mondial qui lutte contre les changements climatiques, mais qui utilise la désobéissance civile non violente afin de mobiliser les gens et de passer un message clair aux gouvernements.

De son côté, le Service de police de Sherbrooke n’est pas intervenu lors de l’événement, mais des autopatrouilles surveillaient attentivement l’intersection. Le lieutenant Martin Lagueux a qualifié les sympathisants d’Extinction Rebellion de « disciplinés ». « On n’a pas constaté d’infraction. Ils n’ont pas fait exprès de ralentir le trafic. Quand le feu de circulation tombait au vert, ils avaient déjà dégagé la voie », a-t-il témoigné.

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Passer à la prochaine étape

 L’arrivée de Extinction Rebellion (XR) à Sherbrooke signifie que des Estriens sont prêts à porter leur message. Émile Théberge, 16 ans, qui participe à une action de XR pour la toute première fois, serait prêt à désobéir.

« Je trouve qu’on a passé beaucoup de temps à faire des actions passives, mentionne le jeune homme. On n’a pas été écouté, à peu près rien n’a été fait. Pour se faire écouter, il faut le faire. Je ne serais pas contre, un moment donné, de participer à une action de désobéissance civile. »

« Je vois qu’il y a du monde qui n’ont pas conscience des répercussions de leurs actions, enchaîne celui qui a participé au premier événement sherbrookois de l’organisation. Je trouve ça beau de voir des gens qui se mobilisent pour ça. On voit des rapports scientifiques qui montrent que le changement climatique, ce n’est pas une invention. Il faut changer tout de suite, on n’a pas beaucoup de temps », dit celui qui utilise un vélo et un cyclomoteur pour se déplacer.

Esperando Lachapelle, lui, participe pour l’environnement. Il vise l’autosuffisance et cherche à sortir de la société. « Mon grand-père est autosuffisant à 50 %. Il a son champ de bleuets, son jardin et une serre. Je travaille avec lui tout l’été. J’essaie de terminer mon secondaire, j’avais lâché l’école, car le système n’a jamais été pour moi. J’aimerais aller dans une communauté », explique-t-il à La Tribune, en soulevant une pancarte sur le passage piétonnier de la rue Jacques-Cartier.

« Je participe au plus d’actions possible, poursuit-il. Je vais souvent à Montréal, c’est surtout là-bas que ça se passe. »

M. Lachapelle utilise la voiture le moins souvent possible. « Je sais que les gens la prennent, car dans notre société, ils sont pressés. S’il fallait qu’ils se rendent en vélo partout ça se ferait, mais il faudrait qu’il y ait plus de ressources, plus de pistes cyclables », analyse le jeune homme. 

Michel, qui a préféré taire son nom de famille, pense que des actions doivent se prendre à l’échelle politique. « Il faudrait avoir un système de votation représentatif. Il faudrait s’inspirer du système politique de la Suisse, qui est plus avancé. Ils ont un droit de parole plus important. On pourrait créer un fonds international pour aider les pays plus pauvres à se dépolluer », réclame le citoyen de Sherbrooke.