Émilie Pinard et sa conjointe Joanie vivent le parfait bonheur avec leurs deux enfants.

Pour des modèles de parents LGBT

SHERBROOKE - Pierre a toujours su qu'il voulait fonder une famille. Faute de modèles familiaux comptant deux papas, la réflexion a été longue avant qu'il décide d'adopter avec son conjoint. Pour donner des exemples aux futurs parents de même sexe, pour leur expliquer les démarches qui pourraient leur permettre de fonder leur famille, la Coalition des familles LGBT organise justement une journée rencontre le 16 février, de 10 h à 18 h, à la salle Le Tremplin.

«Quand j'étais au secondaire et qu'on me demandait comment je concevais ma vie plus tard, j'ai toujours dit que je voulais une famille. J'ai toujours su que j'aurais des enfants, mais c'était abstrait, parce que je n'avais pas de modèles de couples LGBTdans mon entourage», raconte Pierre, qui a amorcé des démarches d'adoption à travers le programme Banque mixte.

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Émilie Pinard et sa conjointe Joanie ont eu deux enfants grâce à la procréation assistée. Les modèles n'abondaient pas, dans leur entourage, quand elles ont amorcé leur réflexion il y a six ans.

Les obstacles, les réussites, l'encadrement légal des familles LGBT font partie des sujets qui seront abordés le 16 février. Des familles parleront aussi de leur expérience. «Nous sommes un organisme qui existe depuis 20 ans, qui est établi à Montréal et qui compte 1700 membres. Nous avons décidé d'aller dans les régions pour visiter nos membres et créer des satellites», explique Mona Greenbaum, directrice de la Coalition des familles LGBT.

«Quand une personne LGBT veut fonder une famille, ce n'est pas automatique. Il faut réfléchir. Est-ce qu'on passe par le centre jeunesse, par la gestation par autrui, par les cliniques de fertilité? Quelles sont les lois autour de ça? Il y a un manque d'information pour les futures familles», admet Mme Greenbaum.

«On parle déjà à la ministre de la Justice pour réformer le droit familial.» Tout n'est pas couvert dans une clinique de fertilité, dit-elle. La gestation par autrui ne fait pas l'objet d'un encadrement légal au Québec. Les couples doivent-ils alors se tourner vers des mères porteuses à l'extérieur du pays?

«Il y a souvent la fausse impression qu'il y a plus d'encadrement ailleurs. Il y a moins de problèmes à aller en Ontario ou ailleurs au Canada que dans un autre pays.»

Un préjugé persistant pourrait laisser croire que les parents gais ou lesbiennes ont moins de chances de se voir confier un enfant. «Dans les centres jeunesse, ce qu'on cherche, c'est une bonne capacité parentale. C'est le seul critère. Il faut démontrer qu'on va créer un foyer qui sera adapté pour l'enfant. À l'international, la grande majorité des pays n'accepteront pas les couples gais ou les personnes monoparentales gaies.»

Si le Code civil reconnaît les familles homoparentales depuis 2002, les parents se butent encore à l'hétéronormativité. «Au Québec, les familles homoparentales ont peu d'expériences négatives, mais les écoles parlent peu de notre type de famille. Les formulaires sont mal adaptés aussi, mais il est faux de croire que nos enfants sont plus harcelés à l'école. Le Québec est probablement une des meilleures places au monde pour les familles LGBT.»

Mona Greenbaum nuance que les défis sont encore grands pour les parents trans.

UN QUOTIDIEN PAS DIFFÉRENT DES AUTRES

SHERBROOKE - Le quotidien d'une famille homoparentale n'est pas différent de celui des autres familles, résume Émilie Pinard quand vient le temps de décrire sa situation. Son garçon et sa fille ont deux mamans et la conception de la cellule familiale n'a pas présenté d'embûches particulières. Pour Pierre et son conjoint, il est évident que le lien qui les unit à leur enfant est au moins aussi fort que celui du sang.

Émilie Pinard dirait aux couples gais qui désirent fonder une famille de se lancer. «Quand deux parents s'aiment, l'enfant peut juste bien se développer. Il ne faut pas s'en faire avec les appréhensions. Les freins viennent plus de notre anxiété que du processus lui-même.»

Avec sa conjointe Joanie, Mme Pinard a évalué toutes les options. Désirant vivre l'expérience de la maternité, elles ont choisi d'avoir deux enfants par procréation assistée. «Pour le premier, nous sommes allés avec un donneur compatible. Nous ne voulions pas magasiner des caractéristiques sur un papier. Notre réflexion a été de savoir comment gérer les questions que l'enfant pourrait avoir. Pour la deuxième, nous avons demandé d'avoir le même donneur.»

Les deux femmes ont profité d'une période où la procréation assistée était couverte par le gouvernement du Québec, ce qui a facilité encore plus le processus.

Elles essuient bien sûr quelques questions maladroites à l'occasion, par exemple, à savoir qui a porté les deux enfants. «Les gens n'ont pas de mauvaises intentions. C'est qu'ils ne connaissent pas ça. Ce n'est pas malveillant. Et quand les enfants posent de questions, on leur répond qu'il y a plusieurs modèles de familles, avec une maman et un papa, deux mamans ou deux papas, des familles monoparentales, des familles qui vivent avec un grand-parent... Souvent, la réponse leur convient.»

Les modèles sont aussi de plus en plus présents, notamment à la télévision. «J'ai l'impression qu'il y a plus d'ouverture.»

Pour Pierre, c'est le processus d'adoption, beaucoup plus que l'identité sexuelle des parents, qui a généré des pépins. «Au centre jeunesse, on nous a dit qu'il est rare que les bébés placés en famille d'accueil n'ont pas des besoins particuliers. De ne pas savoir quel allait être le vécu de l'enfant a nécessité beaucoup de lâcher prise.»

Le seul véritable accroc est venu lors d'un examen médical nécessaire dans le processus. «Le médecin m'a demandé si j'étais pédophile. Ça ne faisait bien sûr pas partie du formulaire. C'est le médecin qui a cru bon me poser la question, car selon lui, "on en entend tellement parler!"«

Depuis qu'un petit ange égaie le quotidien de Pierre et son conjoint, le couple n'a pas connu d'embûches. Eux aussi ont rencontré des inconnus qui ont voulu savoir lequel des deux hommes est le «vrai» père de l'enfant.

Bien qu'ils y aient réfléchi, Pierre et Émilie Pinard ne craignent pas que leurs enfants respectifs soient pris pour cible à l'école. Les jeunes parents sont prêts à avoir une discussion avec leur enfant si, éventuellement, des questions émanaient à la suite de commentaires des autres écoliers.

En ce qui concerne le processus pour devenir famille d'accueil, Pierre n'a pas senti de traitement différent de celui qu'aurait reçu un couple hétérosexuel. La réflexion est même amorcée pour agrandir la famille. «Si on passait par la voix traditionnelle, on ne se poserait pas autant la question, mais si on décide de ne pas avoir un deuxième enfant, ce sera à cause de la complexité de l'adoption.»

Qu'à cela ne tienne, Pierre accepte volontiers de partager son expérience pour en faire bénéficier les couples LGBT qui, comme lui, voudraient accueillir un enfant.